• Bernanos

     Ecrivains et penseurs 

    Georges BERNANOS

    La grâce de l’écriture ou l’écriture de la grâce.

    Introduction : « Quand je vous parle de moi,  je vous parle de vous. » (Vitor HUGO)

    Romancier, essaysite, polémiste : Georges Bernanos (1868-1948), s’inscrit dans la lignée de Léon Bloy[1], de Louis Veuillot[2], d’Edouard Drumont[3], de Pierre-Joseph Proudhon[4] et de Charles Péguy[5]. André Malraux disait de Georges Bernanos qu’il était le plus grand romancier de son temps. Lire les romans de Bernanos, c’est entrer dans un univers, c’est aussi se risquer soi-même dans cet univers. Bernanos est de la trempe de Shakespeare, de Baudelaire ou de Dostoïevski.

    Dans la Préface aux Contemplations, en 1856, Victor Hugo disait : « On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! »

    Il y a quelque chose de cela dans l’œuvre de Bernanos. Bernanos ne dis pas « je » dans ses romans, mais à travers ses personnages, il nous parle de sa propre quête de la sainteté, de la vérité, de l’authenticité. Et quand on le lit, on ne peut pas ne pas se sentir soi-même concerné. Les écrits de Bernanos sont marqués par son époque et, en même temps, ils ont une valeur permanente. Car il est allé chercher au plus profond de l’intimité de l’âme. « Qu’importe d’ailleurs, écrit-il, que mon œuvre survive ? la grâce que j’attends c’est qu’elle revive, fût-ce en un autre siècle, un autre temps, une autre terre, une autre  âme... »[6]

    I. On écrit parce qu’on a quelque chose à dire… et pas l’inverse…

    A. Un essayiste et un polémiste, catholique engagé.

    Bernanos a écrit de brillants essais, des écrits de combats virils (La France contre les robots), où il s’est fait l’ardent défenseur de la liberté de l’homme contre toutes les dictatures, nazie, fasciste, communiste, techniciste, religieuse et démocrate. C’est aussi un visionnaire : « Un jour, on plongera dans la ruine, du jour au lendemain, des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne. »[7]

    B. Un romancier qui explore le monde de l’intériorité.

    Bernanos s’inscrit contre la tradition du vraisemblable ou du réalisme, qui se contente de l’apparence et de la surface du monde. Le réalisme est un courant littéraire du XIXème siècle (vers 1850-1890) qui donna pour mission au roman d’exprimer le plus fidèlement possible la réalité, de peindre le réel. On privilégie les histoires “vécues”, les personnages ont des sentiments vraisemblables et le milieu ainsi que le physique des personnages sont évoqués avec minutie et objectivité. Cela suppose, en amont de l’écriture, un important travail de documentation. 
[8]

    Bernanos n’est pas de cette école. Ce qui l’intéresse, ce sont les êtres d’exceptions (des saints ou des monstres), dont l’âme touche dans les ténèbres à un univers essentiel. Dans les romans de Bernanos, il y a une intrigue et du combat… Mais c’est plus fort que lui : l’intrigue est spirituelle, le combat sont spirituel et le lieu du combat, c’est l’âme de ses héros. Bernanos crée un monde authentique, sûr pour la foi chrétienne, mais bien difficile à cerner humainement, parfois même ambigu, incertain… On n’est pas toujours à l’aise. On n’est pas toujours sûr d’avoir compris. En vieillissant, il écrira des choses plus limpides.

    Bernanos nous met en contact avec une ambiance, un style, un monde, une époque… mais dans ces roman, une profondeur est là, constante, qui les transcende.

    C. Une vie qui se dit dans une œuvre, une œuvre qui parle de la vie.

                    1. Résumé chronologique de sa vie.

    1888            Naissance de Georges Bernanos à Paris, rue Joubert. (20 février )

    1888-1898  Enfance à Fressin dans l’Artois.

    1898-1906  Études chez les Jésuites de la rue de Vaugirard; 

                          aux petits séminaires de Notre-Dame-des-Champs et de Bourges; 

                          enfin au collège Sainte-Marie. à Aire-sur-la-Lys.

    1906-1913   Études en Sorbonne. Licences de lettres et de droit. Militant d’Action française: 

                           il est incarcéré à la Santé en 1909 dans le cadre de l’affaire Thalamas.

    1913-1914   Il dirige à Rouen l’Avant-garde de Normandie, hebdomadaire royaliste

                          qui polémique contre le philosophe Alain. Premiers essais littéraires.

    1914-1918   Réformé, il s’engage au 6e dragons où il fait toute la guerre;

    il reçoit plusieurs blessures et citations.

    1917              Il épouse Jeanne Talbert d’Arc, descendante d’un frère de Jeanne d’Arc.

    Ils auront six enfants de 1918 à 1933.

    1919              Il se sépare de l’Action Française.

                           Il entre comme inspecteur dans une compagnie d’assurances.

                           C’est le début d’une vie errante: voyages et installations de maison en maison.

    1922              Première nouvelle, Madame Dargent, publiée dans la Revue hebdomadaire.

    1926 (mars)  Sous le soleil de Satan, premier roman; succès considérable.

                            Il quitte la compagnie d’assurances pour se consacrer à son métier d’écrivain.

                           Condamnation de l’Action française par le Vatican;

                           Bernanos se rapproche de ses anciens maîtres pour quelques années.

    1927              L’Imposture, roman.

    1929              La joie, roman (Prix Femina). Articles à l’Action française.

                          Conférences sous le patronage des maurrassiens.

    1930             Soigné pour des crises d’angoisse à Vesenex,

                          où il termine la Grande Peur des bien-pensants, publié en 1931.

    1931-1933   Il travaille à La Paroisse morte, qui deviendra Monsieur Ouine, en 1946.

    1932             Vive polémique contre l’Action française.

    1933             Un accident de motocyclette, à Montbéliard, le laisse infirme.

    1934-1937   Il s’installe à Majorque, dans les îles Baléares.

    1935             Un crime, roman policier.

    1936             Journal d’un curé de campagne (Grand prix du roman de l’Académie française).

    1937             Nouvelle histoire de Mouchette, roman. Deuxième accident de moto.

    1938             Les Grands Cimetières sous la lune, pamphlet contre la révolution franquiste[9].

    1938-1945   Il part pour l’Amérique latine; après un court séjour au Paraguay, il vit au Brésil,

                          où il entreprend une vaste exploitation agricole, la Fazenda San Antonio,

                          qu’il abandonne pour la petite ferme de La Croix-des-Ames.

                          Il publie des articles dans la presse du Brésil et de la France Libre.

    1939             Scandale de la vérité. Nous autres Français, essai.

    1944             La France contre les robots, essai.

    1945             Retour en France, sur un appel du général de Gaulle. Réside à Paris,

                          puis dans le Midi. Il publie des articles dans la presse de la Libération.

    1946             Lettre aux Anglais, essai. Monsieur Ouine, roman.

    1947-1948   Séjour en Tunisie. Il écrit les Dialogues des carmélites, drame (posthume)

    1948             5 juillet : Bernanos meurt à l’hôpital américain de Neuilly,

                          où on l’a transporté pour une opération désespérée.

        2. Importance de son enfance et de l’image des prêtres.

    Dès son enfance l’écrivain a eu l’occasion de connaître très bien l’âme sacerdotale. Il a pu ainsi voir de ses propres yeux ce que signifie l’activité pastorale effective. Bernanos a pu également comprendre quelles sont les fonctions sacerdotales essentielles : prédicateur, homme de prière, pasteur et directeur spirituel, imitation du Christ, ministre du culte et des sacrements c’est-à-dire un instrument de Dieu dans l’Église visible.

