• Le ministère de prêtre

     La vocation de prêtre     Laïcs et ministres ordonnés 

    Comment situer

    le ministère presbytéral

    dans la mission de l’Eglise ?

    Conférence de Carême du Dimanche 21 mars 2010 

    dans le cadre de « l’année sacerdotale »

    Eglise Notre-Dame des Cordeliers de Laval

     

    Chers amis, en ce temps de Carême, c’est une bonne chose que nous soyons invités ensemble à contempler le mystère de l’Eglise en considérant plus particulièrement le ministère des prêtres.

    1. Tout d’abord, je voudrais vous partager ma joie d’être prêtre. Elle est fondée sur ma joie d’être chrétien et en même temps, elle la nourrit.

    Quand on me demande ce qu’est un prêtre, je suis toujours renvoyé personnellement au mystère de ma propre vocation, à tout ce que j’ai reçu, aux personnes que j’ai rencontrées, à ce que Jésus a fait de moi à travers tout cela. Dans mon enfance et ma jeunesse, pour que le visage de Jésus se révèle à moi, il a fallu beaucoup d’amour et de patience de la part de mes parents, de nombreux amis et aussi des chrétiens que j’ai rencontrés. A travers eux et en eux, Jésus lui-même formait en moi un chrétien. Il m’appelait à vivre comme un fils adoptif de Dieu, son Père…

    A un moment donné, j’ai pris conscience de tout ce que j’avais reçu et j’ai compris un peu ce que pouvait être le ministère de prêtre… J’ai compris qu’il était intimement lié au mystère de l’Eglise. C’est dans la foi que le Seigneur m’avait fait grandir comme chrétien. C’est dans la foi que j’entrerais dans le mystère de l’Eglise. C’est dans la foi que je m’approcherais aussi du ministère de prêtre. Les grâces reçues avaient suscité en moi une grande action de grâce. J’ai senti un appel et je me suis rendu disponible pour discerner et y répondre. Quand on devient prêtre, c’est pour donner la vie, une vie qui vient de plus loin que nous. Et quand on répond positivement à l’appel, on est en quelque sorte traversé par un oui qui vient lui aussi de plus loin que nous. On entre alors dans l’ordre des prêtres : je fais partie du presbyterium du diocèse de Laval. Nous sommes prêtres les uns avec les autres, autour de notre évêque. Cette fraternité sacerdotale est importante pour moi.

    Voilà bientôt dix ans que je suis prêtre et mon ministère m’a fait grandir comme chrétien… Je suis chrétien en étant prêtre. Je suis prêtre en étant chrétien. Les deux grandissent ensemble et ne finiront pas de grandir jusqu’à la fin de ma vie. Tout comme vous aussi, vous ne cessez de grandir comme chrétiens à travers ce qu’il vous est donné de vivre chaque jour, dans votre situation personnelle, familiale et professionnelle…

    La joie principale de mon ministère, c’est que l’Eglise est vraiment pour moi une mère, un lieu où je suis sans cesse enfanté à la vie chrétienne. On est prêtre pour donner la vie. Mais cette vie, nous ne cessons de la recevoir, comme tout chrétien. Je suis façonné par mon ministère. Je reçois beaucoup de ceux à qui je suis envoyé. Je ressens aujourd’hui une sorte de complicité fraternelle entre les chrétiens, un peu comme si nous avions découvert un grand secret qui change tout. Et j’aime lire cela dans les yeux des enfants, des adultes ou des personnes âgées. Cette complicité fraternelle est un bon stimulant pour aller vers ceux qui ne connaissent pas Jésus.

    Ma joie, c’est aussi le partage de la vie des gens, les multiples collaborations… Et malgré ma relative jeunesse dans le ministère, ce sont les fidélités longues qui se nouent à travers les joies et les souffrances que j’ai partagées, en paroisse, dans l’enseignement catholique, au séminaire et ailleurs… Car je suis chrétien et prêtre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, y compris quand je vais acheter du pain à la boulangerie.

    Dans ma joie en ce moment, il y a aussi la vie fraternelle au séminaire Saint-Jean, l’accompagnement spirituel et l’enseignement… La joie est au rendez-vous d’une communauté de foi, de vérité, de charité, où le discernement travaille les séminaristes et nous travaille avec eux. Nous sommes ensemble, à l’écoute de ce que l’Esprit Saint dit au cœur de chacun.

    La joie, c’est les difficultés dépassées : un séminariste qui s’épanouit et qui prend confiance en lui, quand il se trouve en quelque sorte confirmé sur sa route… Ou bien encore, un séminariste qui fait le choix libre et posé de changer d’orientation parce qu’il a compris que le Seigneur l’appelle ailleurs… La joie, c’est aussi la mission partagée avec les autres formateurs. On a une réelle estime les uns pour les autres. On s’accueille et on se reçoit comme prêtres, missionnés par nos évêques.

