• Confirmation 12-18 ans texte 110326

     La Confirmation 
                           La confirmation

    des jeunes de 12 à 18 ans :

    Approfondissement théologique en trois points. 

    (Diocèse de Nantes. 26 mars 2011. TEXTE)

    Introduction.

    Nous venons avec des visages, des situations, des expériences et des questions divers, en fonction de l’âge des confirmands que nous accompagnons, mais aussi du lieu où nous sommes… L’apport de ce matin s’efforce de donner des éléments théologiques et historiques sur la confirmation. Cela nous aidera, je l’espère, à relire ce que nous vivons avec les jeunes et pour les jeunes. S’il y a du neuf à découvrir, des choses à inventer au service des jeunes pour qu’ils soient plus nombreux à vivre la confirmation ou qu’ils la vivent mieux, ce n’est pas d’abor d la théologie qui va nous guider mais bien la charité pastorale,le fait qu’en paroisse, en mouvement, en aumônerie ou dans l’enseignement catholique, c’est le bien des jeunes que nous cherchons, leur croissance à la fois humaine et chrétienne. Il y aura trois parties de 20 minutes, suivies chacune d’un petit temps d’appropriation de 5 minutes. C’est court (on ne peut pas tout reprendre) mais c’est suffisant pour pointer ceci ou cela.

     

    A. Le sens de l’initiation chrétienne.

    « On ne naît pas chrétien, on le devient »[2] : quête d’identité et initiation chrétienne.

     

     1. Identité reçue ou identité construite ?

    a. « Qui suis-je ? » : une question fondamentale aujourd’hui comme hier.

    Si vous vous promenez dans les rues de Nice, vous trouverez une devanture qui s’appelle « Identity »… Ce n’est pas un cabinet de psychologue ou un atelier de photographie : c’est un salon de coiffure[3] !… Avec un brin d’humour et aussi de marketing, on nous fait miroiter le rêve de construire notre identité en étant coiffé de telle ou telle façon… Il s’agit de paraître, d’avoir une bonne image… pour avoir sa place dans la société ou pour mieux séduire les garçons… ou les filles. Alors, aussitôt je pense à Saint Cyprien de Carthage qui disait aux femmes de son temps d’éviter de se maquiller, parce que le Seigneur pourrait bien ne pas les reconnaître quand elles se présenteraient au Paradis !…[4]

    Devant la pression du groupe et les modes de la société, ce n’est pas facile d’être simplement soi-même, sans chercher à construire son identité, au risque de ne pas être tout à fait ce que l’on veut paraître.

    Le sociologue Alain EHRENBERG[5] nous fait remarquer que dans la France d’aujourd’hui « le culte de la performance » fait peser lourdement ses exigences sur l’individu  : pour être un bon chef d’entreprise, il ne suffit pas d’être honnête et courageux, il faut être efficace et surtout plus fort que les autres. Pareillement, le sport n’est plus seulement un jeu : c’est une compétition. « Chacun, d’où qu’il vienne, doit faire l’exploit de devenir quelqu’un […] », en s’affirmant. Il faut « forger son propre modèle : réussir à être quelqu’un… »

    Dans le même temps, les fonctionnements de la société deviennent de plus en plus libéraux et renvoient l’individu à lui-même. Vous vous souvenez peut-être des placards publicitaires conçus par la société d’assurances Thelem[6], qui ont fleuri au mois de septembre dernier un peu partout en France. Que disaient-ils ? « Pourquoi payer comme un malade quand je ne suis pas malade ? »… La loi vise normalement le bien commun et nous rend théoriquement solidaires… Il ne faudrait pas que le libéralisme — dénoncé depuis longtemps déjà par Jean-Paul II —, finisse par nous rendre solitaires… Car alors malheur aux faibles, malheur aux malades, malheur aux dépendants, malheur surtout aux pauvres ! On est à des années-lumière de l’Evangile.

    C’est dans cette société-là que grandissent les adolescents. C’est le règne du Surhomme dont Nietzsche avait parlé.

    b. « Qui suis-je ? » : une question renvoyée à  « l’aîné » par le « jeune ».

    Etre un « Aîné » dans ces conditions, c’est une posture délicate et la question des jeunes « Qui suis-je ? » renvoie aujourd’hui les adultes à leurs propres questions et à leurs propres certitudes… A l’heure où chacun est invité à construire sa propre identité, à l’heure où les jeunes vivent dans une multiplicité de repères, la transmission devient vraiment un défi pour les aînés.

    Le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France dit ceci : « Faire une proposition catéchétique, exigeante mais respectueuse de tous, demande à chaque catéchiste de se considérer lui-même comme un disciple s’en remettant au Christ dans sa mission propre. Dans l’Église, l’aîné dans la foi est frère en humanité de celui qui cherche ; faire une proposition catéchétique demande de se considérer soi-même comme un disciple en chemin à la suite du Christ. »[7]

    c. « Qui serai-je ? » : une question à accompagner : aimer quelqu’un c’est croire en son avenir.

    Alors la question « Qui suis-je ? » peut se teinter d’espérance et devenir : « Qui serai-je ? ». C’est une question plus ouverte, qui dit que notre identité n’est pas simplement à construire, mais aussi plus fondamentalement à recevoir. Il y a de l’espace pour grandir, avec les autres et pour les autres, avec un Dieu et pour un Dieu. Et c’est en ce Dieu-là que nous croyons : celui qui nous aime parce qu’il croit en notre avenir. Celui qui ne nous demande pas d’être performant, mais de nous laisser aimer et accueillir pour être à notre tour aimants et accueillants.