    Dans l’Introduction au premier volume de la Correspondance, on rappelle que « les vieilles gens du pays se souviennent du petit garçon qui aimait ‘chanter la messe et adresser à des fidèles imaginaires d’interminables sermons’ ». [10] « Si je n’ai pas l’intention de me faire prêtre, c’est d’abord parce qu’il me semble ne pas en avoir la vocation, et qu’ensuite un laïque peut lutter sur bien des terrains où l’ecclésiastique ne peut pas grand-chose ».[11]

    En 1905 déjà Bernanos écrivait à l’abbé  Lagrange :  « Au moment de ma première communion, la lumière a commencé de m’éclairer. Et je me suis dit que ce n’était pas surtout la vie qu’il fallait s’attacher à rendre heureuse et bonne, mais la mort, qui est la clôture de tout. Et j’ai pensé à me faire missionnaire, et, dans mon action de grâces, à la fin de la messe de première communion, j’ai demandé cela au Père, comme unique cadeau ».[12] « Ce que je veux dire, en me disant revenu aux idées de ma première communion, c’est que je reconnais plus que jamais que la vie, même avec la gloire, qui est la plus belle chose humaine, est une chose vide et sans saveur quand on n’y mêle pas, toujours, absolument, Dieu. D’où il m’apparaît logiquement que, pour être heureux, il faut vivre et mourir pour lui, aidant à ce que son règne arrive selon votre âge, selon votre position, vos moyens, votre fortune, vos goûts ».[13]

                    3. Deux ou trois choses que l’on a dites de lui…

    a. Claire DAUDIN : une vocation chrétienne de romancier…

     « Ce que j’aime chez Bernanos, c’est la cohérence entre sa vie, son œuvre, sa foi. “Être l’homme de ses livres” , tel était le défi pour lui, et il l’a magnifiquement relevé. Il a pris des risques immenses pour vivre en conformité avec ses valeurs, menant une existence chaotique mais orientée, à travers ses mille péripéties, par la fidélité à l’Évangile. La vocation de Bernanos me fascine dans ses multiples dimensions. Romancier, il rompt avec les canons pour introduire le surnaturel dans un récit en apparence réaliste, mais dont la linéarité vole en éclat afin que la grâce s’immisce dans le quotidien trivial des hommes. Essayiste, Bernanos ne cesse d’en appeler à la justice et à la liberté, bafouées par des hommes qui n’ont même pas besoin de la contrainte des dictatures pour leur préférer une lâche soumission à l’ordre établi. Bernanos est un insurgé, un chrétien debout qui éclate parfois d’une colère prophétique contre son Église, un Français qui n’a pas peur d’être fier de son pays et se montre d’autant plus sévère envers lui qu’il est inférieur à sa vocation, un écrivain qui oppose la singularité de son langage à toutes les modes et à toutes les propagandes. »[14]

    b. Michel CRÉPU : un écrivain brûlant, au sens passif et au sens actif…

    « Bernanos, pour moi, c’est l’écrivain de la plus grande brûlure. Pas moyen de contourner, d’oublier, une fois qu’on a été en sa présence. Je repense à ma première lecture du Journal d’un curé de campagne, constamment relu depuis : tout est là. Vérité radicale : quiconque ayant la moindre prétention d’ordre spirituel qui ne se confronte pas à la vérité du curé d’Ambricourt manque quelque chose. Bresson, le cinéaste, a compris cela : son film, tiré du 
Journal, est entièrement saisi de cette vérité. Cela fait drôle, une 
littérature qui ne ment pas. »[15]

    c. Mgr Claude DAGENS : un prophète qui démasquait les mensonges…

    « J’avais quinze ans, j’allais entrer en classe de première. Durant l’été, j’ai découvert Bernanos. J’ai lu, presque d’un trait, Sous le soleil de Satan et le Journal d’un curé de campagne. C’était une révélation : je voyais se déployer, en forme romanesque, toute l’ampleur du mystère chrétien. Je comprenais que le christianisme n’est pas seulement une religion, mais une sorte de courant souterrain qui traverse notre humanité, avec ce qu’elle porte en elle de plus obscur, de plus enchevêtré, de plus ouvert aussi à la puissance du Mauvais et à l’irrésistible grâce de Dieu.
 J’ai perçu alors la voix prophétique de ce romancier, avec cette force de conviction qui le pousse à démasquer les mensonges. Je pense à cette confrontation dramatique entre le curé de campagne et la comtesse, cette femme qui, sous ses dehors honorables, est enfermée dans sa révolte à cause de la mort de son enfant. Et le jeune prêtre, avec sa simplicité foudroyante, arrache cette femme à son désespoir. Elle jette dans le feu le médaillon qu’elle portait sur elle, qui la rivait à la mort avant de pouvoir dire : “Que votre volonté soit faite !” 
À cette époque, je ne pensais pas du tout à devenir prêtre. Je me suis demandé plus tard si la lecture de Bernanos ne m’avait pas initié à ce combat spirituel qui est au cœur de la mission de l’Église. J’ai appris de lui à ne jamais séparer le mystère de la foi de ce qu’il y a de plus blessé dans notre humanité, et de ce qu’il y a de plus vivant dans cette pauvre et sainte Église dont nous sommes les serviteurs. Il n’oubliait pas que Dieu ne se glorifie pas seulement dans ses héros et ses martyrs, mais aussi dans ses pauvres. Voilà la véritable Église, celle des Béatitudes, celle qui n’a pas peur de témoigner de la Vérité du Christ au milieu des pires violences ou des pires mensonges ! Bernanos aimait cette Église-là. Moi aussi ! »[16]

    d. Elie WIESEL : un homme généreux qui a dépassé sa période antisémite (culturelle…)

        pour dénoncer le fascisme et dire la beauté d’être juif.

    « J’admire beaucoup Bernanos, l’écrivain. Mais si je l’admire c’est également pour ses prises de position d’après. C’est l’antisémitisme qui m’a gêné au départ chez lui, ainsi que son amitié pour Drumont, bien entendu. Mais un écrivain de "droite" qui a le courage de prendre les positions qu’il a prises pendant la guerre d’Espagne fait preuve d’une attitude prémonitoire. Il était clair que Bernanos allait venir vers nous. Sa découverte de ce que représentent les Juifs témoigne de son ouverture, de sa générosité. C’est presque impossible de trouver en France, en Europe peut-être, un écrivain qui, avant la guerre en tout cas, n’ait pas connu sa période antisémite. Ce n’est pas sa faute d’ailleurs, parce qu’en vérité il ne faut pas oublier l’ambiance, le climat politique et littéraire qui régnaient alors. C’est pourquoi je ne peux pas en vouloir à Bernanos, qui eut le courage de s’opposer au fascisme, de dénoncer l’antisémitisme et de dire justement ce qu’il a dit et écrit de la beauté d’être juif, de l’honneur d’être juif, et du devoir de rester juif. »[17]


    II. Œuvres romanesques : la grâce de l’écriture.

    A. À la recherche de l’esprit d’enfance.

    Passionné d’authenticité, Bernanos démasque les stratégies de mensonge et de faux-fuyant de l’âme humaine. On pourrait dire qu’il a la hantise de l’enfance perdue. Marcel Proust a écrit A la Recherche du Temps perdu… Bernanos aurait pu écrire A la Recherche de l’Enfance perdue

