• - Evangelii Gaudium

     

    Présentation de Evangelii Gaudium

    Le 21 septembre 2010, en la fête de saint Matthieu, apôtre et évangéliste, Benoît XVI a institué le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation.  Il l’a fait par une lettre apostolique en forme de motu proprio, intitulée Ubicumque et semper. Ce conseil a pour tâche d’animer l’annonce de l’Évangile, dans les pays sécularisés d’Europe. Il est présidé par Mgr Rino FISICHELLA.

    La création de ce conseil et des intuitions qu’il porte s’inscrit dans le mouvement qui va de l’exhortation apostolique de Paul VI Evangelii Nuntiandi, en 1975, jusqu’à l’Exhortation apostolique de Jean-Paul II Ecclesia in Europa, en 2003, en passant par l’exhortation apostolique Christifideles laici, en 1988.

    Le synode sur la Nouvelle Evangélisation, dont le thème était : « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. » s’est tenu à Rome du 7 au 28 octobre 2012. Ce Synode ouvrait l’année de la foi lancée par le Pape Benoît XVI, dans sa lettre apostolique Porta Fidei. Cette année de la foi a couru du 11 octobre, 50ème Anniversaire de l’ouverture du Concile et 20ème anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise Catholique, jusqu’au 24 novembre 2013, fête du Christ Roi.

    Et deux jours après la fin de cette année de la foi, le 26 novembre 2013, le Pape François a publié son Exhortation apostolique post-synodale « Evangelii gaudium ». Le titre en tout cas n’est pas trompeur : Evangelii gaudium : La joie de l’Evangile. Il s’agit aussi bien de la joie qui nous vient de l’Evangile que de la joie qu’il y a à répandre l’Evangile. 

    Mgr FISICHELLA nous dit : « L’Exhortation apostolique du Pape François est écrite à la lumière de la joie, pour redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain. »

    Avec ce texte, le Pape François veut « préciser les chemins que la pastorale doit emprunter dans un avenir immédiat. C’est une invitation à retrouver une vision prophétique et positive de la réalité, sans pour autant se cacher les difficultés.

    Le Pape François nous encourage et nous engage à regarder devant nous, au-delà de ce temps de crise, faisant une nouvelle fois de la croix et de la résurrection du Christ l’ “étendard de la victoire” ». Le Pape François se réfère bien sûr aux propositions du Synode, mais il imprime aussi sa marque et sa propre expérience pastorale.

    Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier de près les liens entre le document d’Aparecida, dont il fut le rédacteur en 2007 et cette exhortation qu’il écrit aujourd’hui comme Pape. Le document d’Aparecida, écrit par le Cardinal BERGOGLIO, au nom du Conseil épiscopal latino-américain[1], visait déjà à redonner un élan d’évangélisation à l’Amérique latine.

    Evangelii Gaudium nous invite à une nouvelle étape de l’évangélisation. Le texte nous stimule pour que nous avancions avec foi, avec conviction et avec enthousiasme.

    Le Pape François reprend l’enseignement de Evangelii nuntiandi de Paul VI et il place de nouveau au centre la personne de Jésus Christ. Car Jésus est le premier évangélisateur et il appelle chacun de nous à prendre part avec lui à l’œuvre du salut[2]. Le Pape nous rappelle que les évêques latino-américains ont affirmé que « nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive, à l’intérieur de nos églises ». Il est nécessaire de passer « d’une pastorale de simple conservation à une pastorale vraiment missionnaire ».[3]

    Avant de dégager des axes communs à toutes les Eglises, le Saint Père prend soin de rappeler qu’il « n’est pas opportun que le Pape remplace les Épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques        qui se présentent sur leurs territoires. En ce sens, dit-il, je sens la nécessité de progresser dans une “décentralisation” salutaire. »[4]

    Il dégage ensuite plusieurs points qu’il abordera en 5 chapitres :

    1. Le premier chapitre développe la façon dont l’Eglise est appelée à se réformer sur la voie de la mission. L’Eglise est appelée à « sortir » d'elle-même pour aller à la rencontre des autres.