     

    2. « Chrétien » : l’expérience d’un salut et d’un appel, souvent incompris par les copains.

    a. Une identité révélée, qui nous renvoie à la personne du Christ.

    Dans l’Evangile, c’est l’appel du Seigneur qui donne au disciple sa véritable identité. A tel point que parfois, Jésus donne un nom nouveau : « André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : “Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha” (ce qui veut dire : pierre). »[8]

     b. Une qualité reçue, vérifiée dans une façon de vivre : pertinence de la Lettre à Diognète.

    Etre chrétien, dès lors, c’est une qualité reçue. On reste dans le monde, sans être du monde.  Etre chrétien, c’est un petit quelque chose qui change tout et qui fait que ma vie sonne différemment… Un petit quelque chose et qui emporte l’adhésion, humblement mais sûrement… Un petit quelque chose qui, à défaut de pouvoir transmettre intacte une culture ou de changer la culture actuelle, la récrée patiemment par un comportement et des attitudes en accord avec l’Evangile.

    Vous avez peut-être entendu parler de la Lettre à Diognète. C’est un écrit du IIème siècle dans lequel les chrétiens cherchent à comprendre leur place et leur identité dans le monde. Je lis : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. […] Ils se répartissent dans les cités grecques et païennes suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme les étrangers. […] Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. […] Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. […] On les insulte et ils bénissent. […] Châtiés, ils sont dans la joie comme s’ils naissaient à la vie. […] En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le Monde. »[9]

    En lisant ce texte, je ne peux pas ne pas penser à ce que vivent des jeunes aujourd’hui… C’est difficile de dire qu’on fait sa confirmation. Alors du côté des animateurs, je crois qu’il ne faut pas hypertrophier la dimension de témoignage. Si déjà on ne triche pas à l’école, si on ne vole pas, si on ne se drogue pas et qu’on essaie de pratiquer la charité, c’est déjà un témoignage. Il s’agit d’être, de se construire et de se comporter comme homme et comme chrétien. Et, dans cette démarche, les jeunes rencontrent parfois l’incompréhension voire l’agressivité des copains.

    c. Un être nouveau assumé personnellement et communautairement.

    Pour Saint Augustin, le chrétien reçoit un être nouveau à la fois personnellement et communautairement : « Le pain en effet est-il formé d’un grain unique ? N’est-il pas plutôt composé d’une multitude de grains de froment ? Mais avant de devenir du pain, ils étaient séparés. L’eau les a mêlés; ils avaient d’abord été broyés. Car si le froment n’est [pas] moulu, si l’eau ne l’arrose [pas], jamais il ne prend cette forme qui est celle du pain. C’est ainsi que vous-mêmes étiez, hier, comme broyés dans l’humiliation du jeûne et les mystères de l’exorcisme. Le baptême est venu : l’eau vous a arrosés, afin de vous donner la forme du pain. Mais il n’[y a] pas de pain sans feu. [Et] que marque ici le feu ? [C’est] l’onction. L’huile qui nourrit notre feu est le symbole de l’Esprit-Saint. »[10]

    La vie chrétienne  est donc à la fois un style du vie, une qualité de vie, et en même tempe un être nouveau reçu et vécu en communauté. Le Cardinal BILLE disait : « Un chrétien isolé est un chrétien en danger. » Et c’est vrai !… Il s’agit de recevoir, d’aimer et d’accueillir sa propre vie, dans un bain ecclésial.

     

     3. Devenir chrétien, être chrétien et vivre en chrétien : une initiation qui laisse le Christ christianiser toutes les dimensions de notre vie.

    a. La vie chrétienne, c’est un art de vivre…

    Sur ce point, on peut se mettre à l’écoute Joseph RATZINGER : « La vie humaine ne se réalise pas d’elle-même. Notre vie est une question ouverte, un projet incomplet qu’il nous reste à achever et à réaliser. La question fondamentale de tout homme est : comment cela se réalise-t-il — devenir un homme? Comment apprend-on l’art de vivre? Quel est le chemin du bonheur?

    Evangéliser signifie : montrer ce chemin — apprendre l’art de vivre. Jésus a dit au début de sa vie publique : Je suis venu pour évangéliser les pauvres (Lc 4, 18) ; ce qui signifie : j’ai la réponse à votre question fondamentale ; je vous montre le chemin de la vie, le chemin du bonheur – mieux : je suis ce chemin. »[11]

    b. L’« Initiation », c’est un chemin à emprunter…

    Avec ce chemin décrit par le Saint Père, nous arrivons très naturellement à l’Evangile selon saint Jean : pour Thomas, notre frère jumeau, l’« initiation », ce sera un chemin à emprunter, et ce chemin, c’est Jésus lui-même… « Pour aller où je m’en vais, dit Jésus, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,4-6)

    Au lieu d’être des notions à acquérir, l’initiation est un chemin à emprunter. Et cela nous appelle à la confiance et à la patience. Car le chemin de l’initiation, c’est Jésus lui-même et le principe même d’un tel chemin, c’est qu’on n’est jamais parvenu au but…

    Et le Saint Père poursuit : « la pauvreté la plus profonde est l’incapacité d’éprouver la joie, le dégoût de la vie, considérée comme absurde et contradictoire. [… L’incapacité à la joie suppose et produit l’incapacité d’aimer, elle produit l’envie, l’avarice - tous les vices qui dévastent la vie des individus et du monde. […] Si l’art de vivre demeure inconnu, tout le reste ne fonctionne plus. Mais cet art n’est pas un objet de la science — cet art ne peut être communiqué que par Celui qui a la vie — Celui qui est l’Evangile en personne. »[12]

    c. Le grand initiateur, c’est le Christ lui-même, vrai Dieu et vrai homme.