    Notre expérience du péché est souvent lue comme infraction à la loi, aux commandements. Et on a raison… mais il faut aller plus loin ; là où nous sommes fragiles, là où nous avons peur d’être rejoints dans le tabernacle de notre coeur, dans le coffre-fort de notre intimité. C’est sur ces rivages que nous emmène Bernanos dans ses romans : en amont de nos fautes et de nos manquements, à la source de nos refus d’aimer, là où se nouent l’adhésion ou le refus, là où Dieu lui-même nous appelle, là où bien souvent, nous refusons de lui répondre, là où bien souvent nous refusons de nous donner… Et en deçà de cela, comme un souvenir fugace, il y a la pureté de l’enfance ou du moins la pureté entrevue dans l’enfance…

    « Qu’importe ma vie ! écrit-il. Je veux qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus. Oui, ce que j’ai d’honneur et ce peu de courage, je le tiens de l’être aujourd’hui pour moi mystérieux qui trottait sous la pluie de septembre, à travers la pâturages où l’accueillerait bientôt le noir hiver, des classes puantes, des réfectoires à la grasse haleine, des interminables grand-messes à fanfares où une petite âme harrassée ne saurait rien partager avec Dieu que l’ennui — de l’enfant que je fus et qui est à présent pour moi comme un aïeul. Pourquoi néanmoins aurais-je changé ? Pourquoi changerais-je ? »[18] « C’est une chose terrible pour les rois d’être finalement jugés par les enfants. Les petits enfants se moquent des ministres, mais ils prennent les rois au sérieux, les rois appartiennent à l’univers des enfants — l’univers des enfants où n’entrent jamais les ministres, les banquiers ou même, révérence gardée, les archevêques, à moins qu’ils ne soient des saints. »[19]

    L’ « ailleurs » que représente l’esprit d’enfance n’est pas seulement un « passé » mais aussi un à-venir à recevoir. L’esprit d’enfance peut susciter en nous la clairvoyance qui, par-delà les événements les plus opaques aux orgueilleux et à ceux dont les yeux sont aveugles, nous fait accueillir et aimer le futur comme un don de Dieu.

    B. A la recherche d’un mouvement originaire de l’âme.

    Le geste fondamental de Bernanos consiste à se mettre à la recherche du mouvement originaire de l’âme : « Lorsque le moment de me mettre au travail est venu, écrit Bernanos, le temps du désir est passé, l’amour est mort - en apparence du moins - car il me semble parfois qu’il s’est seulement retiré au plus profond de mon être, au dernier recès de la conscience. Je n’aime plus mon livre, quand je commence à l’écrire, mais je le veux d’une volonté invincible, et s’il m’était permis sans ridicule d’employer une telle (p.148) expression à propos d’œuvres aussi modestes que les miennes, d’une volonté tragique, d’une volonté nue, réduite à l’essentiel, ainsi qu’un  paysage dévoré par le soleil. Oui, lorsque je commence d’écrire un livre, il y a déjà longtemps que j’en suis détaché, mais je l’écris précisément pour retrouver coûte que coûte la source perdue, le mouvement de l’âme dont il est né. »[20]

    C. « Entrer en scène » et trouver sa place.

    Pour bien lire les romans de Bernanos, il faut, comme le font certains de ces propres personnages, entrer en scène et trouver sa place.

    1. Journal d’un Curé de Campagne.

    C’est ce qui se produit dans le dialogue du Curé de campagne venu voir son vieux confrère, qui lui sert à la fois de guide, de référence et d’accompagnateur… En présence de ce jeune prêtre, il ouvre son cœur d’aîné et confie un “secret” qui va rejoindre jusqu’au cœur le jeune curé de campagne :

    « “J’ai beaucoup réfléchi à la vocation. Nous sommes tous appelés, soit, seulement pas de la même manière. Et, pour simplifier les choses, je commence par essayer de replacer chacun de nous à sa vraie place, dans l’Evangile. Oh! bien sûr, ça nous rajeunit de deux mille ans, et après! Le temps n’est rien pour le bon Dieu, son regard passe au travers. Je me dis que bien avant notre naissance - pour parler le langage humain - Notre-Seigneur nous a rencontrés quelque part, à Bethléem, à Nazareth, sur les routes de Galilée, que sais-je ? Un jour entre les jours, ses yeux se sont fixés sur nous, et selon le lieu, l’heure, la conjoncture, notre vocation a pris son caractère particulier. Oh! je ne te donne pas ça pour de la théologie! Enfin je pense, j’imagine, je rêve, quoi! que si notre âme qui n’a pas oublié, qui se souvient toujours, pouvait traîner notre pauvre corps de siècle en siècle, lui faire remonter cette énorme pente de deux mille ans, elle le conduirait tout droit à cette même place où... Quoi ? qu’est-ce que tu as ? qu’est-ce qui te prend ?”

    Je ne m’étais pas aperçu que je pleurais, je n’y songeais pas. “Pourquoi pleures-tu ?” La vérité est que depuis toujours c’est au jardin des Oliviers que je me retrouve, et à ce moment oui, c’est étrange, à ce moment précis où posant la main sur l’épaule de Pierre, il fait cette demande - bien inutile en somme, presque naïve - mais si courtoise, si tendre : “Dormez-vous ?” C’était un mouvement de l’âme très familier, très naturel, je ne m’en étais pas avisé jusqu’alors, et tout à coup... “Qu’est-ce qui te prend ? répétait M. le curé de Torcy avec impatience. Mais tu ne m’écoutes même pas, tu rêves. Mon ami, qui veut prier ne doit pas rêver. Ta prière s’écoule en rêve. Rien de plus grave pour l’âme que cette hémorragie-là!”

    J’ai ouvert la bouche, j’allais répondre, je n’ai pas pu. Tant pis! N’est-ce pas assez que Notre-Seigneur m’ait fait cette grâce de me révéler aujourd’hui, par la bouche de mon vieux maître, que rien ne m’arracherait à la place choisie pour moi de toute éternité, que j’étais prisonnier de la Sainte Agonie ? Qui oserait se prévaloir d’une telle grâce ? J’ai essuyé mes yeux, et je me suis mouché si gauchement que M. le curé a souri. »[21]

    2. Dialogues des Carmélites.

    On peut penser aussi aux Dialogues des Carmélites, dans lesquels Blanche de la force choisit son nom de religion :

    « LA PRIEURE : Ce que le petit pâtre fait de temps en temps, et par un mouvement de son cœur, nous devons le faire jour et nuit. Non point que nous espérions prier mieux que lui, au contraire. Cette simplicité de l’âme, ce tendre abandon à la Majesté divine qui est chez lui une inspiration du moment, une grâce, et comme l’illumination du génie, nous consacrons notre vie à l’acquérir, ou à le retrouver si nous l’avons connu, car c’est un don de l’enfance qui le plus souvent ne survit pas à l’enfance… Une fois sorti de l’enfance, il faut très longtemps souffrir pour y rentrer, comme tout au bout de la nuit on retrouve une autre aurore. Suis-je redevenue enfant ?…

    Blanche pleure.

    LA PRIEURE : Vous pleurez ?

    BLANCHE : Je pleure moins de peine que de joie. Vos paroles sont dures, mais je sens que de plus dures encore ne sauraient briser l’élan qui me porte vers vous.

    LA PRIEURE : Il faudrait le modérer sans le briser. Croyez-moi, c’est une mauvaise manière d’entrer dans notre Règle que de (p.1586) s’y jeter à corps perdu, ainsi qu’un pauvre homme poursuivi par des voleurs.

    BLANCHE : Je n’ai pas d’autre refuge, en effet.

    LA PRIEURE : Notre Règle n’est pas un refuge. Ce n’est pas la Règle qui nous garde, ma fille, c’est nous qui gardons la Règle. (Long silence.) Dites-moi encore: avez-vous, par extraordinaire, déjà choisi votre nom de Carmélite, au cas où nous vous admettrions à la probation ? Mais, sans doute, n’y avez-vous jamais pensé ?

