• Athénagoras

     Figures de vie spirituelle 

     Une année de la Miséricorde 

    Le Patriarche Athénagoras Ier (1886-1972)

     

    Le Patriarche Athénagoras est une grande figure de la vie chrétienne et de l’œcuménisme au moment du concile Vatican II… En janvier 1964, il rencontra le pape Paul VI à Jérusalem. C’était la première rencontre des primats des Églises de Rome et de Constantinople depuis 1439 (concile de Florence).

    Ces retrouvailles furent libératrices : en décembre 1965, les anathèmes de 1054, qui étaient le symbole de la séparation entre Orient et Occident chrétiens, sont levés. Un « dialogue de la charité » s’engagea alors entre Rome et Constantinople pour préparer un dialogue sur le fond, dans l’esprit de l’Église indivise…

    En juillet 1967, dans un geste réparateur, Paul VI se renduit à Istanbul ; et à l’automne de la même année, Athénagoras entreprit un véritable pèlerinage de l’unité, dans les Balkans, puis à Rome, Genève et Londres-Cantorbéry.

    A plusieurs reprises également, il réussit à réunir cinq conférences panorthodoxes (Rhodes, en 1961, 1963 et 1964 ; Belgrade en 1966 et Chambéry-Genève en 1968) Olivier Clément[1] a consigné ses messages et de longs entretiens dans un très beau livre, intitulé Dialogues avec le Patriarche Athénagoras, 1969.

    On y voit le patriarche exposer une spiritualité profondément évangélique, au service de l’unité. Une spiritualité qui a pris sa source dans sa propre prière personnelle et sa propre conversion personnelle.

    Il a joué ainsi un rôle déterminant dans l’évolution contemporaine de l’Église orthodoxe et du Mouvement œcuménique. Il était né en Épire, qui est une région montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l’Albanie. En 1918, il fut désigné comme métropolite de Corfou. A cette fonction, il paya de sa personne pour défendre la paix à un moment où la Grèce moderne résistait à l’envahisseur italien…

    De 1931 à 1948, il fut archevêque de l’Église grecque d’Amérique. Le 1er novembre 1948, il fut élu patriarche de Constantinople… C’était l’époque où la crise de Chypre exaspérait le nationalisme turc contre les Grecs orthodoxes d’Istanbul. Et là, il se fit le serviteur désintéressé de l’unité chrétienne et de l’unité orthodoxe.

    Il favorisa l’entrée de presque toutes les Églises orthodoxes — et notamment de l’Église russe — dans le Conseil Œcuménique. Et grâce à lui, elle se mirent à collaborer et à chercher l’unité avec les protestants…

    Voici une prière de cet homme exceptionnel[2], qui exprime bien le chemin d’humilité qui a été le sien et qui peut devenir le nôtre, si nous y consentons :

    La guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même.

    Il faut arriver à se désarmer.

    J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.

    Mais je suis désarmé.

    Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

    Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison,

    de me justifier en qualifiant les autres.

    Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.

    J’accepte et je partage.

    Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.

    Si l’on m’en présente des meilleurs,

    ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons,

    j’accepte sans regrets.

    J’ai renoncé au comparatif.

    Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

    C’est pourquoi je n’ai plus peur.

    Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

    Si l’on se désarme, si l’on se dépossède,

    si l’on s’ouvre à l’Amour qui fait toutes choses nouvelles,

    alors, l’Amour efface le mauvais passé

    et nous rend un temps neuf où tout est possible.

     

    [1] 1921-2009. Historien, théologien, considéré comme un maître spirituel de l'orthodoxie en Occident.

    [2] Extraite de Olivier CLEMENT, Dialogues avec le Patriarche Athenagoras, Paris, Fayard, 1969, 588 pages.