    La Lettre aux Hébreux va dans ce sens et nous dit que « nous courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus. » (He 12,1-2).

    Et dans l’Evangile selon saint Matthieu, Jésus lui-même nous dit : « Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »  (Mt 11,27)

    Alors, s’il y a bien initiation, ce n’est pas l’animateur qui initie : le grand initiateur, c’est Jésus lui-même. Et là, il y a un acte de foi difficile pour nous à poser. Car on sent bien qu’il faut que nous soyons plus transparents à la présence de Jésus.

    La qualité de notre vie, de notre prière, de notre pratique personnelle des sacrements : tout cela compte autant que le parcours pédagogique que nous utilisons. le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France, dit très bien les choses : « une pédagogie qui relève de l’initiation est une démarche qui cherche à réunir les conditions favorables pour aider les personnes à se laisser initier par Dieu qui se communique à eux. Il s’agit de «faciliter la croissance d’une expérience de foi dont [le catéchiste) n’est pas le dépositaire. C’est Dieu qui l’a déposée au cœur de l ‘homme et de la femme. La tâche du catéchiste se borne à cultiver ce don, à l’offrir, à l’alimenter et à l’aider à croître »[13]. Une «pédagogie d’initiation» regarde donc toujours la personne avec le souhait actif de rendre possible chez elle une ouverture spirituelle. Son fruit est la réalisation en chaque personne de l’acte même de Dieu qui attire à lui. »[14]

    Saint Augustin dit : « Lorsque Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise; lorsque Paul baptise, c’est le Christ qui baptise », [et même] « lorsque Judas baptise, c’est le Christ qui baptise. »[15]

     

    B. La place des sacrements dans cette initiation.

    Baptême, Confirmation et Eucharistie :

    les sacrements de l’initiation chrétienne prennent soin de notre humanité.

     

    1. Au sens strict, on est initié par les sacrements.

    a. C’est dans son unité de geste et de parole que le sacrement est objet de la foi.

    Le sacrement est plus qu’un signe, plus qu’un rite. La théologie thomiste nous dit que c’est un signe « efficace », un geste qui réalise ce qu’il signifie. Au geste de l’homme correspond un geste de Dieu. Saint Thomas d’AQUIN nous rappelle que dans un sacrement, ce qui est objet de foi, ce n’est pas simplement le geste symbolique qui est posé, mais aussi la parole qui accompagne le geste. Ce sont les deux ensemble.[16]

    Pour la confirmation : le geste, c’est la chrismation

    et la parole, c’est : « N,... sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu ».

    C’est le cœur du sacrement. Nous croyons que le baptisé qui reçoit la confirmation est, ce jour-là, marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu.

    b. L’initiation chrétienne, qui fait de nous des fidèles du Christ, se fait par les sacrements.

    Dans la nuit de Pâques, chez les Pères de l’Eglise, c’est la réception des sacrements, comme telle, qui constitue l’initiation. En même temps, la tradition de l’Eglise appelle « Chrétiens » (Christiani) ceux qui n’ont pas encore reçu le baptême, mais qui ont été marqués de la croix du Christ sur le front.[17] On le fait d’ailleurs aujourd’hui à l’une des étapes de baptême pour les enfants en âge de scolarité ou pour les adultes. Et dès lors, ils sont chrétiens et s’ils venaient à mourir avant d’avoir reçu le baptême, ils auraient des funérailles chrétiennes, avec le signe de l’eau et de la lumière. L’Eglise reconnaît donc la route sur laquelle ils se sont engagés. Et cette route dont ils font déjà un peu l’expérience en s’engageant chrétiennement dans la vie, c’est Jésus lui-même, qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie. » (Jn 14,6)

    c. L’enjeu des sacrements, qui passent tous par le sensible, c’est de retrouver le cœur par le chemin du corps…

        Ils sont là pour nous faire faire un passage avec le Christ.

    En ce sens, c’est bien d’aider les jeunes à réfléchir sur l’eau, l’huile, le pain, le vin… Car ce n’est pas facile de prier avec son corps, surtout quand on est adolescent. On a parfois idée que la vie spirituelle doit ignorer la matière, oublier le corps. Mais ce n’est pas vrai.

    La timidité des adolescents reste bien souvent présente chez les adultes, qui conservent quelque « respect humain » comme on dit !… On hésite à faire le geste de paix à la messe ; on chante à filet de voix imperceptible ; on a du mal à faire une belle inclination ou une belle génuflexion « habitées ». Ce qui intimide, ce n’est pas simplement le regard des autres, mais aussi le rapport à soi-même. On a peur de se retrouver soi-même « autrement », en train non seulement de penser mais de vivre quelque chose qui jusque dans notre corps a une signification spirituelle.

    Dans un monde où le corps est tout à la fois idolâtré et méprisé, exhibé et dépersonnalisé, il faut reconnaître qu’il n’est pas facile pour des adolescents de trouver un rapport sain et simple au corps.

    Il ne faut pas paniquer quand dans un temps de prière les adolescents se sentent un peu gênés et ricanent … Il faut s’efforcer patiemment de les conduire à une expérience d’unité retrouvée. C’est la musique, le silence, la beauté, une bonne fatigue après un temps de marche : autant de choses qui peuvent être propices à l’intériorité. Et c’est beau, quand dans un temps fort, on sent qu’on a touché quelque chose dans le cœur des ados.