    BLANCHE : Si fait, ma Mère. Je voudrais m’appeler Sœur Blanche de l’Agonie du Christ’.

    La Prieure sursaute imperceptiblement. Elle paraît hésiter un moment, ses lèvres remuent, puis son visage exprime tout à coup la fermeté tranquille d’une personne qui a pris sa décision’.

    LA PRIEURE : Allez en paix, ma fille. »[22]


    III. Œuvres romanesques : l’écriture de la grâce.

          La grâce comme combat acharné du bien contre le mal.

    1. Sous le Soleil de Satan :  Vertige dans la nuit.

    Pour entrer dans le combat combat acharné du bien contre le mal, tel que dépeint par Bernanos, laissons nous guider par Jean-Claude POLET[23]. En quelques paragraphes consacrés au premier roman de Bernanos — Sous le Soleil de Satan —, il nous donne le sens de l’errance de l’abbé Donissan, décrite par l’auteur au cours d’une nuit impressionnante.[24]

    « L’épisode qui nous intéresse se déroule sous une pluie de novembre, le mois inauguré par la Toussaint et le Jour des morts. Le vicaire de Campagne s’en va à Etaples en renfort de confession après une retraite prêchée par “deux rédemptoristes qui, depuis plus d’une semaine, trois fois le jour, retentissaient, à bout de souffle”  et “qui demandaient grâce à leur tour”, ne se sentant pas la force d’affronter “la suprême épreuve d’un jour et d’une nuit passés au confessionnal”.

    Voilà donc l’épisode placé sous le patronage du souvenir de la mort, celle des corps — c’est le début novembre — et celle des âmes : les rédemptoristes, qui prêchaient ce qu’on appelait alors des “missions” dans les paroisses, étaient connus pour prêcher les menaces de l’Enfer, où les âmes meurent éternellement. L’itinéraire que l’abbé Donissan suit est des plus symboliques : il est conduit au centre du cosmos, “au milieu des prés déserts”, “devant lui, la muette étendue plate”. Il s’apprête à rencontrer toute l’humanité rassemblée dans ”la vieille église” et la considère “avec un sourire si doux et si triste”, celui de la “tendresse inquiète” d’une mère, qui rêve au merveilleux petit corps qui tiendra bientôt tout entier dans sa caresse. […]

    Cette expérience que fait Donissan de la rencontre avec le secret de son être mortel lui ouvre, manifestée par l’apparition du carrier — qui est au maquignon ce que l’ange est au démon — la connaissance intégrale de ce qu’est l’être de l’homme aux yeux de qui l’envisage du point de vue de l’éternité. Ainsi Donissan prend-il conscience de ce qu’est le discernement des âmes.

    L’initiation majeure de l’abbé Donissan s’accomplit ainsi, au terme d’une errance psychologique, démonologique et cosmique, et d’un exil qui le conduit en un lieu de la conscience où son moi et son double se dépassent, dans l’ultime discernement qu’exerce le regard de l’Eternel auquel, à présent, il participe. C’est cette quête qui va lui permettre, dans l’épisode suivant, d’accompagner Mouchette dans l’aventure de la grâce et du salut du pécheur, bien au-delà du désespoir et de tout ce qu’il provoque, fût-ce le suicide, qui semble en être le triomphe mais n’en est, en réalité, que la plus pitoyable des conséquences. »

    Ainsi « initié » l’abbé Donissan peut faie l’expérience vertigieuse et ambiguë de « voir «  l’âme de Mouchette : « “Ainsi que tu t’es vu toi-même tout à l’heure”, avait dit l’affreux témoin. C’était ainsi. Il voyait. Il voyait de ses yeux de chair ce qui reste caché au plus pénétrant - à l’intuition la plus subtile - à la plus ferme éducation: une conscience humaine. Certes, notre propre nature nous est, partiellement donnée; nous nous connaissons sans doute un peu plus clairement qu’autrui, mais chacun doit descendre en soi-même et à mesure qu’il descend les ténèbres s’épaississent jusqu’au tuf obscur, au moi profond, où s’agitent les ombres des ancêtres, où mugit l’instinct, ainsi qu’une eau sous la terre. Et voilà… Et voilà que ce misérable prêtre se trouvait soudain transporté au plus intime d’un autre Etre, sans doute à ce point même où porte le regard du juge. Il avait conscience du prodige, et il était dans le ravissement que ce prodige fût si simple, et sa révélation si douce. Cette effraction de l’âme, qu’un autre que lui n’eût point imaginée sans éclairs et sans tonnerre, à présent qu’elle était accomplie, ne l’effrayait plus. Peut-être s’étonnait-il que la révélation en fût venue si tard. Sans pouvoir l’exprimer (car il ne sut l’exprimer jamais), il sentait que cette connaissance était selon sa nature, que l’intelligence et les facultés dont s’enorgueillissent les hommes y avaient peu de part, qu’elle était seulement et simplement l’effervescence, l’expansion, la dilatation de la charité. Déjà, incapable de se juger digne d’une grâce singulière, exceptionnelle, dans la sincérité de son humble pensée, il était près de s’accuser d’avoir retardé par sa faute cette initiation, de n’avoir pas encore assez aimé les âmes, puisqu’il les avait méconnues. »[25]

    2. L’imposture : le combat de l’abbé CHEVANCE avec l’abbé CENABRE…     

    L’imposture nous fait entrer dans les recoins de la conscience trouble de l’abbé Cénabre… L’abbé Cénabre est un imposteur de caractère : ce prêtre, passionné de psychologie religieuse et auteur d’ouvrages sur l’histoire de la mystique, n’est fidèle que par orgueil à sa foi d’antan dont il semble parfois avoir perdu jusqu’au souvenir. L’abbé Chevance est un humble curé de village éloigné de sa province après une affaire d’exorcisme; l’abbé Cénabre s’ouvre soudainement à lui et cet aveu sera pour l’abbé Chevance la rencontre avec Satan et le début d’une aventure spirituelle qui s’achèvera par la mort solitaire.

    « L’érudition de l’auteur des Mystiques florentins est solide, comme est viril son visage épais et dur. L’étendue de la documentation, la puissance de travail qu’elle suppose peuvent faire illusion: heureux dans le choix de ses sujets, non pas même sans audace, il semble cependant n’oser les affronter qu’à demi, il les aborde de biais. Il en va de même dans le gouvernement de sa propre vie: ce professeur d’analyse morale répugne à se voir en face. Longtemps le scrupule ténébreux qu’une force irrésistible amène ce soir à la surface de sa conscience a été, avec effort, maintenu dans la région basse de la sensibilité pure. Sans doute, il lui devait faire sa part: c’était un malaise, une gêne, une diminution de l’activité, ou sa déviation morbide. C’était tout cela, et bien autre chose encore. Mais, en évitant de cerner le point douloureux, la souffrance reste vague, diffuse, plus aisément supportée. Ce qui n’était que mélancolie devient promptement remords, pourvu que l’on en discute avec soi-même. Et qui peut faire au remords une part équitable ? Ce fils maudit de la divine charité n’est pas moins avide: il n’a rien, s’il n’a tout.

