• Catéchèse mystagogique après un envoi en mission

    Catéchèse « mystagogique » 

    après une célébration d’envoi en mission (samedi 15 octobre 2016)

    Une catéchèse « mystagogique », dans la Tradition de l’Eglise.

    C’est un mystère que nous avons célébré ce matin. Non seulement parce que nous avons professé notre foi, à l’invitation de l’évêque, mais aussi et surtout parce que, à travers lui, c’est le Christ lui-même qui a envoyé en mission un certain nombre d’entre nous. « Lorsque Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise; lorsque Paul baptise, c’est le Christ qui baptise. »[1] Et lorsqu’un successeur des Apôtres envoie en mission, c’est le Christ lui-même qui envoie. C’est bien plus qu’une délégation, où chacun, après l’envoi, serait renvoyé à ses propres qualités, à ses propres charismes, pour s’acquitter tant bien que mal de la tâche confiée.

    Cet envoi en mission n’est pas accessible à la raison seule. C’est un mystère, qui requiert un acte de foi, tant de celui qui envoie, au nom du Christ, que de celui qui est envoyé, et même surtout de l’Eglise au sein de laquelle se produit cet événement extraordinaire : être envoyé en mission aujourd’hui comme les disciples de Jésus l’ont été autrefois.

    Cet envoi en mission s’est donné à voir et à entendre dans les gestes et les paroles qui ont été posés, très simplement. Nous avons en quelque sorte baigné dedans, saisis par le chant, la parole et les gestes qui nous ont traversés.

    Quand nous avons préparé cette session, on m’a dit : « Puisque nous aurons vécu une belle liturgie d’envoi en mission, il faudrait faire, en début d’après-midi, une catéchèse mystagogique ».

     

    Mais que veut donc dire « mystagogique » ?

    Les Pères de l’Eglise, ont proposé des catéchèses non seulement avant la célébration des sacrements mais également après. La mystagogie se situe après les sacrements. Comme son nom l’indique[2], elle vise à nous conduire dans la profondeur du mystère que l’on a célébré. Saint Jean-Paul II nous dit très simplement qu’une catéchèse mystagogique doit nous permettre de « découvrir la signification des gestes et des paroles de la liturgie », en nous « aidant […] à passer des signes au mystère et à enraciner en lui [notre] existence tout entière ».[3]

    Une assemblée de fidèles du Christ.

    Alors, qu’avons-nous vécu dans la célébration d’envoi en mission ce matin ?

    Nous étions tout d’abord une assemblée de fidèles du Christ, réunis autour de notre évêque et de différents états de vie. Fidèles laïcs, fidèles diacres, fidèles prêtres et même fidèle évêque : ensemble nous avons répondu à un appel pour constituer cette assemblée. Et je n’oublie pas les religieuses et religieux, fidèles du Christ eux aussi, qui ont choisi de vivre d’une façon toute particulière les conseils évangéliques, qui s’adressent à tout baptisé : la chasteté, la pauvreté et l’obéissance.

    Oui, c’est bien le Corps ecclésial du Christ qui s’est rassemblé à l’appel d’un successeur des Apôtres, notre évêque, que la prière eucharistique appelle simplement par son nom de baptême : Thierry.

    Nous avons ensuite écouté la proclamation de l’Ecriture Sainte : un extrait de la Lettre aux Ephésiens[4], qui nous a rappelé — à nous, les Ephésiens d’aujourd’hui — que « la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ ».[5]  Saint Paul nous a précisé que les fidèles — c’est-à-dire nous tous, quel que soit notre état de vie — « les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ ».[6]

    L’Eglise rassemblée fait c(h)œur autour de notre pasteur.

    L’Eglise rassemblée fait c(h)œur autour de l’évêque : un choeur qui chante son Dieu[7] mais aussi un cœur qui bat pour irriguer tout le corps, dans ce mouvement de diastole et de systole, caractéristique de notre liturgie chrétienne, qui est la source et le sommet de la vie de l’Eglise.[8]

    C’est pour cela sans doute qu’autour de notre pasteur, nous avons chanté le Psaume 22, en nous adressant au Seigneur, notre Berger, qui nous « conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom », notre Berger qui est avec nous et nous rassure « quand nous traversons les ravins de la mort ».[9]

    « Baptisez-les »… aujourd’hui !

    Oui, nous avons ouvert le livre en nous avons proclamé l’Ecriture Sainte ; et à la fin de l’Evangile, lorsqu’elle a commencé à prendre chair en nous, dans la force de l’Esprit, le diacre a osé dire : « Acclamons la Parole de Dieu ». Nous avons alors reconnu le Seigneur, nous avons cru à sa présence, lui qui est le Verbe incarné, mort et ressuscité, et les yeux levés[10], nous avons chanté : « Louange toi, Seigneur Jésus ! »

    « De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » nous a demandé Jésus, dans l’Evangile selon saint Matthieu. « Baptisez-les », c’est-à-dire, dans le texte original : « Baptisez leurs habitants » : des personnes que nous rencontrons, dans la société qui est la nôtre, dans la rue, dans la vie professionnelle ; dans les familles que nous connaissons. « Baptisez-les !… »

    Notre évêque nous a ensuite invités à vivre aujourd’hui, dans la foi, l’ardeur consumante de cet appel de Jésus.

