• - Abraham et son GPS

     Se connaître pour grandir 

    Abraham et son GPS

    « Abraham obéit à l’appel de Dieu. Et il partit sans savoir où il allait… »  (He 11,8)

    « Sans savoir où il allait. » On ne peut pas être plus clair !…

    Bien souvent, nous pensons que Dieu nous appelle à faire ceci ou faire cela… Bien souvent, nous pensons qu’il nous appelle à être ici ou à être là… Et nous nous projetons dans l’espace,  nous nous projetons dans le temps en nous disant : j’irai ici, j’irai là-bas pour répondre à l’appel du Seigneur… JE ferai ceci, JE ferai cela pour répondre à l’appel du Seigneur… Et nous oublions de nous poser la seule question qui soit vraiment importante : Qui serai-je, quel serviteur serai-je devenu quand je ferai ceci ou cela, quand j’irai ici ou là ? Est-ce que je me serai laissé façonné par Dieu, pour faire ceci ou faire cela, qu’importe ? Est-ce que je me serai laissé modeler par Dieu, pour être ici ou être là, qu’importe ?

    Avant de faire ceci ou cela, avant d’être ici ou d’être là, le Seigneur nous appelle à être ceci ou cela, c’est-à-dire à recevoir de lui ce que nous sommes en vérité… Ce que je suis, c’est Toi, Seigneur, qui me donnes de l’être… Ce que je deviens au fil des semaines et des mois, c’est Toi, Seigneur, qui me donnes de le devenir…

    Mon trésor, c’est d’être avec toi, à chaque moment de ma vie, en quelque endroit que je me trouve… Je n’ai pas besoin d’inventer de l’extérieur ma vocation, je n’ai pas besoin de me créer un personnage qui fait ceci ou cela, ici ou là-bas… Je suis invité simplement à trouver le trésor que Dieu me réserve… « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur… », nous dit l’Evangile… Mais où donc était le trésor d’Abraham, puisqu’il ne savait pas où il allait ?

    Le Seigneur nous interroge aujourd’hui sur notre foi… Et il nous dit : es-tu disponible aux appels de mon Esprit Saint ? Es-tu prêt à changer sur des points inattendus ? Es-tu prêt à renoncer, à cause de moi, à des choses qui te paraissent indispensables ?

     « Abraham partit sans savoir où il allait… » Et s’il a trouvé la Terre promise, si la Terre qu’il a trouvée s’est révélée à lui comme la Terre promise, c’est à cause de sa disponibilité, à cause de sa foi en la promesse de Dieu…

    Il n’y avait pas quelque part au Proche-Orient un univers tout prêt, un pays tout préparé qui attendait Abraham… et dans lequel tout n’avait qu’à se dérouler, comme un destin écrit d’avance, qui ne tiendrait pas compte de la liberté des hommes.

    Non. Si la Terre de la Promesse est devenue la Terre promise, c’est à cause de la foi d’Abraham, c’est à cause de sa réponse à la proposition de Dieu…

    Et Abraham n’est pas parti seul : il portait avec lui un GPS, un Grand Projet de Sainteté : c’était son désir de répondre de façon disponible et désintéressée à l’appel de Dieu… Abraham s’est risqué dans l’aventure. Il a fait confiance et, en même temps, il s’est engagé personnellement, avec toutes ses capacités.

    Mettre notre foi en Dieu, lui faire confiance, ce n’est donc pas renier nos capacités, ni nos responsabilités. C’est bien plutôt les orienter vers lui et les mettre à son service. Car Dieu n’est pas en concurrence avec nous. Il est présent dans notre liberté. Il n’y a pas d’opposition entre répondre à notre vocation d’hommes et de femmes et répondre à notre vocation d’enfants de Dieu.

    Quand nous nous mettons ainsi au service de Dieu et de nos frères, nous le faisons avec joie et désintéressement. Et c’est pour nous un vrai chemin d’épanouissement humain. On fait tout ce que l’on peut. On le fait bien. Mais n’oublions pas que, si nous travaillons la terre, si nous semons, si nous arrosons, c’est Dieu seul qui donne la croissance.

    Il y a là un grand paradoxe de la vie chrétienne. que l’on pourrait résumer par une maxime[1] d’un jésuite hongrois, Gábor HEVENESI, que l’on a attribuée à saint Ignace de Loyola

    « Mets ta confiance en Dieu comme si tout dépendait de toi et non de lui et livre-toi à l’action comme si tout dépendait de lui et non de toi. »

    « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… » Si notre trésor, c’est de répondre à l’appel de Dieu, alors n’ayons pas peur : il nous aidera à trouver le chemin de notre cœur, un cœur ouvert et large, un cœur habité et présent aux autres.

     

     


    [1] dans un ouvrage de 1705, intitulé, Scintillae Ignatianae (1705)