    Par malheur, et pour le scandale de la Bête matérialiste, il n’est pas bon, ni sûr, de se croire tout à fait à l’abri, dans son sac de peau, des entreprises de l’âme. Eviter de scruter les intentions, se contraindre à ne connaître de l’événement moral que son contrecoup sur le système vaso-dilatateur, mène à une déception très amère. L’homme peut bien se contredire, mais il ne peut entièrement se renier. L’examen de conscience est un exercice favorable, même aux professeurs d’amoralisme. Il définit nos remords, les nomme, et par ainsi les retient dans l’âme, comme en vase clos, sous la lumière de l’esprit. A les refouler sans cesse, craignez de leur donner une consistance et un poids charnel. On préfère telle souffrance obscure à la nécessité de rougir de soi, mais vous avez introduit le péché dans l’épaisseur de votre chair, et le monstre n’y meurt pas, car sa nature est double. Il s’engraissera merveilleusement de votre sang, profitera comme un cancer, tenace, assidu, vous laissant vivre à votre guise, aller et venir, aussi sain en apparence, inquiet seulement. Vous irez ainsi de plus en plus secrètement séparé des autres et de vous-même, l’âme et le corps désunis par un divorce essentiel, dans cette demi-torpeur que dissipera soudain le coup de tonnerre de l’angoisse, l’angoisse, forme hideuse et corporelle du remords. Vous vous réveillerez dans le désespoir qu’aucun repentir ne rédime, car à cet instant même expire votre âme. C’est alors qu’un malheureux écrase d’une balle un cerveau qui ne lui sert plus qu’à souffrir.

    Quelques-uns des lecteurs de l’abbé Cénabre parmi ceux qu’il irrite, que sa gentillesse, son goût de plaire n’ont point désarmés, recherchent dans ses derniers livres, avec clairvoyance, cet accent singulier, douloureux qui semble marquer une blessure de l’orgueil, un doute de soi. L’ironie, toujours un peu pédante, grince maintenant. Peut-être échappe-t-elle au contrôle de l’auteur ? Jadis asservie au texte, alignée, elle le déborde parfois, pousse au-dehors un coup furieux, reprend sa place avec contrainte… L’art, ou plutôt la formule heureuse de l’auteur, exploitée à fond, peut se définir ainsi: écrire de la sainteté comme si la charité n’était pas. L’homme Renan, de qui le blasphème est toujours un peu scolaire, s’est contenté d’une simple transposition d’un ordre à l’autre, insérant l’être miraculeux dans un univers sans miracles, charge facile, dont sa vanité n’a jamais perçu le Comique énorme. Pour celui qui sait lire, la Vie de Jésus est un vaudeville, a tous les éléments d’un bon vaudeville, moins le naturel et la facilité. L’abbé Cénabre, lui, n’a jamais nié le miracle, et même il a le goût du miraculeux. Il n’approche les grandes âmes que dans un sentiment de vénération, et sa curiosité même a un tel élan qu’on la prendrait pour l’amour. Il lui est simplement donné d’imaginer un ordre spirituel découronné de la charité.

    Sans doute, on ne le lit pas sans malaise, mais seul un de ces saints qu’il a mutilés saurait lui arracher son secret.

    ……………………………………………………

    Alors… Cela vint lentement, posément, gagna lentement son niveau. Jamais les choses de rien ne le retinrent avec plus de douceur qu’en cet instant solennel. Il ferma les rideaux, alluma sa lampe de chevet, disposa minutieusement ses vêtements pour la nuit. Il jouissait de ce délai avec un cœur étranger, une joie grave, silencieuse. Son pas sur le tapis, le choc d’un verre sur le marbre de la cheminée, son souffle même un peu précipité par l’effort retinrent son attention, délicieusement, étroitement. Il se contemplait une dernière fois dans le décor des apparences familières, il s’attachait à ce lambeau de vie ainsi qu’un équipage à la dérive fixe la rive immobile et décroissante, et déjà la pensée chassait sur ses ancres.

    Il s’agenouilla, pria comme à l’ordinaire. Jamais jusqu’alors ce prêtre notoirement suspect n’avait manqué de remplir à la lettre certains devoirs de son état et la prière est un de ces devoirs, car il se plie aisément à une discipline extérieure, à une contrainte matérielle: il y trouve un indispensable appui, une sûreté contre un désordre profond qui l’entraînerait au-delà de l’équivoque où sa nature se plaît. Ce soir encore il prononce avec lenteur, il récite tout au long la prière habituelle, correctement. Puis il se glissa dans ses draps, et ferma les yeux.

    ……………………………………………………

    Malgré lui, ainsi qu’une bête échappée, sa pensée court déjà sur la route enfin ouverte. C’est peu dire qu’il n’en est plus maître, elle est maintenant hors de lui, une chose étrangère, une pierre qui tombe… Oui, son œuvre a un sens, et il l’ignorait! On en est encore à épier les textes, pour y découvrir une proposition hétérodoxe! Lui-même s’est prêté à ce jeu enfantin. A ce moment même, comme par un suprême effort, les arguments familiers surgissent de toutes parts, dans un désordre affreux. Mais il sent trop, il sent avec terreur que cette confusion n’est qu’un remous, à la surface d’une eau profonde. Déjà la pensée, l’unique, la précieuse, la dangereuse pensée jaillie de lui est descendue bien plus avant, hors de toute atteinte, glisse à travers les ténèbres ainsi que le poids d’une sonde. Elle ne s’arrêtera qu’au but, s’il existe. L’homme suspendu par ses mains défaillantes, à demi ouvertes, au-dessus du gouffre, n’écoute pas avec plus d’angoisse la chute vaine et bondissante des pierres. Le vide qui s’ouvre, la vertigineuse plongée arrache enfin une parole à l’abbé Cénabre:

    « Dieu! », dit-il.

    Mais alors…un coup assené n’arrive pas plus prompt… à peine effacée dans l’air la parole inconsistante, un silence inouï, formidable, tomba sur lui comme une masse de plomb. Telle fut la brusquerie de l’attaque, et si totale cette soudaine défaillance de l’âme, qu’il se jeta hors de son lit, s’échappa… La chambre vivait encore alentour sa pâle vie lumineuse, chaque objet à sa place ordinaire, et il voyait dans la glace son regard béant… mais il semblait que les choses eussent perdu chacune leur sens particulier, ne répondissent plus à leur nom, fussent muettes. Le regard lui-même exprimait à présent moins la terreur qu’une surprise absolue…

    « Je ne crois plus », s’écria-t-il d’une voix sinistre.

    ……………………………………………………

    Pourquoi l’image s’imposa-t-elle aussitôt à son esprit d’un homme si différent de lui, si peu fait pour l’entendre, l’abbé Chevance, ancien curé de Costerel-sur-Meuse, actuellement prêtre habitué à l’église de Notre-Dame-desVictoires ? Fut-ce le seul nom qui se présenta, car le nombre est petit des amis fidèles qu’on réveille à deux heures du matin… Fut-ce pour une autre raison plus profonde et plus urgente ? Il n’eût su le dire, et ne s’en soucia jamais plus. Il vivait déjà dans son rêve, et de ce rêve il ne devait attendre nulle merci.

    C’est avec un calme apparent qu’il décrocha le récepteur du téléphone. L’abbé Chevance habitait une petite chambre au dernier étage de l’hôtel Saint-Étienne, rue Vide-Gousset. Il chercha le numéro sur l’annuaire. Le veilleur, tiré de son somme, d’ailleurs ahuri par une démarche aussi tardive, se fit répéter trois fois la consigne : - “Veuillez prier l’abbé Chevance de venir ici d’urgence, chez moi, pour une affaire grave.” – “Un malade ?” demandait l’autre… - “Un mourant”, répondit l’abbé Cénabre, posément.

    L’auteur de la Vie de Gerson a connu l’abbé Chevance au petit séminaire de Nancy. De quinze ans plus âgé que l’illustre historien, il était alors second surveillant à la division des petits. Leurs relations furent banales, mais elles ne devaient jamais être tout à fait rompues. En 19... , le curé de Costerel dut quitter le diocèse de Verdun après une manière de scandale dont les journaux radicaux tirèrent habilement parti. L’innocent s’était avisé de réciter les prières de l’exorcisme sur la tête d’une fille devenue démente, et la terreur de deux villages. On doit dire néanmoins à sa décharge qu’il avait été procédé à la cérémonie le plus discrètement possible, sur la demande d’un oncle de la pauvrette, le seul parent qui lui restât, ancien bedeau de Notre-Dame-de-Grâce, à Lérouville.