    Avec les sacrements, il ne s’agira donc pas simplement d’eau, d’huile, de pain ou de vin… Il s’agira d’être plongé et lavé dans la mort et la résurrection du Christ, dont il faut parler ; il s’agira d’être imprégné de sa force et de sa bonne odeur ; il s’agira de donner et d’accueillir une Nourriture, qui exprime aussi la dimension cosmique et sociale de notre foi.

    Dans les week-ends et les camps avec les jeunes, j’ai toujours remarqué que, plus on faisait attention à bien vivre le temps du repas (la préparation, le Benedicite, le respect de la nourriture, la vaisselle)… mieux on vivait la Réconciliation et l’Eucharistie…

     

    2. Mais l’on est aussi « préparé à » ou « accompagné dans » la vie chrétienne.

    a. Catéchèses prébaptismales et catéchèses mystagogiques chez les Pères de l’Eglise.

    Avec Jean Chrysostome, Cyrille de Jérusalem († en 387) est l’auteur le plus représentatif de ce type de catéchèses. Quand on parle du baptême dans l’Antiquité, on nomme tout à la fois le baptême, la confirmation et l’Eucharistie, reçus tous les trois dans la nuit de Pâques.

    La Procatéchèse de Cyrille était une introduction générale, destinée à montrer aux candidats la grandeur du sacrement auquel ils vont se préparer.

    Les Catéchèses Prébaptismales étaient au nombre de 18.  Les 5 premières ont un caractère assez général, tout en étant déjà orientées vers le baptême. Mais dans les 13 suivantes, Cyrille explique les divers articles du Symbole de l’Eglise de Jérusalem.

    Les Catéchèses mystagogiques[18] sont adressées à ceux qui ont reçu le baptême dans la nuit pascale. Ils revenaient la semaine suivante, habillés de vêtements blancs, pour écouter un enseignement sur la portée, la richesse du mystère accompli en eux, et sur l’Eucharistie.

    b. Catéchèse avant la confirmation aujourd’hui : accompagner la vie chrétienne en se préparant à vivre un sacrement.

    La préparation à la confirmation peut s’inspirer jusqu’à un certain point du type de catéchèse que l’on faisait au temps de Cyrille de Jérusalem. En même temps, la situation est bien différente puisqu’on ne reçoit plus dans la nuit de Pâques le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. Dans la situation actuelle, sur laquelle je reviendrai tout à l’heure, ces trois sacrements sont souvent dissociés. Mais il n’en demeure pas moins vrai que c’est bien la vie chrétienne dans son ensemble qui doit être prise en charge par la préparation au sacrement.

    On peut donc bien sûr expliquer ce qui va se vivre pendant la célébration de la confirmation, mais le geste catéchétique à faire est bien plus large : il s’agit de rejoindre la vie concrète des jeunes pour les aider à creuser, à découvrir ou à approfondir la place de Dieu et de son passage…

    Parfois, quand on leur pose des questions, ils ne répondent pas… ou par monosyllabes… Ce n’est pas forcément du désintérêt. Peut-être qu’ils s’imaginent qu’être chrétien, c’est avoir et donner la bonne réponse. Et ils n’arrivent pas à faire lien entre les mots de la foi et leur propre vie.

    Parfois aussi, on a su trouver la note juste… et ils se mettent à débattre entre eux, sérieusement sur un passage de l’Ecriture qu’ils ont entendu ou sur un événement du collège et du lycée… Et là, on sent que leur vie se tricote avec la Parole de Dieu. Et c’est bon. Ça les prépare, ça les dispose à bien recevoir le sacrement de la confirmation.

    c. Catéchèse après la confirmation aujourd’hui : accompagner la vie chrétienne en apprenant à vivre des sacrements déjà reçus.

    Sans aucun doute aujourd’hui, il nous faut renouer aussi avec l’esprit des Pères de l’Eglise et ne pas tout miser sur la catéchèse que l’on fait avant les sacrements mais aussi penser à ce qui se vit après. Il faut se préparer sérieusement, mais si on attend d’être parfait pour vivre un sacrement, on peut attendre longtemps. Donc c’est bien que le jeune sache qu’il peut encore grandir dans la vie chrétienne après la confirmation.

    L’esprit de la catéchèse mystagogique, c’est de revenir sur ce que Dieu a fait en nous, d’apprendre à la reconnaître, à le contempler, sans trop charger la barque non plus. « Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. » (Col 3, 21) Je crois qu’en aumônerie, dans le scoutisme, dans les engagements de solidarité, on a bien des occasions de grandir dans la vie chrétienne en nous rappelant le sens du baptême et de la confirmation.

    Que ce soit avant ou après la confirmation, c’est bien la vie chrétienne dans son ensemble qu’il s’agit de viser et d’accompagner. Mais pour aller plus loin et comprendre l’unité du baptême et de la confirmation, il est bon de revenir à la notion d’initiation.

    3. Baptême, Confirmation et Eucharistie : sacrements de l’initiation chrétienne.

    a. La notion d’initiation : oubliée au Moyen-Age, redécouverte aux temps modernes.

    Cette notion n’est pas biblique. Elle apparaît dans la IIème moitié du IVème siècle. Elle vient des religions à mystères avec leurs rites païens, où l’on fait passer quelqu’un à travers certaines « épreuves » pour qu’il fasse partie du groupe. A peu de choses près, le Moyen Age a ignoré la notion d’initiation. Elle est aussi absente de la théologie sacramentaire de S.Thomas d’AQUIN. En 1520, Luther emploie initier à propos du baptême des petits enfants. Le Dictionnaire de l’Académie française (1684) n’a pas encore le mot initiation mais il apparaît dans l’édition de 1762.

    b. La notion de sacrements de l’initiation chrétienne naît à la fin du XIXème siècle.

