• - Parcours Alpha

    Voyage de Paul et Barnabé (Actes 13 et 14)
     

    Quelques enseignements

    pour les responsables des parcours Alpha Mayenne


    En pensant à vous depuis quelque temps, un passage des Actes des Apôtres s’est imposé à moi. Sans doute parce qu’il y a quelque chose de profondément apostolique dans ce que vous vivez. Sans doute aussi, parce que les actes posés par les Apôtres dans les années qui ont suivi la mort et la résurrection de Jésus sont et demeurent pour nous une référence essentielle pour la nouvelle évangélisation à laquelle le Pape Jean-Paul II nous a appelés dès la fin des années 80.[1]

    Le passage qui s’est imposé à moi ­— les chapitres 13 et 14 — vous pourrez lire le chez vous : c’est un vrai film d’aventure.

    Le contexte tout d’abord : c’est le premier voyage missionnaire de Saul, qui va s’appeler Paul. Avec Barnabé, il va quitter Antioche de Syrie et partir pour un voyage missionnaire de 2400 km. Ils vont prendre le bateau jusqu’à l’île de Chrype, qu’ils traversent jusqu’à Paphos… Puis reprendre la mer et arriver à Pergé, dans le sud de l’actuelle Turquie, en Pamphylie. Continuer ensuite leur périple, allant de ville en ville, notamment Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre, où ils vont fonder des communautés chrétiennes. A chaque fois, pratiquement, c’est le même scénario : quelques disciples se joignent à Paul et Barnabé, tandis qu’ils s’attirent l’agressivité des Juifs, voire des non-Juifs et doivent parfois fuir pour ne pas être tués…

    Paul sera lapidé à Lystres… et pourtant reprendra la route dès le lendemain ! On sent une forme d’effervescence dans le récit, alors que ce périple, raconté en deux chapitres, a quand même duré deux ans !…

    J’ai retenu deux passages, l’un au début, l’autre à la fin de ces deux années.

    Lecture du Livre des Actes de Apôtres (13,1-3 ; 14, 22-27)
    Il y avait dans l’Église qui était à Antioche des prophètes et des hommes chargés d’enseigner : Barnabé, Syméon appelé Le Noir, Lucius de Cyrène, Manahène, compagnon d’enfance d’Hérode le Tétrarque, et Saul. Un jour qu’ils célébraient le culte du Seigneur et qu’ils jeûnaient, l’Esprit Saint leur dit : « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés. »

    Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. […] [Partout où passaient Barnabé et Paul,] ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui.

    Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie.

    Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.

    1. Première chose que je remarque :
    la vocation de Paul et de Barnabé n’est pas d’abord un projet personnel mais un appel reçu, qui leur a demandé du détachement et qui a demandé aussi des efforts à la communauté d’Antioche.

    Saint Luc énumère seulement 5 personnes chargées d’enseigner : Barnabé, Syméon, Lucius, Manahène et Saul… Et sur les 5, l’Esprit saint va demander qu’on en détache deux, ce qui fait 40% !… “Détachez pour moi Barnabé et Saul en vue de l’œuvre à laquelle je les ai appelés.”

    Il faut être un peu fou pour obéir à un tel appel… La communauté d’Antioche était encore toute jeune, toute fragile… Légitimement, elle aurait pu vouloir « garder » Saul et Barnabé… pour consolider l’œuvre d’évangélisation déjà accomplie…
    Et du côté de Saul et Barnabé, ce n’est pas non plus une mince affaire… Il faut partir vers l’inconnu… Avec, comme seul bagage, la foi qui les habite.

    Dès le début de la mission, on sent que le discernement missionnaire est confié à toute l’Eglise et la travaille de l’intérieur : Barnabé et Saul sont appelés à une œuvre de Dieu, on ne sait pas encore laquelle mais l’Esprit Saint s’adresse à la communauté de l’Eglise : « Détachez pour moi Barnabé et Saul »…

    Pour vous, en responsabilité pour les parcours Alpha, il y a là un bel exemple d’audace missionnaire, mûrie dans un discernement communautaire.

    2. Deuxième chose que je remarque :
    Si la fécondité de l’œuvre apostolique trouve sa source dans l’Esprit Saint, elle passe par un discernement nourri par la conversion personnelle et la prière des disciples. « Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir. »

    La communauté dans son ensemble accueille l’appel de l’Esprit Saint… Elle porte avec eux cet appel. En imposant les mains à Saul et Barnabé, la communauté se laisse elle-même traverser par la force de l’Esprit Saint.

    Ce type de discernement charismatique est caractéristique des nouvelles fondations communautaires de l’Eglise apostolique. Il a été d’ailleurs pensé et régulé par saint Paul, notamment au chapitre 14 de la Première Lettre aux Corinthiens[2] ; et il s’applique aujourd’hui encore à ce qui se vit dans nos groupes de prière charismatique.

    Les images mentales, les passages de l’Ecriture, les appels ou les locutions intérieures que nous recevons doivent normalement être confirmés et interprétés par un autre membre du groupe.