    Malheureusement pour le desservant de Costerel, trois longs séjours à l’asile d’aliénés du département n’avaient eu d’autre résultat que d’exaspérer la folle, dont le médecin chef avait prédit la mort imminente. Sa guérison inattendue fut considérée par tous les gens de bon sens comme une provocation imbécile, capable de faire le plus grand tort à la paix religieuse dans le diocèse. Car ce fut à la paix religieuse que l’abbé Chevance se sacrifia.

    ……………………………………………………

    Le scandale qu’il avait fui si loin,  mais pour quoi il était né sans doute, le venait chercher de nouveau jusque dans sa mansarde. Un bel esprit lui donna même un nom: il l’appela le “confesseur de bonnes”. Le mot fit fortune; il courut les salons bien-pensants.

    ……………………………………………………

    L’abbé Cénabre alla ouvrir la porte à tâtons, posa la main sur le bras du visiteur, et l’introduisit dans sa chambre, en silence. Ce silence acheva de déconcerter le confesseur des bonnes. N’ayant pas osé prendre la parole le premier, redoutant d’avoir ainsi manqué à un devoir élémentaire, plus anxieux encore d’une entrevue si mystérieuse, à une telle heure de la nuit, il osait à peine lever les yeux sur son protecteur, dont la tenue singulière lui était un tourment de plus. Le chanoine, en effet, avait jeté sur ses épaules un manteau fourré, mais ayant  négligé de passer dessous sa soutane, il offrait au regard effaré du curé de Costerel-sur-Meuse ses fortes jambes gainées d’une culotte noire, les pieds nus dans des pantoufles. Le manteau ouvert découvrait aussi le torse massif sous la chemise.

    “Asseyez-vous, dit l’abbé Cénabre, avec une certaine douceur, asseyez-vous, et pardonnez-moi d’abord de  vous avoir dérangé... Pardonnez-moi cette fantaisie ridicule.”

    ……………………………………………………

    Dans l’innocence de son cœur, il s’attendait plutôt à la confidence de quelque faute grave, dont l’aveu eût été trop difficile fait à un autre que lui. Et quelle faute l’eût trouvé rétif ? Quelle boue l’eût rebuté ? Déjà sa main se levait pour bénir, et la miséricorde divine dont il était plein frémissait dans sa paume, confondue à l’effusion de sa propre vie.

    D’ailleurs, l’humble supplication de son regard était  telle, que l’abbé Cénabre y répondit malgré lui.

    “J’ai perdu la foi!” dit-il.

    Et il ajouta aussitôt d’un accent beaucoup plus calme:

    “Je me suis débattu cette nuit dans des ténèbres exceptionnelles. J’en suis à ne pouvoir remettre une décision irrévocable, que la simple honnêteté intellectuelle impose… A la question qui m’est faite, esquivée si longtemps, je dois répondre loyalement par oui ou par non.”

    Il parlait ainsi en marchant de long en large, tête basse. Au dernier mot, il s’arrêta face à son interlocuteur. Le visage candide de l’abbé Chevance exprimait un soulagement infini. Fut-ce la déception d’un coup manqué ?… Fut-ce la confusion de s’être ainsi découvert pour rien ? L’abbé Cénabre pâlit:

    “Que n’avez-vous parlé plus tôt ? disait l’autre de sa voix douce. Qui peut se croire à l’abri de cette sorte de tribulation ? Moi-même… Mais une intelligence comme la vôtre l’éprouve sans doute plus vivement. Dans une pareille conjoncture, se débattre est vain: on ne peut pas grand-chose pour soi-même. Laissez-vous apaiser, mon cher, mon bien-aimé maître et ami. Laissez Dieu revenir de lui-même: je m’en vais prier pour vous.”

    Et il chercha son chapeau sur le lit, se tourna vers la porte, l’ancien curé de Casterel ! prêt à faire comme il avait dit...

    “C’est donc là tout! s’écria l’abbé Cénabre avec un rire forcé. La chose vous paraît si simple ? Vous me trouvez bouleversé, hors de moi (ma seule démarche auprès de vous le prouve assez !), mais vous n’en êtes pas autrement ému. Ou peut-être vous me jugez capable d’être à ce point torturé par des imaginations de petite fille ? Hélas, sachez-le, mon ami, la croyance n’est pas arrachée d’un homme tel que moi sans un atroce débat. Les circonstances, plutôt que ma volonté, font de vous l’unique spectateur de cette tragique aventure. Encore un coup, allez-vous-en!”

    De nouveau, les larmes vinrent aux yeux de l’abbé Chevance…

    “Ce n’est pas cela… pas du tout cela… murmura-t-il désespéré. J’aurais prié… j’aurais demandé des lumières pour vous et pour moi. Mais vous abandonner, mon protecteur, un fidèle ami! Mon Dieu! vous m’auriez bientôt revu!

    — En êtes-vous sûr ? s’écria furieusement l’abbé Cénabre : J’ai songé sérieusement à me tuer cette nuit.

    Comment cette parole vint-elle ? D’où vint-elle ? Lui-même n’eût su le dire. Il n’eût su dire non plus si elle était un mensonge. A peine proférée, à supposer qu’elle ne fût qu’une provocation vaine, l’attitude du vieux prêtre, sa terreur silencieuse, bien différente de son habituelle agitation, lui donna sur-le-champ une réalité sinistre. Sans doute, il n’était pas vrai que l’abbé Cénabre eût réellement délibéré de se tuer: la pensée ne lui en était même pas venue; il avait jeté cela comme une injure. Et, néanmoins, il sentit une fois de plus avec une rage absurde que la parole imprudente le liait autant qu’un aveu. Dans quel rêve, dans quel cauchemar frénétique s’agite-t-on ainsi pour voir se rétrécir autour de soi l’espace libre, se fermer toutes les issues ? Il avait voulu un témoin favorable, bien qu’imprudemment appelé, dont le moins habile eût su tirer parti, et il n’aboutissait stupidement qu’à se trahir… Contre qui, contre quel obstacle invisible, la haine dont il se découvrait plein ?…

    Cette fois l’abbé Chevance le regardait bien en face, de ses yeux tristes. D’ailleurs il ne fit aucune plainte, ne formula aucun reproche. Il dit seulement avec une extraordinaire dignité : ”Je ne puis plus désormais vous entendre hors du sacrement de Pénitence.” (p.345)

    ……………………………………………………

    Qu’allez-vous raconter de moi ? dit-il.

    — Mon Dieu! s’écria le pauvre prêtre, monsieur le chanoine… je n’ai rien à raconter.

    — Si fait, répondit l’abbé Cénabre, après un silence. Que vous ayez vu clair ou non (le sais-je, moi-même ?) et quand ce que vous prévoyez devrait être, je demande: lorsque vous m’avez trouvé tout à l’heure, en plein désordre, en pleine angoisse, m’avez-vous cru ? M’avez-vous plaint ? Était-ce là l’épreuve d’une âme fausse et basse ? Ne me suis-je point défendu ? N’ai-je point souffert ?”

    L’abbé Chevance l’arrêta d’un regard indéfinissable.

    “Et après, continua l’abbé Cénabre, car je n’attends pas une réponse aux questions que je viens de poser, ne pensez-vous point qu’il faille un peu de temps pour que votre simple honnêteté s’arrange des faiblesses et des contradictions particulières à un homme dont la vie intellectuelle vous est si peu connue ? Et d’ailleurs, à quel prix obtiendrais-je de vous contenter tout à fait ?”

