• - Colloque Fides et Ratio

    Un Colloque à l'Institut Catholique de Paris

    pour les 10 ans de Fides et Ratio

    12 octobre 2008

    LA FOI OU LA RAISON ? On oppose facilement les deux, rejetant à bon droit le fidéisme et le rationalisme… Nous fêtons cette année les dix ans de Fides et Ratio. Cette encyclique lumineuse de Jean-Paul II nous rappelle que la foi et la raison « sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité »

    Les Facultés de Philosophie et de Théologie de l’Institut Catholique de Paris, en partenariat avec la  Faculté Notre-Dame, ont organisé pour l’occasion un colloque de très haute tenue. Initiative accueillie et encouragée très chaleureusement par Mgr Gianfranco RAVASI, Président du Conseil Pontifical pour la Culture, qui avait envoyé à cette occasion un message personnel. Lecture en a été donnée par le P. Laurent MAZAS, représentant du Saint-Siège au Conseil de l’Europe, durant la séance publique de l’après-midi.

    Qu’en est-il de la relation « foi et raison » dans la culture actuelle ? Comment le christianisme assume-t-il cette bipolarisation du pensable, qui a déterminé en bonne part l’histoire politique, juridique, philosophique et religieuse de l’Occident ? Quelle conversation peut-on promouvoir entre les divers ordres de rationalité : scientifique, philosophique, théologique, esthétique ? Autant de questions auxquelles les intervenants, de diverses provenances et disciplines, ont essayé de répondre.

    LA SEANCE DOCTORALE du matin s’est déroulée en plusieurs temps, dans l’esprit des nouvelles orientations universitaires européennes. Une communauté de recherche s’était donné rendez-vous : professeurs et maîtres de conférence, jeunes docteurs ou doctorands, issus de diverses Facultés et disciplines.

    Le Pr. François BOUSQUET, vice-recteur de l’Institut Catholique et Directeur de l’Ecole doctorale, a commencé par rappeler la problématique de l’encyclique : « la vérité atteinte par la voie de la réflexion philosophique et la vérité de la Révélation ne se confondent pas […] L'une ne rend pas l'autre superflue ». Mais des liens les unissent en vertu la « Révélation » et du « Mystère » : il faut croire pour comprendre, mais aussi comprendre pour croire… « Ce n'est pas la sagesse des paroles, mais la Parole de la Sagesse que saint Paul donne comme critère de Vérité et, en même temps, de salut. La sagesse de la Croix dépasse donc toutes les limites culturelles que l'on veut lui imposer et nous oblige à nous ouvrir à l'universalité de la vérité dont elle est porteuse. » (Fides et Ratio, §23)

    Les Pr. Philippe CAPELLE et Vincent HOLZER ont ensuite donné chacun une conférence.

    Le Pr. Philippe CAPELLE a réfléchi au lien entre « raison métaphysique  et raison théologique », abordant la question du passage du « phénomène et du fondement », posée explicitement dans l’encyclique : «  Il n'est pas possible de s'arrêter à la seule expérience; même quand celle-ci exprime et rend manifeste l'intériorité de l'homme et sa spiritualité, il faut que la réflexion spéculative atteigne la substance spirituelle et le fondement sur lesquels elle repose. Une pensée philosophique qui refuserait toute ouverture métaphysique serait donc radicalement inadéquate pour remplir une fonction de médiation dans l'intelligence de la Révélation. » (Fides et Ratio, §83). En faisant référence à Martin Heidegger, Stanislas Breton, Jean Nabert et Xavier Tilliette, le philosophe a éclairé l’assemblée en situant les enjeux du passage du phénomène au fondement dans le paysage philosophique contemporain.

