• - La Dédicace d'une église

    Homélie pour la Dédicace de la Cathédrale de Nantes
    Séminaire Saint-Jean, 30 septembre Ap 21, 9b-14 ; Ps 83 ; Jn 10, 22-30 

    Lorsqu’on a construit une église et que l’on s’y rassemble pour prier, il y a un jour où l’on consacre l’église. Et ce jour s’appelle le jour de la Dédicace de l’église. Pour certaines églises, on sait exactement quel jour cette consécration a eu lieu. Pour d’autres on l’ignore. Quand il s’agit d’une cathédrale, c’est fête dans tout le diocèse et solennité sur le lieu même… C’est fête dans tout le diocèse, car la cathédrale est en quelque sorte l’Eglise mère du diocèse.

    En se rappelant le jour de la consécration de église, on se rappelle que l’église avec un petit « e » n’est pas d’abord un espace sacré où se rassemblent ensuite les chrétiens… Au contraire, c’est parce que les chrétiens sont initiés à la vie chrétienne dans la maternité de l’Eglise, avec un grand « E » que cet espace est lui aussi un lieu spirituel quasi-corporel, appelé alors à vivre une initiation… Pour la dédicace d’une église, on procède en effet, en quelque sorte, comme pour l’initiation chrétienne d’un enfant ou d’un adulte. Il y a une dimension baptismale, une dimension chrismale, et une dimension eucharistique.

    La communauté est rassemblée autour de l’évêque, de ses prêtres et de ses diacres, et on ouvre solennellement les portes. L’évêque bénit l’eau et asperge le peuple présent ainsi que les murs intérieurs et l’autel de l’église : C’est comme un baptême.

    Après le Gloire à Dieu et la prière d’ouverture, l’évêque prend le lectionnaire et le montre à tous en disant : « Que toujours résonne en cette demeure la Parole de Dieu ; qu’elle vous révèle le Mystère du Christ et opère votre salut dans l’Eglise ». Après le Je Crois en Dieu, on chante aussi la litanie des Saints… Des reliques de martyrs et d’autres saints sont alors généralement scellées dans l’autel… Et puis vient la grande et belle prière de dédicace… Avec l’huile du Saint-Chrême, on fait une onction sur toute la table d’autel, sur les croix qui y sont éventuellement présentes, rappelant les 5 plaies du Christ, puis sur les croix de consécration de l’église. C’est comme une confirmation.

    On fait alors flamber de l’encens sur l’autel, en signe de la prière qui devra continuer à monter vers Dieu dans cette église, la remplissant de la bonne odeur du Christ (2 Co, 2, 14-16) ; car l’assemblée sainte est le temple vivant dont l’église bâtiment est le signe.

    Des nappes sont alors mises sur l’autel, on allume des cierges, auprès de l’autel et devant chacune des croix de consécration, car le Christ est la Lumière du monde (Jn 8, 12 ; 9, 5). On célèbre alors l’eucharistie, le sacrifice de toute l’Eglise, qui est finalement le rite essentiel de la dédicace. Et puis après la communion, l’évêque inaugure solennellement la réserve eucharistique : dans le tabernacle, le Christ va désormais demeurer parmi les siens.

    * * *

    Cette fête de la Dédicace de la Cathédrale de Nantes, comme celle des autres cathédrales de nos diocèses, nous met devant le mystère des Eglises particulières que sont nos diocèses. Avec l’Apocalypse, on peut dire dans la foi que « l’ange du Seigneur nous montre la cité sainte, Jérusalem, qui descend du ciel, d'auprès de Dieu. » Car si l’église — l’assemblée et le bâtiment — est consacrée au Seigneur, c’est d’abord et toujours un geste de bonté et de prévenance de Dieu pour nous, son peuple, qui sommes sans cesse appelés à devenir ce que nous recevons dans l’Eucharistie, le Corps du Christ.

    Et voilà que mon baptême, ma confirmation, ma communion se déclinent à la première personne du pluriel. Sanctifiés par la vie du Christ, nous goûtons la joie du Royaume. La fête de la Dédicace nous rappelle qu’avec le Christ qui est la Tête, c’est tout le Corps de l’Eglise qui vit le baptême, la confirmation et l’Eucharistie, c’est tout le Corps de l’Eglise qui est initié à la vie du Père, par le Sacrement du Fils. Alors, peut-être que nous avons là une conversion à vivre : accepter que l’Eglise ne soit pas d’abord ce que nous faisons, les rassemblements qui sont les nôtres, mais plutôt le « chez moi » de Jésus devenu notre « chez nous »… Enfants adoptifs du Père, nous sommes alors réconfortés par la Parole de Jésus, entendue dans l’Evangile : « Mes brebis, mon Père me les a données… Personne ne les arrachera de ma main. » Amen.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     110930