    La source où je m’alimente le plus, je crois que c’est le ministère lui-même, qui me nourrit malgré les difficultés et souvent dans les difficultés… Et puis il y a la mallette indispensable pour être chrétien et pour être prêtre : l’oraison, la prière, l’Eucharistie, l’accompagnement spirituel, le sacrement de réconciliation… Il y aussi les temps de lecture et d’étude, le travail de recherche en théologie ou le travail pédagogique pour les cours. Mais tout cela ne prend vraiment sens qu’avec la prière et les visages rencontrés. Je suis prêtre par ordination, au service d’un peuple appelé à être tout entier sacerdotal : c’est-à-dire que chaque chrétien est appelé à offrir sa vie à Dieu en sacrifice de louange. Et nous ne pouvons le faire qu’en nous mettant au service les uns des autres et, ensemble, au service de tous nos frères les hommes.

    Nous pouvons chanter : Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée des saints…

    2. Pour comprendre la nature du sacerdoce et de la mission des prêtres, il nous faut revenir à la source : au mystère de l’Eglise, à sa nature et à sa missio net plus fondamentalement encore à l’être et à la mission de Jésus lui-même.

    Nous sommes en Carême… Le Carême n’existe que pour nous préparer à vivre le renouvellement de notre baptême, dans la nuit de Pâques : avec Jésus et en lui, nous passerons de la mort à la vie… Nous sommes ainsi en communion avec les catéchumènes du monde entier, qui demandent le baptême et qui vivent le Carême comme l’ultime préparation à recevoir la lumière de Jésus… Etre chrétien, c’est être illuminé par la lumière de Jésus, qui chasse du cœur de l’homme les ténèbres du péché et l’invite à vivre comme un enfant de lumière, un enfant bien-aimé du Père. Dans la célébration du mystère pascal, Jésus lui-même fonde et renouvelle sans cesse son Eglise… en répandant sa Lumière. Jésus n’est pas le fondateur de l’Eglise, il en est le fondement vivant ! Car l’Eglise n’est pas d’abord notre Eglise, mais son Eglise à lui, le Christ.

    Avec la Cène, où Jésus lave les pieds de ses disciples et institue l’Eucharistie, avec la Passion, où Jésus remet l’Esprit entre les mains du Père, avec la descente aux enfers, dans le grand silence du samedi saint ; avec la résurrection dans la nuit de Pâques, au petit matin, c’est la naissance de l’Eglise qui se prépare et s’accomplit… L’Eucharistie sera la source et le sommet de la vie de l’Eglise. Les sacrements prendront leur source en Jésus lui-même, comme l’Eau et le Sang qui ont coulé de son côté ouvert. L’Eglise sera servante pour donner la vie, tout comme Jésus a lavé les pieds de ses disciples. L’Eglise se modèlera sur Jésus descendu aux enfers, elle sera humble et pauvre pour aller chercher elle aussi ceux qui sont loin, très loin et qui attendent un Sauveur.

    C’est bien ce que je lis dans la Première Lettre de Saint Pierre : « Vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Car autrefois vous n'étiez pas son peuple, mais aujourd'hui vous êtes le peuple de Dieu. Vous étiez privés d'amour, mais aujourd'hui Dieu vous a montré son amour. » (1 P 2, 9-10) Voilà l’Eglise, dans sa jeunesse et sa beauté, l’Eglise dans le dessein bienveillant de notre Père des Cieux ; l’Eglise, Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit Saint ! L’Eglise, Sacrement du Salut !…

    Car cette lumière que nous avons reçue, elle nous éclaire et elle nous éclaircit ! Elle nous réchauffe et elle nous traverse. Constitué comme peuple nouveau, nous ne pouvons pas garder pour nous le trésor vivant que nous avons reçu et qui nous anime jour après jour. C’est ainsi que l’Eglise est par nature missionnaire ! Si jamais elle cessait d’annoncer l’Evangile, elle cesserait de vivre… Car le bois qui est dans la cheminée ne peut pas éclairer ni réchauffer les invités si lui-même ne se laisse pas consumer par le feu… Et vous voyez comment au matin de Pâques, les femmes venues au tombeau courront pour annoncer la résurrection de Jésus.

    Au terme du Carême, quand nous célébrons le mystère pascal, les catéchumènes reçoivent traditionnellement les sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. Ils deviennent avec nous fidèles du Christ, illuminés de sa lumière, envoyés en mission tous ensemble et chacun en particulier. Tous dans l’Eglise, nous sommes fidèles du Christ. Laïcs, prêtres, diacres et évêques : tous vivent de la grâce d’être chrétiens. Et il n’y en a pas qui sont plus chrétiens que les autres. La vocation à la sainteté est une vocation commune.  La vocation à la mission est une vocation commune.

    Nous pouvons chanter : Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée des saints…

    3. Etre prêtre ce n’est pas seulement donner les sacrementsc’est vivre chaque jour un sacrement, celui de l’ordination, au service du Christ, qui aujourd’hui construit son Eglise, dans la symphonie des charismes et des missions de tous.

    Vous l’entrevoyez sans doute, on ne peut pas comprendre le ministère des prêtres en regardant seulement les besoins de l’Eglise. Comme si l’Eglise était simplement une société humaine au sein de laquelle un certain nombre de prestations de service doivent être remplies pour que le corps social vive et grandisse.