    2. Le deuxième chapitre est consacré aux défis du monde contemporain et aux tentations qui amoindrissent la nouvelle évangélisation.

    3. Le troisième chapitre développe les modalités de l’annonce de l’Evangile. Le Pape rappelle que l'évangélisation est la mission de tout le peuple de Dieu, sans exclusive. L’évangélisation ne peut donc pas être réservée ou déléguée à un groupe particulier. Tous les baptisés sont directement concernés.

    4. Le quatrième chapitre est consacré à la dimension sociale de l'évangélisation. C'est un thème cher au Pape François

    5. Le cinquième et dernier chapitre parle de l'«esprit de la nouvelle évangélisation » (260). Le grand acteur, c’est l'Esprit Saint qui anime de façon toujours nouvelle l'élan missionnaire à partir de la vie de prière, où la contemplation tient la place centrale (264). La Vierge Marie est l’« étoile de la nouvelle évangélisation ».

    Ces cinq chapitres ne sont pas simplement juxtaposés. Il y a une progression et un lien profond. C’est l'expérience fondatrice et toujours nouvelle que l’amour miséricordieux de Dieu va à la rencontre de chacun pour manifester le cœur de la révélation : la vie de chacun trouve son sens dans la rencontre de Jésus-Christ et dans la joie de partager cette expérience d'amour avec les autres.[5]

    Nous pourrions maintenant analyser chaque chapitre, mais il est plus fécond de vous donner envie de lire cette exhortation !  En voici donc simplement quelques extraits, qui donnent une tonalité, des accents et aussi et surtout un souffle extraordinaire.

    Chapitre I :La transformation missionnaire de l’Église

    33. La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du “on a toujours fait ainsi”. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés.

    35. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exceptions ni exclusions, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.

    36. le Concile Vatican II a affirmé qu’ « il existe un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne ». Ceci vaut autant pour les dogmes de foi que pour l’ensemble des enseignements de l’Église, y compris l’enseignement moral. 

    38. dans l’annonce de l’Évangile, il est nécessaire de garder des proportions convenables. Ceci se reconnaît dans la fréquence avec laquelle sont mentionnés certains thèmes et dans les accents mis dans la prédication. Par exemple, si un curé durant une année liturgique parle dix fois sur la tempérance et seulement deux ou trois fois sur la charité ou sur la justice, il se produit une disproportion, par laquelle ces vertus, qui devraient être plus présentes dans la prédication et dans la catéchèse, sont précisément obscurcies. La même chose se passe quand on parle plus de la loi que de la grâce, plus de l’Église que de Jésus Christ, plus du Pape que de la Parole de Dieu. 

    40. Les diverses lignes de pensée philosophique, théologique et pastorale, si elles se laissent harmoniser par l’Esprit dans le respect et dans l’amour, peuvent faire croître l’Église, en ce qu’elles aident à mieux expliciter le très riche trésor de la Parole. À ceux qui rêvent une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite. Mais la réalité est que cette variété aide à manifester et à mieux développer les divers aspects de la richesse inépuisable de l’Évangile.[44]

    Chapitre 2 : Dans la crise de l’engagement communautaire 

    58. Le Pape aime tout le monde, riches et pauvres, mais il a le devoir, au nom du Christ, de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter et les promouvoir. Je vous exhorte à la solidarité désintéressée et à un retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain.

    78. on peut trouver chez beaucoup d’agents de l’évangélisation, bien qu’ils prient, une accentuation de l’individualisme, une crise d’identité et une baisse de ferveur. Ce sont trois maux qui se nourrissent l’un l’autre.

    80. Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire ! 

    81. Aujourd’hui, par exemple, il est devenu très difficile de trouver des catéchistes formés pour les paroisses et qui persévèrent dans leur tâche durant plusieurs années. Mais quelque chose de semblable arrive avec les prêtres, qui se préoccupent avec obsession de leur temps personnel.

    82. D’autres tombent dans l’acédie parce qu’ils ne savent pas attendre, ils veulent dominer le rythme de la vie. L’impatience d’aujourd’hui d’arriver à des résultats immédiats fait que les agents pastoraux n’acceptent pas facilement le sens de certaines contradictions, un échec apparent, une critique, une croix.

