• Pâques

     Temps et fêtes liturgiques 

    Le Christ est ressuscité, alléluia !

    « Il vit et il crut ! »… On aimerait beaucoup, nous aussi, avoir vu… Ce serait si facile, peut-être, de croire après !… Mais qu'a donc vu le disciple ? Comme sur cette photo prise en Israël, il a d'abord vu un tombeau ouvert, avec la pierre roulée, une pierre qui laisse la voie libre pour sortir ou pour entrer… 

     Cette ouverture béante sur le lieu de la mort, cette ouverture menaçante sur le lieu des ténèbres et du sommeil des morts, a été franchie, non plus de la lumière vers les ténèbres, de la vie vers la mort, mais des ténèbres vers la lumière, de la mort vers la vie. Cette ouverture sur l'extérieur nous rappelle qu'il y a une autre vie, une autre dimension de notre être et que Jésus est le premier à avoir franchi cette limite, jusque-là infranchissable. Alors, comme Pierre, le disciple est entré dans le tombeau, désormais vide. Là, il a vu quelque chose : le linceul resté là, sur place  après la disparition du corps qu'il contenait. Les linges n'ont pas été déplacés mais se sont en quelque sorte affaissés sur eux-mêmes, dessinant encore, en creux, la présence du corps qu'ils contenaient.

    Non. Personne n'est venu voler le Corps. Personne n'est venu ranger ou déplacer les linges. Personne n'est venu porter atteinte au témoignage de ces linges… Si on les avait touchés, décollés du corps, déplacés, les traces de sang se seraient mêlées… Mais non. Ce linge, resté intact, à sa place, porte encore nettement la trace des souffrances de Jésus. Et c'est le déclic qui fait basculer le disciple : combien de fois a-t-il écouté l'Ecriture, médité les Paroles de son maître Jésus, sans percevoir, à travers le Fils, le monde du Père !…

    Le matin de Pâques, devant ce tombeau ouvert sur la vie et sur l'au-delà, sur le soleil de Dieu et la Lumière du Père, devant ces linges intacts offerts à la foi des hommes et à la confiance des enfants, le disciple entre dans une Alliance de foi et d'abandon à Jésus : « il vit et il crut. »

    Il ne suffit pas de voir… Il faut croire… c'est-à-dire se laisser rejoindre et saisir par cette vie de Dieu, qui nous vient du Père et nous emporte vers le Père. Pour le disciple et pour nous à sa suite, cette expérience est l'expérience d'un baptême : passage avec Jésus de la mort à la vie, de la désespérance à l'espérance, de la tristesse à la joie…

    Pendant plusieurs années, j'ai eu la grâce, pendant la semaine sainte, de passer dans les écoles et de prier avec des enfants de 2 à 7 ans… 

    Ils  arrivaient avec des rameaux en chantant : « Hosanna ! » Et puis je racontais le Jeudi saint : ils apportaient du pain, nous regardions ensemble un beau tableau de la Cène et nous nous rappelions les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps livré pour vous, ceci est mon sang versé pour vous… » Pour faire mémoire du Vendredi saint, il y avait une grande Croix de Taizé avec Jean et Marie, qui se tiennent tout près de Jésus, comme pour l’aider et vivre la passion avec lui… 

    Pour le matin de Pâques, il y avait cette grande photo d'un tombeau comme celui de Jésus… Je l’ai prise en 1998 entre Hadera et Megiddo. J'invitais deux petites filles à venir près du tableau et à faire comme les femmes de Jérusalem, qui sont venues au matin de Pâques pour embaumer le corps de Jésus… Elles arrivaient devant le tableau, et je leur demandais : « Vous cherchez Jésus ?  - Oui. Eh bien ! Il n'est plus ici, vous voyez : le tombeau est ouvert, il est vide… » Elles regardaient, bouche bée, l’air un peu étonné… Et je demandais un peu plus fort : « Vous cherchez Jésus ?  - Oui. vous voyez bien : Il n'est plus ici : le tombeau est ouvert, il est vide… » Et elles retournaient à leur place et on chantait : « Alléluia, Jésus est vivant ! »

    Et puis il y avait les questions à la fin. Et, un jour, un petit garçon a suggéré : « Peut-être que Jésus, il est caché derrière la pierre ? »… Avouons-le, nous aussi, nous ne sommes pas loin de poser cette question ! Où est donc Jésus, pour que nous puissions le rencontrer, le voir, le toucher, l’entendre, sentir sa présence, goûter du bon temps avec lui ?

    Le temps pascal qui s’ouvre aujourd’hui est encore un temps de conversion… Il s’agit pour nous d’entrer dans la Résurrection de Jésus pour tâcher, nous aussi de ressusciter… Il s’agit d’affiner nos sens spirituels pour scruter l’apparence anodine et y découvrir la présence de Dieu, présent au cœur de notre vie. Et si notre existence se modèle sur la Résurrection, alors en vérité elle devient le lieu où Dieu se plaît à demeurer. C’est en même temps un acte d’abandon et un acte de foi… ou plutôt un acte de foi, qui est un don et un abandon.

    Saint Paul l’exprime magnifiquement dans la Lettre aux Colossiens « Par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d'entre les morts. »