    Il arrive même qu’avant de les partager on puisse éventuellement les soumettre à celui qui est le berger du groupe pour la soirée. Paul et Barnabé seront d’autant plus missionnaires qu’ils se seront remis fraternellement à la prière et au discernement des autres membres du groupe.

    Pour vous, en responsabilité pour les parcours Alpha, il y a là un bel exemple d’obéissance à l’Esprit Saint, présent non seulement dans notre cœur, mais également dans la communauté et dans l’Eglise, notre mère. C’est vrai pour chacun des parcours Alpha dans le réseau Alpha : « A-t-on bien conservé l’ADN Alpha ? » C’est vrai pour le réseau Alpha dans une paroisse, dans un diocèse et dans l’Eglise universelle : « Portons-nous bien en nous l’ADN de l’initiation chrétienne ? »

    3. Troisième chose que je remarque :

    Paul et Barnabé vont rencontrer des oppositions farouches et des échecs, tout au long de leur périple, notamment de la part de leurs frères Juifs… Et c’est ainsi qu’ils vont se tourner vers les Gentils, c’est-à-dire les païens…

    « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. »

    D’une certaine façon on peut dire que le refus de l’Evangile par les Juifs va devenir une bonne chose, puisque Paul et Barnabé vont se tourner vers les païens. Saint Luc résume la chose de façon saisissante, en disant : « Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi.

    Et vous savez que cette expression « porte de la foi » a constitué le titre de la lettre apostolique Porta Fidei de Benoît XVI en 2011, pour lancer l’année de la Foi, et en même temps mettre en perspective le synode de 2012 sur la nouvelle évangélisation, qui a abouti à Evangelii Gaudium.

    Le renouveau de l’Église passe […] à travers le témoignage offert par la vie des croyants : par leur existence elle-même dans le monde, les chrétiens sont en effet appelés à faire resplendir la Parole de vérité que le Seigneur Jésus nous a laissée […] Il est nécessaire de « redécouvrir la joie de croire » et de « retrouver l’enthousiasme de communiquer la foi ».

    Pour vous, en responsabilité pour les parcours Alpha, il y a là une belle espérance.: alors que beaucoup de chrétiens par habitude semblent avoir perdu l’ardeur et la ferveur de la foi, vous avez l’opportunité de vous tourner vers les « Gentils », c’est-à-dire ceux qui sont encore un peu plus païens, mais qui seront prêts à se laisser toucher.

    4. Quatrième et dernière chose que je remarque :
    Paul et Barnabé reviennent à la maison. Il ne se sont pas laissé griser par la réussite missionnaire… Ils n’oublient pas qu’ils ont été envoyés et donc qu’ils ne sont pas propriétaires de leur mission. « Ils s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. » C’est beau d’avoir conscience d’avoir été remis à la grâce de Dieu. Et saint Luc nous rappelle ici l’envoi en mission, la prière et le discernement qui l’a accompagné.

    « Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » et non pas tout ce qu’ils avaient fait pour Dieu ! C’est beau, cette action de grâce humble et fidèle de nos deux Apôtres, qui rentrent à la maison, fidèlement…

    Alors pour vous, en responsabilité pour les parcours Alpha, il y a là un beau détachement : la mission que j’ai vécue, je consens à en rendre compte et à la remettre devant les autres. Et je ne peux le faire que dans l’action de grâce et la conscience que ce n’est moi qui ai agi mais Dieu à travers moi.

    [1] L’expression se trouve dans l’encyclique de Jean-Paul II, Redemptoris Missio, du 7 décembre 1990, au §37 : « tradition chrétienne, il existe des régions placées sous le régime spécifique de la mission ad gentes, des groupes humains et des contrées qui n’ont pas été touchés par l’Evangile. Dans ces pays aussi, ce n’est donc pas seulement une nouvelle évangélisation qui s’impose, mais, en certains cas, une première évangélisation. » On la trouve aussi en 1998, dans l’Exhortation apostolique, Christifideles laici sur La Vocation et la Mission des Laïcs dans l’Eglise et dans le monde, au §4 : « Le phénomène de la sécularisation frappe les peuples qui sont chrétiens de vieille date, et ce phénomène réclame, sans plus de retard, une nouvelle évangélisation. » Il faut noter aussi la conférence mémorable du Cardinal RATZINGER à l’occasion du Jubilé des Catéchistes « La Nouvelle évangélisation », le 10 décembre 2000. (La Documentation Catholique, 21 janvier 2001 n°2240, p.91-95)

    [2] 1 Co 14, 27-29 : « Et si on parle en langues, qu’il y en ait deux à le faire, trois tout au plus, chacun à son tour, et qu’il y ait quelqu’un pour interpréter. Mais s’il n’y a pas d’interprète, qu’on se taise dans l’assemblée, qu’on parle pour soi-même et pour Dieu. Quant aux prophètes, que deux ou trois prennent la parole, et que les autres exercent le discernement. Mais si quelqu’un d’autre dans l’assistance reçoit une révélation, que le premier se taise. »
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