    83. ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation !

    88. de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. 

    92. Ne nous laissons pas voler la communauté !

    93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel.

    95. Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. 

    Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ. Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique.

    97. Ne nous laissons pas voler l’Évangile !

    100. cela me fait très mal de voir comment, dans certaines communautés chrétiennes, et même entre personnes consacrées, on donne de la place à diverses formes de haine, de division, de calomnie, de diffamation, de vengeance, de jalousie, de désir d’imposer ses propres idées à n’importe quel prix, jusqu’à des persécutions qui ressemblent à une implacable chasse aux sorcières. Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ?

    101. Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel !

    107. En de nombreux endroits les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée deviennent rares. Souvent, dans les communautés cela est dû à l’absence d’une ferveur apostolique contagieuse, et pour cette raison elles n’enthousiasment pas et ne suscitent pas d’attirance.

    109. Ne nous laissons pas voler la force missionnaire !

    Chapitre 3 : L’annonce de l’Évangile

    117. Ce n’est pas faire justice à la logique de l’incarnation que de penser à un christianisme monoculturel et monocorde. […] en évangélisant de nouvelles cultures ou des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il n’est pas indispensable d’imposer une forme culturelle particulière, aussi belle et antique qu’elle soit, avec la proposition de l’Évangile.

    129. Ce à quoi on doit tendre, en définitive, c’est que la prédication de l’Évangile, exprimée par des catégories propres à la culture où il est annoncé, provoque une nouvelle synthèse avec cette culture.

    135. L’homélie est la pierre de touche pour évaluer la proximité et la capacité de rencontre d’un pasteur avec son peuple. 

    167. Il faut avoir le courage de trouver les nouveaux signes, les nouveaux symboles, une nouvelle chair pour la transmission de la Parole, diverses formes de beauté qui se manifestent dans les milieux culturels variés, y compris ces modalités non conventionnelles de beauté, qui peuvent être peu significatives pour les évangélisateurs, mais qui sont devenues particulièrement attirantes pour les autres.

    169. L’Église devra initier ses membres – prêtres, personnes consacrées et laïcs – à cet “art de l’accompagnement”, pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne.

    Chapitre 4 : La dimension sociale de l’évangélisation 

    182. On ne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses « afin que nous en jouissions » (1 Tm 6, 17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversion chrétienne exige de reconsidérer « spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun ».

    190. il faut rappeler toujours que la planète appartient à toute l’humanité et est pour toute l’humanité, et que le seul fait d’être nés en un lieu avec moins de ressources ou moins de développement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignité. Il faut répéter que « les plus favorisés doivent renoncer à certains de leurs droits, pour mettre avec une plus grande libéralité leurs biens au service des autres ».

    198. Pour l’Église, l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. Dieu leur accorde « sa première miséricorde ».  [ …] je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner.

    201. Personne ne devrait dire qu’il se maintient loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d’attention à d’autres tâches. 

    213. Fréquemment, pour ridiculiser allègrement la défense que l’Église fait des enfants à naître, on fait en sorte de présenter sa position comme quelque chose d’idéologique, d’obscurantiste et de conservateur. Et pourtant cette défense de la vie à naître est intimement liée à la défense de tous les droits humains. Elle suppose la conviction qu’un être humain est toujours sacré et inviolable, dans n’importe quelle situation et en toute phase de son développement. Elle est une fin en soi, et jamais un moyen pour résoudre d’autres difficultés. Si cette conviction disparaît, il ne reste plus de fondements solides et permanents pour la défense des droits humains, qui seraient toujours sujets aux convenances contingentes des puissants du moment.

    Chapitre 5 : Évangélisateurs avec esprit

    264. La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle.

    287. Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité, d’enfouissement et même de la fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth, alors que Jésus grandissait.

    288. Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection.

    [1] après la 5ème Conférence générale

    [2] Cf. n°12

    [3] n°15 

    [4] n°16

    [5] cf. n°8