    Puis, naturellement, est venu le temps de l’envoi en mission…

    L’appel des personnes missionnées.

    L’appel des personnes missionnées, tout d’abord, et leur réponse, si simple et si profonde : « Me voici »… Comment ne pas penser à Samuel, qui dormait dans le Temple et pour lequel le Seigneur a dû appeler plusieurs fois !… Comment ne pas penser aux bons conseils d’un saint médiateur de la rencontre : le prêtre Eli, qui va aider Samuel à trouver la juste réponse pour trouver sa juste place.[11] Comment ne pas penser à la Vierge Marie, disponible elle aussi pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse en elle : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »[12]

    La bénédiction de l’eau.

    Est venue ensuite la bénédiction de l’eau : l’eau stagnante qui engloutit dans la mort Pharaon, ses chars et ses guerriers ; l’eau vive qui « féconde la terre et donne à nos corps fraîcheur et pureté » : l’eau du Jourdain qui accueillit les péchés de tant de gens venus demander la purification à Jean Baptiste, l’eau du Jourdain que Jésus a lavée de ces péchés-là, en y entrant corps et âme, exempt du péché.

    A la source de l’action évangélisatrice de l’Eglise.

    L’action évangélisatrice de l’Eglise prend sa source dans ce travail de l’Esprit Saint qui nous fait passer de la mort à la vie, dans ce travail de l’Esprit Saint qui nous fait dépouiller personnellement et communautairement le vieil homme — Pharaon, ses chars et ses guerriers— pour revêtir l’homme nouveau, le Christ, qui vient faire sa demeure en nous et parmi nous. Car, nous le savons un peu plus depuis nos précédentes session pastorales, c’est Lui, le grand initiateur, c’est lui « qui est à l’origine et au terme de la foi ».[13]

    La profession de foi, qui vient après la bénédiction de l’eau avant l’aspersion, est à sa juste place. Il s’agit bien en effet de faire mémoire de notre baptême. Jean-Baptiste était venu pour baptiser dans l’eau ; Jésus, au dire même du Baptiste, nous baptisera dans l’eau et dans l’Esprit Saint.[14] La profession de foi, qui ouvre nos cœurs et nos lèvres, creuse en nous un espace où l’Esprit peut résider jusque dans notre corps, qui en est le Temple. Car la mission se vit dans l’âme et dans le corps, avec ses joies intenses, la fatigue des veilles et les détours du chemin, comme en Galilée.[15]

    « Oui, je crois. Oui, nous croyons ».

    A la triple interrogation de notre évêque, modelée sur la profession de foi baptismale de la nuit de Pâques, des voix différentes ont répondu. Les personnes appelées ont osé répondre : « Oui, je crois », tandis que le oui de l’assemblée laissait résonner la réponse du Corps tout entier de l’Eglise : « Oui, nous croyons ».

    Plongée, signation et aspersion…

    L’évêque et, avec lui, les personnes appelées à recevoir une mission, ont alors plongé la main dans l’eau bénite pour se signer, lentement. Il y avait là une communion prophétique de ceux qui allaient être envoyés avec celui qui allait, au nom du Christ, procéder à cet envoi.

    L’aspersion de l’assemblée nous a rappelé, juste après, que nous sommes tous baptisés et constitués ainsi « disciples-missionnaires ».[16] Et c’est une belle chose que nous ayons tous été mouillés par cette eau. On ne saurait imaginer que quelques-uns se mouillent pour la mission, tandis que d’autres resteraient bien au sec !… « Montre-moi ta foi qui n’agit pas »[17], dirait saint Jacques… Au titre même de notre baptême, nous participons à la mission apostolique de l’Eglise. Nous sommes prêtres, prophètes et rois. C’est le sacerdoce commun à tous les baptisés, qu’ils soient laïcs, engagés ou non dans la vie consacrée ou religieuse, ou qu’ils soient ministres ordonnés : prêtres, diacres ou évêques.

    En toute vérité, nous pouvions alors proclamer avec l’Epître aux Ephésiens, qu’il y « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père ».[18]  

    Promesse de fidélité à l’évêque.

    Est venue ensuite la promesse de fidélité à l’évêque…

    En s’avançant d’un pas, chacun avait déjà répondu à un appel et s’était disposé à être envoyé. En professant la foi, chacun avait creusé en lui la place de l’Esprit Saint pour vivre la mission. Mais la mission se vit, dans un échange de paroles et de visages, réels, incarnés, qui pourtant ne fait pas acception des personnes.

