• - Le Nouvel-Age

    Le Nouvel-Age,

    quel horizon pour l'homme ?

     

    Les temps changent, inexorablement :

    L'idéologie fondamentale du Nouvel-Age.

    «Les temps changent…» Tout le monde le dit, même les Chrétiens. «Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui, demain, pour tous et pour toujours». C'est la foi inaltérable des chrétiens. Telle n'est pas l'idéologie fondamentale du Nouvel-Age, selon laquelle le christianisme sera bientôt périmé.

    Une référence astrologique est à la source de ce Nouvel-Age». Alice BAILEY en est une grande figure. Elle dit ceci : «La manifestation de l'ère du Verseau […] devrait fournir la base d'un optimisme profond et convaincu ; rien ne peut en effet arrêter l'effet […] des nouvelles influences qui commencent à se manifester. Elles conditionneront inévitablement l'avenir ; elles détermineront le type de culture et de civilisation ; elles indiqueront la forme de gouvernement […] comme l'a fait l'ère chrétienne des Poissons ou la période antérieure gouvernée par le Bélier… Ce sera l'avènement d'une nouvelle religion mondiale. Cette nouvelle religion prendra la forme d'une approche de groupe, unifiée et consciente, du monde des valeurs spirituelles.»[1] 

    C'est clair : le destin de la foi chrétienne est écrit dans les astres. Jésus-Christ est un moment de l'histoire, destiné à s'enliser dans les sables de l'oubli. Il n'est pas le Fils de Dieu incarné. Il n'a pas vaincu la mort. Il n'est pas ressuscité. Avec lui, l'histoire n'a pas définitivement basculé. Les péchés n'ont pas été pardonnés. A l'homme de trouver en lui les ressources de son propre salut ou plutôt de son plein épanouissement personnel !… Tout un programme.

    Sans en avoir l'air, c'est dans l'air…

    Des ramifications complexes, une expansion sournoise.

    Les spécialistes qualifient le Nouvel-Age de nébuleuse mystique-ésotérique.[2] Il s'agit en effet d'un vaste nuage rassemblant pêle-mêle des éléments mystiques, ésotériques et occultes. Un récent document précise : «Le Nouvel Âge n'est pas à proprement parler une religion, bien qu'il s'intéresse à ce que l'on appelle "divin". Il consiste essentiellement dans une association informelle regroupant toutes sortes d'activités, d'idées et d'individus pouvant répondre à cette appellation. On n'y trouve donc pas de structure pouvant être comparée, même de loin, aux doctrines des religions organisées»[3].

    Concrètement, le Nouvel-Age reprend souvent des thèmes religieux et les détourne de la foi en un Dieu transcendant et personnel. Dans un premier temps, ce geste subversif est souvent séduisant, car il exalte l'humanité et les "pouvoirs cachés" de l'homme.

    Un certain attrait pour les sagesses et les rites antiques ou éloignés, une attirance pour les thérapies alternatives, la recherche d'états altérés de conscience : autant d'éléments favoris du Nouvel-Age. Cette culture de la confusion remet en cause des distinctions fondamentales pour les chrétiens : entre le créateur et le créé, entre l'âme et le corps, entre l'esprit et la matière…

    L'expansion de l'idéologie du Nouvel-Age est vaste et sournoise : de la série X-files à la bande dessinée Décalogue, du centre de l'Esalen Institute en Californie aux mouvements néo-orientaux comme Hare Krishna, ou la Méditation Transcendantale, en passant par la littérature de Paolo COELHO, le Nouvel-Age investit progressivement l'air que nous respirons. La simple consultation des rayons des librairies ou des vidéothèques donne une idée de la confusion dans laquelle nous sommes. Les sites internet sont également nombreu. Ils proposent une vie en harmonie avec soi-même, pour capter des énergies cosmiques ou réveiller en soi des forces insoupçonnées…

    Sans en avoir l'air, ça manque d'air…

    L'homme, désespérément coupé d'une relation personnelle à Dieu.