    Le vieux prêtre répondit aussitôt à voix très basse, redoublant de déférence et de respect, avec une douceur déchirante, par ces paroles impitoyables:

    “Monsieur le chanoine, il vous faut seulement tout quitter, tout rendre.”

    L’abbé Cénabre, sans cesser de sourire, fit un geste qui pouvait signifier tour à tour l’incompréhension et la stupeur. Le miracle fut que l’autre reçut ce sourire, s’en empara, le rendit avec joie, ainsi qu’un docile élève au maître indulgent.

    “Comprenez-moi, monsieur le chanoine, poursuivit-il en agitant ses longues mains maigres, nous sommes si malheureux… qu’il arrive que notre vie tout entière soit - à notre insu - comme… dérivée, en quelque sorte, de Dieu au diable. Je m’exprime mal: imaginons plutôt une source perdue dans une terre aride et souillée. Ce que le Seigneur nous octroie, je dis de plus précieux: les souffrances du corps et de l’esprit, l’usage que nous en (p.352) faisons, à la longue, peut les avoir corrompues. Oui! l’homme a souillé jusqu’à la substance même du cœur divin : la douleur. Le sang qui coule de la Croix peut nous tuer.”

    Il respira fortement :

    “Vous avez trop attendu, reprit-il. Vraiment... Véritablement, monsieur le chanoine… vous vous êtes trop refusé… Il n’y a plus rien à faire de l’angoisse dont vous parlez : elle vient trop tard, et malgré vous. Vous ne l’utiliserez pas. Elle vous détruira plutôt. Elle vous jettera dans la haine. N’accusez pas Dieu, monsieur le chanoine! Cette angoisse, il vous l’a, pour ainsi dire, proposée, comme on fait boire gorgée par gorgée un remède au petit enfant. Vous n’avez pas seulement voulu y goûter. Il vous faut maintenant la vider. Videz-la vite! Au fond du verre, vous ne trouverez rien qu’un dernier jet plus âpre et plus brûlant... Mon Dieu! je suis si maladroit, si peu habile à convaincre! Je voudrais exprimer ceci que votre épreuve est stérile, ne commence rien, qu’elle appartient tout entière à la part de votre vie que vous devez rejeter. Ne gardez rien, non! ne gardez rien de cette part-là! Elle est pourrie. Elle est pourrie jusqu’au cœur de l’aubier! Je vois… Je vois votre œuvre elle-même…

    — La connaissez-vous ? demanda froidement l’abbé Cénabre, mais d’un ton sans malveillance.

    — Non, sans doute!» riposta vivement l’abbé Chevance. Puis il s’arrêta sur cet aveu, dont il comprenait tout à coup l’invraisemblance. Un véritable désespoir se peignit dans son regard, le désespoir de la certitude éblouissante que la parole venait de trahir, n’exprimait plus, n’exprimerait jamais plus.

    Un instant, il fut sur le point d’en appeler de son apparent mensonge à la clairvoyance surhumaine qui le justifiait. Il n’en eut pas la force. Une deuxième fois l’abbé Cénabre, d’un mot, l’avait rejoint dans le ciel, rattrapé, instantanément rendu à son état de pauvre homme.

    “Je suppose, dit-il honteusement, je ne fais qu’une supposition. Enfin j’aurais voulu. Je sais qu’il est nécessaire, reprit-il, que vous anéantissiez le passé…” »[26]

    3. Journal d’un Curé de Campagne :

    Le combat du Curé d’Ambricourt avec la Comtesse… 

    Dans la même veine, le Journal d’un Curé de Campagne nous préente le combat du Curé d’Ambricourt avec la Comtesse… Celle-ci a perdu son enfant, et elle ne ‘pardonne’ pas au Bon Dieu de le lui avoir ‘pris’… Un échange serré s’engage entre le jeune Curé et l’imposante Comtesse : « Elle m’a dit: "Répétez cette phrase sur... l’enfer, c’est de ne plus aimer. - Oui, madame. - Répétez! - L’enfer, c’est de ne plus aimer. Tant que nous sommes en vie, nous pouvons nous faire illusion, croire que nous aimons par nos propres forces, que nous aimons hors de Dieu. Mais nous ressemblons à des fous qui tendent les bras vers le reflet de la lune dans l’eau. Je vous demande pardon, j’exprime très mal ce que je pense. Elle a eu un sourire singulier qui n’a pas réussi à détendre son visage contracté, un sourire funèbre. Elle avait refermé le poing sur le médaillon, et de l’autre main, elle serrait ce poing sur sa poitrine. "Que voulez-vous que je dise ? - Dites: ‘Que votre règne arrive’. - Que votre règne arrive! - ‘Que votre volonté soit faite’." Elle s’est levée brusquement, la main toujours serrée contre sa poitrine. ‘Voyons, m’écriai-je, c’est une parole que vous avez répétée bien des fois, il faut maintenant la prononcer du fond du coeur. - Je n’ai jamais récité le Pater depuis… depuis que… D’ailleurs, vous lesavez, vous savez les choses avant qu’on ne vous les dise’, a-t-elle repris en haussant les épaules, et cette fois avec colère. Puis elle a fait un geste dont je n’ai compris le sens que plus tard. Son front était luisant de sueur. ‘Je ne peux pas, gémit-elle, il ne semble que je le perds deux fois. - Le règne dont vous venez de souhaiter l’avènement est aussi le vôtre et le sien. - Alors, que ce règne arrive!" Son regard s’est levé sur le mien, et nous sommes restés ainsi quelques secondes, puis elle m’a dit: ‘C’est à vous que je me rends. - A moi! - Oui, à vous. J’ai offensé Dieu, J’ai dû le haïr. Oui, je crois maintenant que je serais morte avec cette haine dans le coeur. Mais je ne me rends qu’à vous. - Je suis un trop pauvre homme. C’est comme si vous déposiez une pièce d’or dans une main percée. - Il y a une heure, ma vie paraissait bien en ordre, chaque chose à sa place, et vous n’y avez rien laissé debout, rien. - Donnez-la telle quelle à Dieu. - Je veux donner tout ou rien, nous sommes des filles ainsi faites. - Donnez tout." (1163) […]

    Tout est bien. Je ne croyais pas la résignation possible. Et ce n’est pas la résignation qui est venue, en effet. Elle n’est pas dans ma nature, et mon pressentiment là-dessus ne me trompait pas. Je ne me suis pas résignée, je suis heureuse. Je ne désire rien [...] L’espérance ! Je l’avais tenue morte entre mes bras, par l’affreux soir d’un mars venteux, désolé... j’avais senti son dernier souffle sur ma joue, à une place que je sais. Voilà qu’elle m’est rendue. Non pas prêtée cette fois, mais donnée. Une espérance bien à moi, rien qu’à moi, qui ne ressemble pas plus à ce que les philosophes nomment ainsi, que le mot amour ne ressemble à l’être aimé. Une espérance qui est comme la chair de ma chair. Cela est inexprimable. Il faudrait des mots de petit enfant. (1165) […]

    Mme la comtesse est morte cette nuit. (1166) […]

    Il faudrait que je fusse bien fou pour m’imaginer avoir tenu un rôle, un vrai rôle. C’est déjà trop que Dieu m’ait fait la grâce d’assister à cette réconciliation d’une âme avec l’espérance, à ces noces solennelles (1168) […]