    Le Pr. Vincent HOLZER a abordé le lien entre christologie et philosophie. Et cette fois-ci, c’est le paragraphe 12 de l’encyclique qui a suscité la réflexion : « L'incarnation du Fils de Dieu permet de voir se réaliser la synthèse définitive que l'esprit humain, à partir de lui-même, n'aurait même pas pu imaginer: l'Éternel entre dans le temps, le Tout se cache dans le fragment ». Le théologien a souligné combien l’encyclique promeut une christologie « expressive et épihanique » et a décelé une veine blondélienne dans cette contemplation du Tout dans le fragment. La « première tâche de la théologie est l'intelligence de la kénose de Dieu » : le Fils de Dieu « s'est fait homme et par la suite est allé au-devant de sa passion et de sa mort » (Fides et Ratio, §93)

    Cette matinée doctorale s’est poursuivie par un temps de forums, pendant lesquels de jeunes docteurs ou doctorands ont fait part de leurs recherches. La question posée orientait la réflexion, tout en laissant le génie propre à chaque discipline s’exprimer librement : « Comment la problématique Foi et Raison affecte-t-elle ma recherche ? ». Deux heures ont été consacrées à cet exercice. Dans chacun des quatre forums, trois intervenants se succédaient pendant la première heure, la seconde étant consacrée à un temps de réaction et de questions. Une expérience concrète de ce qu’est une communauté de recherche, qui confirmait dans la pratique une affirmation importante de l’encyclique : « la raison elle-même a besoin d’être soutenue dans sa recherche par un dialogue confiant et par une amitié sincère. » (Fides et Ratio, §33)

    Lors de la SEANCE ACADEMIQUE PUBLIQUE de l’après-midi, un public nombreux est venu écouter deux hôtes de marque : les Pr. Julia KRISTEVA et Jean-Yves LACOSTE. Les Pr. Henri-Jérôme GAGEY et Philippe CAPELLE ont répondu à leurs interventions, en soulignant tel ou tel aspect…

    Julia KRISTEVA est Professeur à l'Institut universitaire de France (classe exceptionnelle, 1999) et dirige l'Ecole Doctorale à l'Université Paris 7-Denis-Diderot. Linguiste, sémiologue, psychanalyste et écrivain, elle a rappelé que l’humanisme sécularisé n’est pas forcément un ennemi, tout en rejoignant Fides et Ratio dans sa critique du subjectivisme volontariste. Avec mesure et équilibre, Julia KRISTEVA a proposé une voie de réflexion psychanalytique sur l’expérience de l’altérité : altérité du langage, altérité de l’inconscient, altérité de la mère, investissement freudien du père de la préhistoire pré-individuelle… Autant de chemins où un dialogue est possible et fécond entre la voie de la raison et la voie de la foi. Le Pr. Henri-Jérôme GAGEY a souligné combien ce type d’apport extérieur à la foi était essentiel pour « dynamiser notre capacité autocritique », le croire étant par nature toujours « en danger de se muer en délire » si l’on ne parvient pas à surmonter le « schisme entre la raison et la foi ».

    Jean-Yves LACOSTE est une référence pour les étudiants de théologie et de philosophie. Parmi ses nombreuses publications, qui ne connaît pas le Dictionnaire critique de théologie, qu’il a dirigé et publié aux PUF ?… Il a d’abord rendu hommage à « son ami » David Tracy, retenu aux USA pour cause de santé. Son intervention a rappelé avec beaucoup d’humour et d’à propos que le lieu moderne de la rencontre entre le « croire «  et le « raisonner » était l’université, née au 13ème siècle. L’idéal originel d’une Universitas scientiarum n’a pu tenir longtemps : le dialogue et la coexistence parfois difficiles entre la Foi et la Raison ont bien marqué notre histoire !… Et de remarquer, avec un humour perspicace, qu’après la disparition de Leibniz, « le dernier savant universel », à l’heure de la fragmentation des savoirs, nous sommes tous devenus « de misérables spécialistes »… La conversation peut donc « être un sport efficace », notamment pour prendre la mesure des « limites et des confins de la Foi et de la Raison ». Qu’en est-il, par exemple, de la Grammaire de l’Assentiment de Newman ? Il est impossible de trancher entre philosophie et théologie… Le Pr. Philippe CAPELLE a remercié chaleureusement Jean-Yves LACOSTE et souligné à son tour quelques éléments essentiels de l’intervention.

    Le colloque s’est achevé par une célébration eucharistique, présidée par le Cardinal André VINGT-TROIS, en l’église Saint-Joseph-des-Carmes.

    L’encyclique n’a pas fini de susciter le travail de la foi, de la raison et de leur noble articulation.