• Faire la crèche

     Temps et fêtes liturgiques 

    Faire la crèche et aller à la crèche

     

    Avent est mot latin magnifique — adventus —, qui veut dire l’arrivée, la  « venue » de quelqu’un…

    Et quand on aime quelqu’un, on parle facilement de sa venue au présent, alors qu’il n’est pas encore là… : « Tonton Antoine, il vient demain ! », comme si l’annonce de sa venue, la promesse de sa présence c’était déjà comme s’il était là… Eh bien, le temps de l’Avent, encore plus que pour Tonton Antoine, est le temps du désir…, désir de la présence d’un être cher dont la venue est annoncée et que nous attendons… Alors, si nous voulons bien vivre Noël, vivre bien Noël, nous savons que ces quatre semaines de préparation, qui s’appellent le temps de l’Avent, sont très importantes…

    En entrant dans le temps de l’Avent, souvent nous faisons la crèche, dans nos églises, dans nos familles, dans nos chapelles, que ce soit au séminaire ou au Carmel… Et je voudrais avec vous contempler ce geste de faire la crèche et d’aller à la crèche. Gestes tout simples… et nous savons que notre foi est d’autant plus forte et vive que, d’une certaine façon, elle est simple et lumineuse… Je crois que faire la crèche et aller à la crèche, c’est reconnaître deux choses :

    La première chose que nous reconnaissons quand nous faisons la crèche, c’est que nous sommes des enfants de la promesse et nous cheminons dans la foi. Quand je fais la crèche, je configure mon univers pour y marquer la place de Dieu : un Dieu qui n’est pas une idole, un Dieu que je ne peux pas me donner à moi-même… Mais avant même qu’il arrive, d’une certaine façon, la maison est déjà construite : et elle est le signe de sa présence attendue. Les personnages sont là en prière et déjà les mages sont en route… Le Seigneur s’annonce ; il vient !… Et nous, simplement, nous signifions sa place dans le monde et en nous, dans le signe pauvre et fort d’une mangeoire… vide.  « Dans le tréfonds de notre cœur, ta place reste marquée comme un grand vide, une blessure », dit une hymne de la Liturgie des Heures. « Veillez donc, dit Jésus, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra. » Et Saint Paul ajoute aujourd’hui : « Aucun don spirituel ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. »

    Car la deuxième chose  que nous reconnaissons quand nous allons à la crèche, c’est que la rencontre de Dieu n’est pas simplement au bout de nos efforts. L’enfant qui vient contempler la crèche — et nous sommes tous des enfants — fait une expérience fondatrice… « Il ne dépend pas de moi que le petit Jésus soit dans la crèche. » Il faut attendre… c’est-à-dire être tendu vers la venue de Jésus… Et plus mon être aura été tendu vers cet événement, plus belle sera la rencontre.

    Et je sais que si Jésus est le roi du monde, sa venue changera aussi le monde qui m’entoure et toutes mes relations… Le temps de l’Avent, qui est un temps de conversion, nous appelle, à un surcroît de respect et de délicatesse… pour bien préparer la place de Jésus et l’aider à changer le monde… parce que nous d’abord nous consentons nous-mêmes à changer. C’est vrai en communauté, en famille, et aussi sur le lieu de mon travail… C’est la pensée malveillante que je peux chasser, la petite réflexion acide ou la réponse trop vive que je peux retenir sur mes lèvres… C’est un service que je peux rendre… une attention que je peux avoir… C’est le sourire en coin, que je peux éviter, quand je me sens supérieur et que j’ai envie de le faire sentir aux autres… C’est la musique de la télé ou de ma chaîne HI-FI, que je peux baisser par respect pour mes voisins, pour mes parents ou mes frères et sœurs, qui ont envie de silence … Ne nous y trompons pas, ces petites choses ne sont pas des détails de la vie spirituelle.

    Pour nous qui aimons Jésus, l’Avent, c’est déjà l’heure de l’accueillir, alors qu’il ne fait que venir… Devant la crèche encore vide, nous le guettons de tout cœur et chaque matin nous ouvrons la porte de notre cœur pour savoir s’il est arrivé. Oui, l’heure est venue de « sortir de notre sommeil », pour rejeter les activités des ténèbres et revêtir Jésus-Christ lui-même. L’heure est venue de mener le combat de la lumière. Amen.

     

    Lecture spirituelle au séminaire Saint-Jean, 29 novembre 2010