    Elle apparaît dans un cours donné par le Père Louis DUCHESNE sur l’histoire de l’Eglise et l’histoire de la liturgie à l’Institut Catholique de Paris, de 1878 à 1883 : «l’initiation chrétienne, telle que nous la décrivent les documents depuis la fin du deuxième siècle, comprenait trois rites essentiels, le baptême, la confirmation et la première communion.»

    c. C’est une notion englobante qui permet de ne plus opposer baptême et confirmation ; elle articule incorporation à l’Eglise et célébration de l’Eucharistie.   

    Baptême et confirmation sont deux sacrements qu’on ne reçoit qu’une fois. Ils impriment en nous un caractère, une trace, un sceau chrétien. L’Eucharistie est un sacrement à vivre et à revivre toute sa vie. Baptême et Confirmation sont compris comme deux moments d’une même et unique initiation. Qu’ils soient donnés dans la même célébration, comme c’est normalement le cas pour les adultes ou qu’ils soient séparés d’une quinzaine d’années pour l’achèvement de l’initiation chrétienne des adolescents dans nombre de pays, ils font partie du même geste qui invite à ne pas opposer « être chrétien » et « devenir chrétien ».

     

     C. La confirmation des jeunes aujourd’hui.

    Histoire, relecture et conséquences pratiques de sa séparation d’avec le baptême…

     1. Histoire de la séparation entre « baptême » et « confirmation ».

    a. On peut distinguer trois étapes :

    1.En Orient comme en Occident, au début du 3ème siècle apparaissent des rites postbaptismaux entre l’ablution baptismale et la première admission au repas eucharistique.

    Après le baptême proprement dit, on introduit une onction d’huile et une imposition des mains.[19] Sauf exception d’urgence, l’unité originelle de l’initiation chrétienne est maintenue.

    2. En Occident, entre la fin du 4ème et le 8ème siècles : les rites postbaptismaux se séparent progressivement du baptême et deviennent notre « confirmation ». Cette séparation est due à l’absence de l’évêque.

    3.En Occident, la séparation est définitivement accomplie entre le 9ème et 13ème siècles. C’est une séparation de fait, même si le baptême est donné par l’évêque ou en sa présence.

     b. Il y a trois causes principales à cette séparation :

    1. Les rites postbaptismaux sont réservés à l’évêque.

    2. L’évangélisation des campagnes rend difficile la présence de l’évêque pour accomplir ces rites.

    3. Le baptême des enfants et des petits enfants dès la naissance se généralise et l’évêque ne peut donc pas être partout.

       * En Orient, les choses sont différentes : le prêtre accomplit les rites traditionnellement réservés à l’évêque en Occident.

     c. Il y a aussi trois conséquences à cette séparation :

    1. L’autonomisation de la confirmation a invité à lui trouver une signification théologique propre.

    2. Cette autonomisation a pu poser par contrecoup la question du sens du baptême.

    3. Le maintien de la tradition de la première participation du nouveau baptisé à l’Eucharistie a entraîné de fait l’inversion de l’ordre des rites sacramentaux.

       * En Orient, l’ordre des sacrements a été maintenu, ainsi que la façon de les donner dans une seule célébration, que ce soit pour les adultes, les enfants ou les petits enfants.

    d. Dans les siècles suivants, la prise en compte de l’âge pour une réception « consciente » de la confirmation et de l’Eucharistie entraînera de multiples cas de figure.

    1. L’Eucharistie est reçue à partir de l’âge de discrétion (7 ans), précédée de la confirmation lors du passage de l’évêque.[20]

    2. L’Eucharistie est reçue dès l’âge de discrétion (7 ans), suivie de la confirmation lors du passage de l’évêque. (St Pie X, 1910)

    => Une communion, encore dite « solennelle » (12 ans), est maintenue mais ce n’est plus la première communion.

    3. La confirmation, qui précédait encore cette communion « solennelle », est de plus en plus retardée…

     

    2. Relecture de cette histoire : leçons pour aujourd’hui.

    a. Les rites postbaptismaux sont réservés à l’évêque :

    Cette réserve épiscopale est au service de l’unité de l’Eglise…

    Elle dit le lien qui existe entre recevoir une fois encore l’Esprit Saint et vivre en Eglise.

    La réserve épiscopale « oblige » à référer explicitement la vie chrétienne à la vie en Eglise diocésaine. Concrètement, cela permet aussi parfois de « rassembler » des jeunes de tous horizons, de toutes sensibilités et de communautés diverses. Et sans aucun doute, cela permet aussi progressivement de relire et d’unifier des pratiques pour que ce soit le même Esprit qui anime toute l’Eglise. La rencontre personnelle avec la personne du Saint-Esprit se vit dès lors en faisant consciemment une expérience de la vie en Eglise.

    A l’occasion de la célébration, l’Evêque « confirme » aussi à chacun des jeunes qu’il fait bien partie de cette Eglise. Il « confirme » les jeunes dans un désir parfois encore bien flou de faire confiance au Christ et de le suivre. C’est à l’animateur de savoir être signe de cette confiance qui voit au-delà des apparences.