    A l'heure où l'on cherche à sortir de la dictature des sciences dures ou du formalisme religieux, à l'heure où l'on veut mettre plus d'humain dans les relations et chercher l'épanouissement personnel, le Nouvel-Age constitue une alternative séduisante. En dépit de son immense variété, il est cependant possible de dégager quelques points communs : «Le cosmos est un tout organique ; il est animé par une Énergie, qui est assimilée à l'âme ou l'esprit de Dieu ; on croit dans la médiation de diverses entités spirituelles : les humains sont capables de s'élever jusqu'aux sphères supérieures de l'invisible et de contrôler leur vie après la mort ; on croit dans l'existence d'une «connaissance éternelle», antérieure et supérieure à toutes les religions et cultures ; les individus suivent des maîtres illuminés...»[4]

    Prenons un exemple. Eileen CADDY a créé la Fondation Findhorm, qui s'est affirmée en Ecosse comme un foyer de renouveau "spirituel" et de développement de la personne. Elle a également publié un livre, proposant 365 méditations quotidiennes, intitulé La Petite Voix, un pèlerinage vers Soi. Voici ce qui est dit pour la date du 15 juin : «Tu détiens un grand pouvoir dans tes mains. Veille à bien l'utiliser pour le bénéfice du tout. Le pouvoir peut être utilisé positivement ou négativement, la façon dont tu l'utilises dépend uniquement de toi. Lorsque tu ne veux voir que les meilleurs résultats, et que tu l'utilises positivement, les événements les plus merveilleux peuvent arriver. […] Les âmes qui sont prêtes et préparées à utiliser correctement ce pouvoir sont employées, en ce moment, pour participer à l'avènement du nouveau ciel et de la nouvelle terre.» 

    Changement d'ère ou changement d'air ?

    Le dynamisme de la foi chrétienne, à l'épreuve du temps.

    L'idéologie astrologique du changement d'ère masque mal le désir d'un changement d'air, où l'homme voudrait créer son propre oxygène. Érigé en référence absolue, il entend trouver en lui-même la source ultime de la vie et du bonheur. «Dans ce qui peut être considéré comme une présentation classique du Nouvel Âge, les individus naissent avec une étincelle divine […]. Ce fait les relie à l'unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres divins, bien qu'ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre réalité. […] Nous devons faire un voyage pour découvrir notre place exacte dans l'unité du cosmos. […] Il n'y a pas de péché : il n'y a qu'une connaissance imparfaite. L'identité de chaque être humain est diluée dans l'être universel et dans la série des incarnations successives. Les individus sont soumis à l'influence déterminante des astres, mais peuvent s'ouvrir à la divinité qui vit en eux à travers la recherche constante (à l'aide des techniques appropriées) d'une plus grande harmonie entre le moi et l'énergie cosmique divine. Point n'est besoin de Révélation ou de Salut venu de l'extérieur : il suffit de faire l'expérience du salut présent au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques psychophysiques menant à l'illumination définitive.»[5]

    La foi de Pâques est plus humble et plus exaltante.

    Plus humble, car nous ne sommes pas une parcelle de Dieu… La distinction entre le Créateur et la créature est toujours maintenue. La mort et la Résurrection du Christ sont la source unique de notre salut.

    Plus exaltante, car notre aventure spirituelle ne consiste pas à nous trouver nous-mêmes mais à suivre Jésus, le Fils, pour rencontrer le Père. C'est dans cet exode hors de nous-mêmes que nous rencontrons notre Dieu, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes.

    Les temps changent, la Vérité demeure.

     


    [1] Alice Ann BAILEY, "l'Etat de disciple dans le Nouvel-Age", vol. 1 & 2, Ed. Lucis Trust, Genève 1969, pp.103-104.

    [2] F. CHAMPION, De l'émotion en religion - Renouveaux et traditions, Centurion, Paris, 1990, p.17. ou encore Cardinal Godfried DANEELS, Le Christ ou le Verseaux, La Documentation Catholique, n°91, n°2021, pp.117-129.

    [3] CONSEILS PONTIFICAUX DE LA CULTURE et POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX, Jésus-Christ, le Porteur d'eau vive, Une réflexion chrétienne sur le «Nouvel-Age», Présentation par le Cardinal Poupard, Bayard/Fleurus-Mame/Cerf, Paris, 2003, p.31.

    [4] Jésus-Christ, le Porteur d'eau vive, p.31.

    [5] Jésus-Christ, le Porteur d'eau vive, p.33.

     

     

    Luc MEYER