    Réfléchir ainsi, c’est partir d’une analyse sociologique. Cette analyse n’est pas sans valeur ; elle permet de comprendre dans quel monde et dans quelle société l’Eglise de Jésus-Christ est appelée à témoigner de son Seigneur. Mais le risque de partir d’une analyse sociologique, c’est d’en rester là. On risque alors d’avoir une conception fonctionnaliste du ministère des prêtres… Du genre : « Il y a des choses à faire pour faire vivre l’Eglise, trouvons des gens pour le faire… »

    Il ne s’agit pas simplement de trouver des gens « pour le faire » : il faut trouver des gens pour « être » et c’est différent. L’Eglise est le Peuple de Dieu, le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit. Elle est le Sacrement du Salut, le mystère de la présence continuée de Jésus ressuscité parmi nous. Les prêtres ne sont pas des super-chrétiens : ils sont fidèles du Christ comme les autres fidèles du Christ. Mais leur ordination les configure au Christ ressuscité et vivant qui continue aujourd’hui de construire son Eglise… C’est pour cela que seuls les prêtres président l’Eucharistie. Ils le font au nom du Christ… Et dans tout leur être, ils sont invités à vivre cette présence du Christ qui construit son Eglise.

    C’est pour cela qu’être prêtre, ce n’est pas seulement donner les sacrements, c’est vivre chaque jour un sacrement. L’ordination est un sacrement… Quand le prêtre préside la messe ou donne le sacrement du pardon, il est lui-même en train de vivre aussi un autre sacrement, celui de son ordination. Au moment où il agit et parle, il s’efface pour que le Christ lui-même parle et agisse à travers lui… Quand le prêtre préside une communauté paroissiale, il ne fait pas tout. Il est là, au nom du Christ, pour aider chacun à donner le meilleur de lui-même au service de la mission de l’Eglise. Le prêtre peut être entouré de gens beaucoup plus saints et compétents que lui…  C’est bon pour son humilité !… Il est également nécessaire qu’il collabore de façon très proche avec des chrétiens qui ont le feu de Dieu et qui ont de nombreux charismes !

    Au fil de l’histoire, l’Eglise a toujours trouvé les moyens d’articuler avec justesse la mission commune de tous les chrétiens et la mission particulière confiée à certains chrétiens comme prêtres. Saint Paul, dans sa Première Lettre aux Corinthiens, nous rappelle que le corps de l’Eglise est riche des charismes et des missions de chacun. Et c’est humblement, au cœur de cette richesse, que certains reçoivent l’être et la mission d’apôtres, de prophètes ou d’enseignants…

    « Prenons une comparaison, dit Saint Paul : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l'unique Esprit.

    Le corps humain se compose de plusieurs membres, et non pas d'un seul. Le pied aura beau dire: 
« Je ne suis pas la main,
 donc je ne fais pas partie du corps »,
 il fait toujours partie du corps. 
L'oreille aura beau dire:
 « Je ne suis pas l'œil, 
donc je ne fais pas partie du corps »,
 elle fait toujours partie du corps. Si un membre souffre,
 tous les membres partagent sa souffrance;
 si un membre est à l'honneur, 
tous partagent sa joie. Or, vous êtes le corps du Christ 
et, chacun pour votre part,
 vous êtes les membres de ce corps.

    Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l'Église, il y a premièrement des apôtres, 
deuxièmement des prophètes,
 troisièmement ceux qui sont chargés d'enseigner, 
puis ceux qui font des miracles,
 ceux qui ont le don de guérir,
 ceux qui ont la charge d'assister leurs frères ou de les guider,
 ceux qui disent des paroles mystérieuses.
 Tout le monde évidemment n'est pas apôtre,
 tout le monde n'est pas prophète, ni chargé d'enseigner;
 tout le monde n'a pas à faire des miracles,
 à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. » (1 Co 12, 13-16.  26-30)

    Cette parole de Saint Paul est rassurante pour nous et pour les vocations, dans leur symphonie. Si tu te sens appelé à devenir prêtre, ne garde pas trop longtemps pour toi la question. Tu es chrétien, marqué de la vie de Jésus, tu as envie de rendre service et de faire quelque chose de beau de ta vie… Cet appel est sérieux. Jésus, sans aucun doute, a besoin de toi, pour une chose ou pour une autre. Parles-en discrètement à quelqu’un en qui tu as confiance : un ami, une amie, un religieux ou une religieuse, un prêtre ou un diacre. Bien accompagné,  tu discerneras mieux cet appel intérieur.

    Peut-être auras-tu la joie d’être appelé par l’Eglise au ministère de prêtre. Peut-être aussi seras-tu appelé à un autre service… Là encore, ce sera une joie, car l’essentiel, pour chacun de nous, c’est de trouver sa juste place dans le corps de l’Eglise.

    La plus belle des vocations, ce n’est pas celle du voisin, c’est la tienne.

    Nous pouvons chanter : Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée des saints…

      Luc MEYER