• - Le dogme de l'Assomption

    A propos du dogme de l'Assomption de la Vierge Marie

    Vous connaissez sans doute la formule célèbre du dogme de l’Assomption, défini par le Pape Pie XII en 1950 : « L’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste.»[1] L’Assomption de la Vierge Marie, c’est son élévation, le fait que tout en elle, aussi bien son corps que son âme a été assumé, c’est-à-dire élevé par Dieu à la gloire du Ciel.

    En quoi cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie nous concerne-t-elle ? Que nous dit-elle d’essentiel pour notre foi chrétienne et pour notre vocation à la sainteté ? 

    Tout d’abord, la Résurrection de Jésus est une promesse pour chacun de nous. C’est ce que dit saint Paul : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. » La résurrection de Jésus n’est pas la réanimation de Lazare, qui est  "re-mort" après. Nous croyons que Jésus, qui est vrai Dieu et vrai homme, est ressuscité des morts pour toujours… Quand dans le Credo de Nicée Constantinople nous disons : « engendré non pas créé », nous parlons de l’engendrement éternel du Fils dans la Trinité. Quand nous disons ensuite : « Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme », nous reconnaissons que dans la personne de Jésus, la divinité s’est unie à notre humanité. Le corps physique de Jésus appartient à la création. Le corps physique de Jésus est un corps créé, comme le nôtre. C’est la raison pour laquelle la Résurrection de Jésus est vraiment une promesse pour nous. Et saint Paul continue, dans la première Lettre aux Corinthiens : « Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. » Ça, c’est le fondement de notre foi, que nous célébrons à Pâques.

    Et voici le deuxième point, qui est profondément lié à cela : en Marie, élevée en corps et en âme dans la gloire céleste, nous voyons la promesse de Dieu se réaliser dans une créature… une créature qui, comme nous, a bénéficié des mérites de la croix du Christ. La Vierge Marie est une petite fille d’Israël ; le psaume 44 nous le rappelle d’une certaine façon : « Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; 
oublie ton peuple et la maison de ton père : 
 le roi sera séduit par ta beauté. » La Vierge Marie a dit « Oui ». Et dans son « Oui » elle est la figure de l’Eglise, l’Eglise qui répond à l’Alliance que Dieu a conclue avec les hommes.

    Vous savez qu’au 19ème siècle, on a beaucoup parlé des gloires de Marie et c’est l’époque aussi, après la définition du dogme de l’Immaculée Conception, où on a dit des choses magnifiques sur la Vierge Marie. Et on a bien fait, mais en même temps il y avait un risque : que Marie soit tellement comblée de grâce par le Seigneur, qu’elle ne soit plus notre sœur. Or, pour que Marie puisse devenir notre mère, il faut qu’elle soit aussi notre sœur, qu’elle soit toute proche de nous et qu’elle soit accessible, tout en ayant vécu son Assomption… 

    Thérèse de Lisieux a plusieurs fois évoqué la Vierge Marie dans ses écrits, et notamment à la fin de sa vie, dans son Carnet jaune, le 21 août 1897 : « Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet […] Pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable […], dire qu’elle vivait de la foi comme nous […] et ne pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants. Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus. »[2] 

    Ayons l’ambition d’être aussi humble que la Vierge Marie. C’est une saine et bonne ambition que de vouloir être humble. L’humilité sera toujours un don de Dieu. Dans le Magnificat, on dit : « Il s’est penché sur son humble servante. » Ce n’est pas d’abord parce qu’elle est humble que Dieu se penche sur Marie. Dieu se penche sur Marie et, dans l’accueil de la grâce de Dieu penché sur Marie, Marie est humble. La Vierge Marie est humble parce qu’elle est tout entière saisie par la grâce de Dieu. Et c’est pour nous un chemin de compagnonnage. Il y a sans doute pour nous dans ce compagnonnage une sympathie, un apprivoisement qui doit aussi se faire avec la Vierge Marie.

    Il y a quelque chose d'étonnant dans le dogme de l’Immaculée Conception, selon lequel la Vierge Marie a été exempte du péché originel. On peut penser alors que si elle est exempte du péché originel, pour elle tout est facile, tout est simple. Et nous, comme on n’est pas exempts du péché originel, c’est pour ça qu’on n’y arrive pas !… Mais ce n’est pas tout à fait ce que dit l’Eglise catholique ! Dans la définition du dogme de l’Immaculée Conception, l’Eglise catholique nous rappelle bien que la Vierge Marie est rachetée par les mérites venant de la croix de son Fils. Comment expliquer cela et comment, pour notre vie spirituelle, cela veut-il dire quelque chose ? Thérèse de Lisieux, dans le Manuscrit A, raconte une histoire qui peut nous aider à comprendre la proximité que nous pouvons avoir avec la Vierge Marie. Pour Thérèse, la Vierge Marie lui fait penser à Sainte Marie Madeleine qui n’a pas eu une vie tout à fait conforme à la morale. Et Thérèse dit : « Le Seigneur m’a remis à moi plus qu’à Marie Madeleine. » Qu’est-ce que Thérèse veut dire par là ? Pourtant elle n’a pas fait les 400 coups ! Alors, qu’est-ce qu’elle veut dire quand elle dit que le Seigneur lui a plus remis qu’à Marie-Madeleine ?

    « Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. - Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. - Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire (sans être vu de personne). Certainement, ce fils, [39 r°] objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui... mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. Il veut que je l’aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup, mais tout. Il n’a pas attendu que je l’aime beaucoup comme Ste Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment il m’avait aimée d’un amour d’ineffable prévoyance, afin que maintenant je l’aime à la folie !... J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !... »[3] 

    Thérèse nous explique que l’humilité de la Vierge Marie est puisée dans l’abondance des dons de Dieu. Et les dons de Dieu pour la Vierge Marie sont tellement abondants que Marie est préservée, par avance, du péché comme si on avait enlevé la pierre… Et cela ne va pas fonder chez elle un orgueil, cela va l’installer encore plus profondément dans la reconnaissance et dans l’humilité. Et donc il y a une continuité humaine radicale entre nous, marqués par le péché originel, et la Vierge Marie, exempte du péché originel. C’est fondamental pour nous, parce que ça nous rend la Vierge Marie encore plus proche. Dans l’accueil des bontés de Dieu, son humilité est, pour nous, un modèle à imiter. Oui, heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. En son Assomption, la promesse de la Résurrection se réalise et se confirme pour chacun de nous.

     

    [1] Pie XII, Bulle Munificentissmus Deus, Dz 3903 ; DC 1082,19 novembre 1950, c.1486; Acta Apostolicae Sedis 42,1950, p.770.

    [2] Derniers entretiens, Paris, Le Cerf - DDB, 1973, p. 140-141.

    [3] Ms A 38 v°-39 r°