    Comment n’ai-je pas deviné qu’un tel jour serait sans lendemain, que nous nous étions affrontés tous les deux à l’extrême limite de ce monde invisible, au bord du gouffre de lumière ? Que n’y sommes-nous tombés ensemble ! Soyez en paix ! Lui avais-je dit. Et elle avait reçu cette paix à genoux. Qu’elle la garde à jamais ! C’est moi qui la lui ai donnée. Ô merveille qu’on puisse ainsi faire présent de ce qu’on ne possède pas soi-même, ô doux miracle de nos mains vides ! »[27] 



    BILIOGRAPHIE

    Œuvres de Bernanos

    1926 Sous le soleil de Satan, Plon.

    1927 L’imposture, Plon.

    1929 La Joie, Plon. (prix Femina)

    1931 La Grande Peur des Bien-Pensants, Grasset.

    1934 Jeanne relapse et sainte, Plon. [éd. orig. : 1929]

    1935 Un Crime, Plon.

    1936 Journal d’un curé de campagne, Plon. (Grand prix du roman de l’Académie française)

    1937 Nouvelle histoire de Mouchette, Plon.

    1938 Les Grands Cimetières sous la lune, Plon.

    1939 Scandale de la vérité, Gallimard.  Nous autres Français, Gallimard.

    1946 Lettre aux Anglais, Gallimard.  [Rio de Janeiro, 1942] Monsieur Ouine, Plon. [Rio de Janeiro, 1943]

    1947 La France contre les robots, Laffont [Rio de Janeiro, 1946]

    1948 Le Chemin de la Croix-des-Âmes, Gallimard.  [Rio de Janeiro, 1943 à 1945, 4 vol.]

    Publications ou éditions posthumes :

    1949 Dialogues des carmélites. Seuil Les Enfants humiliés, Gallimard.

    1950 Un Mauvais rêve, Plon.

    1953 La liberté, pour quoi faire ? Gallimard.

    1961 Français, si vous saviez…, Gallimard.  [recueil d’articles écrits entre 1945 et 1948]

    1971 Combat pour la vérité. Correspondance inédite 1904-1934, Plon.

    Combat pour la liberté. Correspondance inédite 1934-1948, Plon.

    1975 La vocation spirituelle de la France, Plon. [recueil d’articles rassemblés par J.-L. Bernanos]

    1983 Les Prédestinés, Seuil.

    [ce volume rassemble Saint Dominique (1926), Jeanne relapse et sainte (1934) et Frère Martin (1943)]

    Lettres retrouvées. Correspondance inédite 1904-1948, Plon.

    1961 Œuvres romanesques suivi de Dialogues des carmélites. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.

    1971 Essais et écrits de combat, t. I. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.

    [contient Saint Dominique, Jeanne relapse et sainte, Les Grands Cimetières sous la lune, Scandale de la vérité,

    Nous autres Français, La Grande Peur des bien-pensants, Textes non-rassemblés par Bernanos 1909-1938]

    1995 Essais et écrits de combat, t. II. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.

    [contient Lettre aux Anglais, Le Chemin de la Croix-des-Âmes, Textes non- rassemblés par Bernanos 1938-1945,

    La France contre les robots, Français, si vous saviez..., La liberté, pour quoi faire ?]

    Ouvrages sur Bernanos

    BALTHASAR (von) Hans Urs. Le Chrétien Bernanos, Paris, Seuil, 1956, 2004.

    BEGUIN Albert. Bernanos par lui-même. Paris, Seuil, 1954, Coll. « Écrivains de toujours ».

    BERNANOS Jean-Loup, Georges Bernanos à la merci des passants, Paris, Plon., 1986.

    GAUCHER Guy, Georges Bernanos et l’invincible espérance. Paris, Cerf, 1994.

     


    [1] Romancier et essayiste (1846-1917).

    [2] Journaliste et homme de lettres (1813-1883).

    [3] Journaliste et écrivain catholique, antisémite et nationaliste (1844-1917).

    [4] Polémiste, publiciste, économiste, sociologue et socialiste (1809-1865).

    [5] Ecrivain, poète et essayiste (1873-1914).

    [6] A un ami, [Vassouras], 5 juin 1939. In Correspondance II, p. 250.

    [7] La France contre les robots, Laffont, 1947  [Rio de Janeiro, 1946]

    [8] En littérature, on peut penser à Flaubert (1821-1880), Zola (1840-1902), Maupassant (1850-1893), Edmond et Jules Goncourt (1822-1896 ; 1830-1870), Jules Champfleury (Jules Husson ; 1821-1889), Alexandre Dumas fils (1824-1895), Ernest Feydeau (1821-1873), Stendhal (1783-1842), Balzac (1799-1850)… En peinture, on peut évoquer les noms de Gustave Courbet (1819-1877), Honoré Daumier. Un peu plus apparaîtra le naturalisme d’Emile Zola (1840-1902). 

    [9] Publié en 1937, de retour d’Espagne où il séjournait depuis 1934, Bernanos y rompt définitivement avec son camp. Franquiste en bon ancien maurrassien qu’il était (il se détache peu à peu de l’Action française à partir de 1926) – son propre fils Yves est engagé dans la phalange –, il découvre les horreurs de la guerre civile, la barbarie dont sont aussi capables les franquistes, l’attitude benoîte du clergé espagnol et de leurs relais en France. Alors il se retourne contre ses anciens camarades, dénonce leur aveuglement et leur inconscience, leur insensibilité et leur crédulité. Dans cet essai, plus qu’ailleurs, on reconnaît l’imprécation d’un Léon Bloy et la lucidité d’un Charles Péguy.

    [10] Jean Murray, Introduction, In Correspondance I, p. 42.

    [11] À l’Abbé Lagrange, 31 mai 1905. In Correspondance I, p. 79.

    [12] À l’Abbé Lagrange, 31 mai 1905. In Correspondance I, p. 75.

    [13] À l’Abbé Lagrange, 31 mai 1905. In Correspondance I, p. 76.

    [14] Claire Daudin, auteur de : Dieu a-t-il besoin de l’écrivain ? Péguy, Bernanos, Mauriac, Paris, Cerf, 2006, in 
La Croix du Jeudi 3 juillet 2008, p.15.

    [15] in 
La Croix, Jeudi 3 juillet 2008, p.15

    [16] in La Croix, Jeudi 3 juillet 2008, p.14.

    [17] Le Mal et l’Exil (dialogue avec Philippe de Saint-Chéron) Nouvelle Cité, 1988, Cité en introduction dans La Grande Peur des Bien-Pensants, LP, 1998, p.13.

    [18] Les Grands Cimetières sous la lune, in Essais et écrits de combat, t. I. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.404

    [19] Nous autres Français, in Essais et écrits de combat, t. I. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.752

    [20] Hans Urs  von BALTHASAR, Le Chrétien Bernanos, Paris, Seuil, 1956, 2004, p.146, qui cite Bernanos, « Luther », Esprit, 1951, p.185

    [21] Journal d’un Curé de Campagne, La Pléiade, p.1186-1187

    [22] Dialogues des Carmélites, Deuxième tableau, Scène I, La Pléiade, p.1585-1587.

    [23] Jean-Claude POLET est professeur à l’Université Catholique de Louvain. Il est Président du Département d'études romanes.

    [24] Cf. Jean-Claude POLET, « De campagne à Etaples et de l’Hôtel de la Force à Compiègne, errances et angoisse de l’ultime exil », in Exil, errance et marginalité dans l’œuvre de Bernanos, Sous la direction de Max Milner[24], Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2004, 330 pages, p.151-161.

    [25] Sous le Soleil de Satan, Points, p.155-156, La Pléiade, p.188.

    [26] L’Imposture, Points, p.33 sqq ou La Pléiade, p.328-353.

    [27] Journal d’un Curé de Campagne, Presses Pocket, p.192-193 s. ou La Pléiade, 1163, 1166 et 1169-1170.



    Luc MEYER