    La préparation et la célébration de la confirmation vont susciter pour certains une première expérience de « conscience ecclésiale ». Le confirmand fait l’expérience qu’il n’y a pas d’Eglise sans le ministère d’un successeur des Apôtres. Et ce n’est pas rien : l’Eglise n’est pas le club des amis de Jésus, mais le corps du Christ, avec, à sa tête, quelqu’un qui vit aussi d’un sacrement, le sacrement de l’ordre. Et ce sacrement de l’ordre nous rappelle que l’Eglise, c’est l’œuvre du Christ lui-même.

    La préparation et la célébration de la confirmation sont l’occasion enfin d’une expérience concrète de l’Eglise. Une expérience qui fait le lien entre un chemin « intérieur » (c’est l’aspect personnel du mystère de la foi) et la rencontre de frères « chrétiens » (c’est l’aspect social, tout aussi important, du mystère de la foi.) Il appartient à la vie chrétienne de reconnaître les charismes des autres membres du corps de l’Eglise. et de s’édifier les uns les autres dans la recherche humble et tâtonnante de la sainteté… Et le reconnaître, c’est aussi accueillir un don de l’Esprit Saint, le don de science, le don de discernement.

    Et là, il y a des choses à creuser, en termes de partage, d’écoute, de service des pauvres et d’engagement chrétien dans la société ou dans la paroisse. Si cela s’articule bien avec des temps de prière et un temps de retraite, je crois que le visage de l’autre qui n’est pas comme moi, peut être un chemin de rencontre personnelle avec le Christ.

    On le voit en tout cas, le sens de la confirmation ne peut pas être isolé de la vie du fidèle chrétien dans son ensemble. Il en va de même pour le sacrement de la réconciliation, qui est simultanément réconciliation avec Dieu, réconciliation avec l’Eglise et réconciliation avec soi-même.

    b. Un héritage à assumer, selon un bon principe ignacien….

    Que faire aujourd’hui quand la confirmation est à ce point dissociée temporellement du baptême ? Les évêques eux-mêmes ont hésité… 

    En 1951, dans le Directoire de la Pastorale des Sacrements à l’usage du clergé, les évêques de France affirment ceci : « Historiquement, la confirmation est la deuxième étape de l’initiation chrétienne […] La confirmation devrait donc être reçue avant l’Eucharistie ; surtout à notre époque où les enfants eux-mêmes sont appelés à rendre leur témoignage devant un monde déchristianisé »[21]

    Mais après des années où la confirmation a beaucoup souffert, au début des années 80, nos évêques ont décidé de relancer la pastorale de ce sacrement. Ils ont lu le Code de Droit Canonique de 1983, qui dit ceci, au canon 891 : « Le sacrement de confirmation sera conféré aux fidèles aux alentours de l’âge de raison, à moins que la Conférence des évêques n’ait fixé un autre âge ou qu’il n’y ait danger de mort, ou bien que, au jugement du ministre, une cause grave ne conseille autre chose. »

    Un texte a été voté en 1985 par les évêques de France et soumis à la reconnaissance de Rome : « A la décision de chaque évêque pour son diocèse, l’âge de la confirmation pourra se situer dans la période de l’adolescence, c’est-à-dire de 12 à 18 ans. » Ce texte a été confirmé en 1989[22]

    Est-ce grave ? Je ne pense pas ! La pastorale sacramentelle épouse aujourd’hui une évolution de la société et assume une histoire.

    c. Dans cette situation pastorale et théologique de la confirmation pour les 12-18 ans, une typologie de Michèle CLAVIER peut nous aider à comprendre ce qui nous arrive.  

    Selon elle, pour les adolescents, le sacrement de la confirmation peut être compris de deux façons[23] :

    Tout d’abord comme un sacrement d’initiation

    « L’enseignement de l’Eglise fait du sacrement de confirmation, depuis ses origines, l’un des trois sacrements d’initiation. La confirmation, en effet, est nécessaire au devenir chrétien. L’Esprit fait du baptisé un "nouveau-né" (Jn 3, 5) et l’agrège au Corps ecclésial du Ressuscité.

    Cette définition de la confirmation comme sacrement d’initiation n’a plus besoin de justificatif. C’est bien celle mise en œuvre dans l’initiation chrétienne des adultes, dans ce que nous avons appelé le "modèle de référence" (B – C – E). En effet, elle y vient à sa place : à la suite du baptême et avant l’Eucharistie à laquelle elle est organiquement ordonnée. »

    Mais aussi comme un sacrement de ratification, de décision, d’engagement

    « L’insistance sur la profession de foi personnelle à laquelle [les confirmands] sont invités conduit à faire de la confirmation une sorte de sacrement de ratification. Toutefois, ici encore, l’Eglise met en garde et rappelle que "la grâce baptismale est une grâce d’élection gratuite et imméritée qui n’a pas besoin d’une "ratification" pour devenir effective" (Catéchisme de l’Eglise catholique n° 1308). »

    […] La confirmation est souvent présentée ou vécue par les jeunes comme sacrement d’engagement effectif dans la communauté ecclésiale. Ici encore on est tenté de rappeler que le baptême lui-même engage le chrétien comme membre actif de la mission de l’Eglise. »

    Selon les lieux et les situations, selon l’âge des confirmands, leur héritage familial et social, leur engagement plus ou moins grand dans l’Eglise, on insistera davantage sur tel ou tel point. Un garçon qui est scout depuis 10 ans, et qui va à la messe tous les dimanches, vivra la confirmation plutôt comme une ratification ou un engagement, au moins dans sa préparation…Mais le jour de la confirmation, il sera marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. C’est notre foi.