    « Oui, je le promets ! » …à mon évêque, quel qu’il soit : Louis-Marie, Armand ou Thierry !… J’ai foi en la succession apostolique. La mondanité spirituelle[19], dénoncée par la Pape François, voudrait me faire choisir entre Paul et Apollos.[20] Le sens chrétien de l’Eglise me ramène à mon diocèse, au territoire de ma paroisse d’habitation, au champ de l’action de mon service : c’est là d’abord que me sont donnés des frères à recevoir et à accueillir : « Oui, je le promets ! »

    Promettre de vivre en communion avec notre évêque, dans la fidélité aux orientations pastorales du diocèse de Laval, c’est tout naturellement accueillir le diocèse comme le Corps du Christ, son Corps ecclésial, dans son organicité et la diversité de ses membres.

    Envoi en mission et remise d’une lettre, trace écrite de cet envoi.

    Les envois en mission se font à ce moment précis, sous la présidence plus silencieuse du successeur des Apôtres : la mission est énoncée et la lettre est remise par la personne à qui, moi qui la reçois, je rendrai compte de cette mission dans le corps ecclésial. Cette personne n’est pas la source de la mission et pourtant je suis amené à collaborer avec elle et à répondre, devant elle, de la mission qui m’est confiée.

    « Disciple-missionnaire » par le baptême, me voilà envoyé en mission et j’accepte, pour un temps et une mission donnés, de devenir un « laïc missionné », qui participe à l’exercice de la charge pastorale confiée à mon évêque.

    Geste de reconnaissance.

    Le geste de reconnaissance qui scelle l’envoi en mission exprime la fraternité fondamentale de la mission, nécessaire à sa fécondité.

    Je peux alors quitter le chœur, rejoindre le corps de l’Eglise, l’assemblée missionnaire qui est la nôtre, une assemblée appelée à être envoyée tout entière après la bénédiction. Je partage avec tous, laïcs et ministres ordonnés, le sacerdoce commun des fidèles du Christ. Comme un trésor, je garde avec moi, pour quelques années, le souci de la mission pastorale, à laquelle je suis associé.

     

    « Allez par toute la terre annoncez l’Evangile aux nations,

    Allez par toute la terre, Alléluia ! »



    [1] Augustin d’Hippone Homélies l’Evangile de Jean, homélie VI, §7, DDB, coll. « Bibliothèque Augustinienne » n°71, p.357. (cf. Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie, qui cite ce texte) 

    [2] Le verbe grec mustagogeïn signifie : « conduire (agogeïn) dans le mystère ».

    [3] Lettre apostolique Reste avec nous, Seigneur (2004), n°17. On pourra aussi lire avec intérêt le paragraphe 64 de l’exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis (2007), du pape de Pape Benoît XVI.

    [4] Ep 4, 1-7. 11-13. 

    [5] Ep 4, 7.

    [6] Ep 4, 12.

    [7] cf. Présentation générale de la Liturgie des Heures, 270 : « Dans la célébration de la Liturgie des heures, le chant ne peut donc être tenu pour un ornement surajouté comme du dehors à la prière; bien plutôt il jaillit des profondeurs de l’âme qui prie et qui loue Dieu, et il manifeste pleinement et parfaitement la nature communautaire du culte chrétien. » 

    [8] « La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. » Concile Vatican II, Constitution sur la sainte liturgie, n°10. Voir également Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise, n°11, où le  « sacrifice eucharistique » est présenté comme « source et sommet de toute la vie chrétienne ». 

    [9] Cf. Ps 22, 3 et 4.

    [10] Cf. He 12, 2.

    [11] 1 S 3, 1-10.

    [12] Lc 1, 38.

    [13] He 12, 2.

    [14] cf. Mc 1, 8.

    [15] Il en va du sacrement de baptême comme de la mission qu’il fonde en nous : « A la rigueur, on pourrait comparer le baptême à un acte banal : les péchés nous salissant comme de la crasse, l’eau nous en lave. Toutefois, les péchés n’apparaissent pas sur la chair, car personne ne porte sur sa peau des taches d’idolâtrie, de débauche ou de fraude. Mais c’est l’esprit qu’ils souillent, lui qui est l’auteur du péché. Car l’esprit commande, la chair est à son service. Tous deux pourtant partagent la faute, l’esprit parce qu’il commande, la chair parce qu’elle exécute. Et comme l’intervention de l’ange a donné aux eaux un certain pouvoir de guérir, l’esprit est lavé dans l’eau par l’intermédiaire du corps, la chair y est purifiée par l’esprit. » (Traité du Baptême, IV, 5, SC35, 1952, 2002, 112 pages, p.71. TERTULLIEN, Traité du Baptême, introduction, texte critique et notes par R.P.REFOULE, traduction en collaboration avec M.DROUZY, Sources Chrétiennes n°35, Cerf, Paris, 1952, réimpression de la première édition revue et corrigée, 2002, 112 pages.)

    [16] cf. Pape FRANÇOIS, Exhortation apostolique postsynodale Evangelii Gaudium, n°120 : « Nous ne disons plus que nous sommes “disciples” et “missionnaires”, mais toujours que nous sommes “disciples-missionnaires” ».

    [17] Jc 2, 18.

    [18] Ep 4, 5.

    [19] cf. Pape FRANÇOIS, Exhortation apostolique postsynodale Evangelii Gaudium, n°93 sqq.

    [20] 1 Co 1,12.