    Je crois que saint Thomas d’AQUIN peut à la fois nous rassurer sur l’âge tardif de la confirmation en France et en même temps nous inviter à proposer ce sacrement. Voici ce qu’il dit : « La puissance divine n’est pas liée aux sacrements (virtus divina non alligatur sacramentis). Un homme peut donc, sans le sacrement de confirmation, recevoir la force spirituelle pour confesser publiquement la foi du Christ, comme on peut recevoir la rémission des péchés sans le baptême. Cependant, comme personne ne reçoit l’effet du baptême sans le désir du baptême, personne non plus ne reçoit l’effet de la confirmation sans le désir de celle-ci ; et cela, on peut l’avoir avant d’être baptisé. »[24]

     

    3. Confirmer, affirmer, c’est rendre ferme mais de quelle « fermeté »  parle-t-on ?

    Le CEC (§1285) précise que "par le sacrement de Confirmation, le lien des baptisés avec l’Église est rendu plus parfait, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et obligés ainsi plus strictement à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ" (LG 11)

    Trois convictions :

    a. L’infirmité de la vie chrétienne n’est pas infirmation de l’engagement chrétien.

    La vie chrétienne des jeunes qui demandent la confirmation est peut-être encore bien chancelante, presque infirme pour certains, mais l’infirmité de la vie chrétienne n’est pas infirmation de l’engagement chrétien. Nous sommes là pour les accueillir et les encourager. Personne ne sait ce qu’une parole entendue à 14 ou 15 ans peut produire quelques années plus tard. La fermeté de la confirmation, c’est la force d’une Parole qui retentit un jour dans le cœur de quelqu’un. Une Parole qui s’est faite chair et qui a donné sa vie pour nous.

    b. La confirmation n’est pas d’abord affirmation de la foi.

    La confirmation ne consiste pas d’abord à « confirmer » son baptême, même si le sacrement de la confirmation comporte une profession de foi. On reçoit la confirmation, on est confirmé et ce qui est premier, c’est l’amour de Dieu qui vient jusqu’à nous, qui espère en nous et nous donne la force. C’est ce que dit Saint Paul aux Ephésiens : « Je tombe à genoux devant le Père, qui est la source de toute paternité au ciel et sur la terre. Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance par son Esprit, pour rendre fort l’homme intérieur. Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. » (Ep 3, 14-17)

    c. La confirmation est un acte de conformation au Christ, dans la force de son Esprit.

    Et je voudrais simplement m’arrêter sur trois éléments de la célébration :

    Tout d’abord, l’imposition des mains et les dons de l’Esprit Saint. « Le Don qui contient tous les dons », c’est l’Esprit Saint lui-même[25] et le baptême nous a déjà donné « de pouvoir vivre et agir sous la motion de l’Esprit Saint par les dons du Saint-Esprit. »[26] On peut faire une catéchèse sur chacun des sept dons, mais le plus important, c’est de vivre ce qui nous est donné à la confirmation : la vie dans l’Esprit Saint, qui nous fait ressembler davantage à Jésus. « Donne-leur en plénitude l’Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus. » dit la prière liturgique.[27] On ne peut donc pas dissocier les dons de la connaissance de la vie de Jésus : ce qu’il a fait, ce qu’il a dit, ce qu’il est pour nous aujourd’hui. Et là, il y a une belle place pour les témoignages.

    Ensuite, pour la célébration du sacrement comme telle, il y a :

      un geste : la chrismation

    et une parole : « N,... soit marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. »

    C’est le cœur du sacrement. La question n’est pas de savoir quel pourcentage d’Esprit Saint on a reçu au baptême puis à la confirmation. C’est bien du même Esprit Saint qu’il s’agit. Mais l’initiation n’est vraiment achevée que lorsqu’on a reçu les trois sacrements de l’initiation.

    Le Catéchisme de l’Eglise Catholique[28] dit que

    « la Confirmation apporte croissance et approfondissement de la grâce baptismale :

    – elle nous enracine plus profondément dans la filiation divine qui nous fait dire « Abba, Père »[29] ;

    – elle nous unit plus fermement au Christ ;

    – elle augmente en nous les dons de l’Esprit Saint ;

    – elle rend notre lien avec l’Église plus parfait ;

    – elle nous accorde une force spéciale de l’Esprit Saint pour répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ, pour confesser vaillamment le nom du Christ et pour ne jamais éprouver de la honte à l’égard de la croix.

    Enfin, juste après le sacrement, l’évêque ou son délégué fait un geste de la main ; c’est un signe de paix et non un soufflet… D’où vient donc cette tradition de la claque, qui a la vie dure ? Eh bien ! Elle nous vient de la fin du 13ème siècle !… C’est une idée de Guillaume Durand, évêque de Mende[30]. « Il donne quatre raisons : graver dans la mémoire le souvenir du sacrement, fortifier la foi, représenter l’imposition des mains, faire peur au démon. »[31]

     


    [1] Tertullien, Apologeticum, XVIII, 4.

    [2] Tertullien, Apologeticum, XVIII, 4.

    [3] 17, rue Alphonse Karr 06 000 NICE (http://www.identityhairdesign.fr/site.html)

    [4] cf. Timothy RADCLIFFE, Pourquoi donc être chrétien ?, Paris, Cerf, 2005, p.90-92. On peut se référer au De habitu virginum ou Testimonia adversus Judaeos). Saint Paul n’avait pas attendu saint Cyprien :  1 Tm 2,9 : « Que leur beauté vienne de leur tenue convenable portée avec pudeur et simplicité, plutôt que de tresses, d’or, de perles ou de vêtements coûteux » ;  1 P 3,3-4 : « Femmes, ce qu’il vous faut, ce n’est pas la beauté extérieure — raffinements de coiffure, bijoux d’or, belles toilettes — mais, au fond de vous-mêmes, une âme qui ne perd jamais sa douceur et son calme : voilà ce qui est précieux aux regards de Dieu. »

    [5] cf. Alain EHRENBERG, Le Culte de la performance, Paris, Calmann-Lévy, 1991, Hachette, Pluriel, 2009.

    [6] http://www.thelem-assurances.fr/

    [7] CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et principes d’organisation, Paris, Bayard/Cerf/Fleurus/Mame, Documents d’Eglise, 2006, 116 pages, 3.1, p.48.

    [8] Jn 1,42.

    [9] À Diognète, Introduction, édition critique, traduction et commentaire par Henri Irénée-Marrou, Paris, Cerf, Collection « Sources chrétiennes » n°33, 1951, 288 pages, p.63-65.

    [10] Saint Augustin, Sermon 227 : Aux Néophytes, sur les saints mystères, in L’Eucharistie dans l’Antiquité chrétienne, textes recueillis et présentés par A.HAMMAN, traduction de H.DELANNE, France QUERE-JAULMES et A.HAMMAN, Nouvelle édition, Ichtus / Les Pères dans la foi, Desclée de Brouwer, Paris, 1980, 297 pages, p.235-238.

    [11] « La Nouvelle évangélisation », Conférence du Cardinal Joseph RATZINGER lors du Jubilé des Catéchistes Dimanche 10 décembre 2000, in La Documentation Catholique, 21 janvier 2001 n°2240, p.91-95.

    [12] Iibidem.

    [13] Directoire général pour la catéchèse, n° 224.

    [14] Paris, Bayard/Cerf/Fleurus/Mame, Documents d’Eglise, 2006, 116 pages, 3.1, p. 64-65.

    [15] Augustin d’Hippone Homélies l’Evangile de Jean, homélie VI, §7, DDB, coll. « Bibliothèque Augustinienne » n°71, p.357. (cf. Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie, qui cite ce texte)

    [16] cf. Somme Théologique (Summa theologiæ) [1267-1273], 4 tomes, Cerf, Paris. Texte français seul, tome 4 : S.T. IIIa, troisième partie, 765 pages, 1986 : De Sacramentis Q.59-65.

    [17] cf. Louis-Marie CHAUVET, "Etapes vers le baptême ou étapes du baptême[17]?", La Maison-Dieu n°185, 1991, p.35-46. « En reprenant les termes de Saint Augustin, on peut donc dire d’eux que s’ils ne sont pas encore fideles, puisqu’ils n’ont pas reçu le «sacrement de la foi» qu’est le baptême, ils n’en sont pas moins déjà christiani, puisque marqués du signe de la croix, c’est-à-dire membres de l’Église : iam de domo sunt Christi  (OICA, 18). » (p.39)

    [18] CYRILLE DE JERUSALEM, Catéchèses mystagogiques, introduction, texte critique et notes d'Auguste PIEDAGNEL, traduction de Pierre PARIS, Sources Chrétiennes n°126bis, Cerf, Paris, 1988, 224 pages. (première édition : 1965)

    [19] Cf. Catéchisme de l’Eglie Catholique, §1291, qui donne un bon résumé.

    [20] Code de Droit canonique de 1917, §788 : « Quoique l'administration du sacrement de confirmation soit différée avec convenance dans l'Eglise latine jusqu'à l'âge de sept ans environ, néanmoins elle peut avoir lieu auparavant, si l'enfant se trouve en péril de mort ou si le ministre le juge expédient pour des raisons justes et graves. »

    [21] Directoire de la Pastorale des Sacrements à l’usage du clergé, adopté par l’assemblée plénière de l’épiscopat pour tous les diocèses de France, Bonne Presse, Bayard, Paris, 1951, 79 pages, n.33, p.52-53.

    [22] Cf. La Documentation Catholique, n°1976, 15 janvier 1989 et n°1907, 1° décembre 1985, p.1123.

    [23] Michèle CLAVIER, « Entre initiation et recommencements : la confirmation », in Mélanges de Science Religieuse, tome 60, n° 4, octobre-décembre 2003, pp. 59-72

    [24] Thomas d’AQUIN, Somme Théologique (Summa theologiæ) [1267-1273], 4 tomes, Cerf, Paris, tome 4 : S.T. IIIa, troisième partie, 765 pages, 1986, Q.72, a.6, sol.1, p.543.

    [25] Catéchisme de l’Eglise Catholique, §1082

    [26] Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 1266

    [27] « Dieu très bon, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur,  regarde ces baptisés sur qui nous imposons les mains :  par le Baptême, tu les as libérés du péché, tu les as fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Comme tu l’as promis, répands maintenant sur eux ton Esprit Saint ;  donne-leur en plénitude l’Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d’affection filiale ; remplis-les de l’esprit de la crainte de Dieu. Par le Christ, notre Seigneur. »

    [28] Catéchisme de l’Eglise Catholique, §1303.

    [29] Rm 8,15.

    [30] CABIE R., "L’initiation chrétienne", in MARTIMORT Aimé Georges, L’Eglise en prière. Introduction à la liturgie, vol.III. Les Sacrements., édition nouvelle, Desclée, Paris, 1984, 352 pages, chapitre I, p.86.

    [31] Jean-Philippe REVEL, Traité des Sacrements. II. La confirmation, plénitude du don baptismal de l’Esprit, Paris, Théologies, Cerf, 2006, p.55, n.3.

     

     

     

    Luc MEYER