• Le salut en JC 2

     Le Salut en Jésus-Christ 

    II. Le Salut, en Jésus Christ : comment mieux le comprendre ?

    Introduction :

    a.« Je n’ai jamais compris comment Dieu peut nous sauver en mourant sur une croix »

       Lors d'une rencontre de préparation à la confirmation en 1999, un jeune de 15 ans, en accompagnement personnalisé, posait cette question…

    b. Nous ne pourrons véritablement comprendre que ce que nous vivons.


    A. De quoi avons-nous besoin d’être sauvés ?

    1. Du danger de repli sur notre radicale finitude.

    a. L’expérience de la finitude nous fait faire le deuil de la toute-puissance.

    EURIPIDE, Les Bacchantes : « Ce n’est pas être sage, de songer à ce qui n’est pas mortel. »[1]

    ESCHYLE, Les Perses : « Nul mortel ne doit nourrir de pensées au-dessus de sa condition mortelle. »[2]

    Depuis quelques siècles, l’homme a aussi découvert qu’il n’est pas le centre du monde… En quelques expressions lapidaires, on pourrait dire qu’avec l’héliocentrisme de Nicolas Copernic [1473-1543], Galilée [1564-1642], l’homme a découvert que la terre n’est pas le centre du monde ; avec la théorie de l’évolution de Charles Robert Darwin [1809-1882], il s’est entendu que l’homme n’est pas le fils de l’homme ; enfin, avec les théories psychanalytiques de Sigmund  Freud [1856-1939]), l’homme découvre qu’il n’est pas le maître chez lui.[3]

    b. L’expérience de la finitude peut faire naître en nous l’angoisse ou le vertige.

    La différence entre l’infini et le fini est radicale et si, j’ose dire, sans remède. Quand on n’est pas Dieu de naissance, on ne le sera jamais !… Il est dès lors illusoire de chercher à être comme des dieux, selon l’expression de la Genèse…

    Le théologien Paul TILLICH se propose d’analyser les manières dont le non-être menace l’être. Selon lui, cette menace s’exprime de trois façons : le non-être peut menacer l’être sur le plan physique et biologique : c’est la mort ; il peut aussi le faire sur le plan moral : c’est ce que Tillich appelle la culpabilité ; enfin, il le fait sur le plan spirituel : il prend alors la forme de l’absurde.[4] Le diagnostic de Tillich est sans appel : « Celui qui est sous l’emprise du doute et du non-sens ne peut pas s’en libérer lui-même. Ce qu’il demande, c’est une réponse qui soit valide non pas de l’extérieur mais en plein cœur de la situation de son désespoir »[5]. Cette citation dit en quelques mots l’intuition qu’il nous faudra poursuivre par la suite : c’est au cœur du désespoir que le salut peut advenir, et pas ailleurs.

    Grégoire de Nysse insiste sur le vertige de l'expérience de la finitude : « L’impression que l’on éprouve du haut d’un promontoire, lorsqu’on jette les yeux sur l’immensité de la mer, mon esprit la ressent, quand, du haut des paroles escarpées du Seigneur, comme du sommet d’une falaise, il contemple l’abîme infini de ses contours. On voit souvent au bord de la mer, s’élever un de ces éperons rocheux qui offrent aux flots une surface abrupte du haut jusqu’en bas et dont la crête surplombe l’abîme. Le vertige que l’on ressent de cette hauteur, en jetant les yeux sur les gouffres marins, mon âme l’éprouve aussi aujourd’hui, où cette grande parole du Seigneur la dresse au-dessus des abîmes : Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. »[6]

    c. Cette expérience ne peut heureusement être totalement faussée par le « divertissement ».

    Dans les Pensées, Pascal souligne la misère de l’homme privé de Dieu, se dissimulant, par le divertissement, sa tragique condition. Le divertissement est envisagé comme tout ce qui détourne l’homme de découvrir son néant, aussi bien les amusements (chasse, sport, danse…) que les occupations difficiles et sérieuses (diplomatie, commerce…). « Il ne faut pas avoir l’âme fort élevée, dit-il, pour comprendre qu’il n’y a point ici satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanités, que nos maux sont infinis (...). C’est l’origine de toutes les occupations tumultuaires des hommes, et de tout ce qu’on appelle  divertissement ou passe temps (...). L’âme ne trouve rien en elle qui la contente. Elle n’y voit rien qui ne l’afflige, quand elle y pense. C’est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher dans l’application aux choses extérieures, à perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli. »[7]

    Le jésuite Yves de MONTCHEUIL nous aide à comprendre le projet de Pascal dans les Pensées : « Pascal […] veut ramener l’homme à lui-même pour qu’il prenne conscience de son état misérable, afin de lui faire tendre les bras à son libérateur. Mais ici il ne faut pas simplifier et appauvrir la démarche de Pascal. Il est tout à fait inexact de croire qu’il voudrait simplement nous plonger dans l’abîme de notre misère pour que, un Sauveur nous étant proposé, nous nous jetions vers lui comme un naufragé à la planche qui peut le sauver. Ce serait fonder la démarche du salut sur une sorte de panique et mettre l’homme dans des dispositions qui ne prépareraient pas à l’examen lucide de la valeur du salut et du Sauveur. […] On ne devient pas chrétien pour échapper n’importe comment à l’angoisse de la condition humaine. Aussi, autant il montre la misère et l’impuissance de l’homme, autant il met en relief sa grandeur authentique, qui n’est pas seulement à côté de sa misère, mais qui transparaît en elle ; la conscience de sa misère est la marque même de sa grandeur.[…] Pascal en conclut que l’homme n’est pas dans un état naturel et il nous fait voir dans le péché originel ce qui explique cet état. […] Si réelle en effet que soit notre grandeur, elle n’est pas un point d’appui pour nous arracher à la misère. Pascal ne nous donne pas ce sentiment pour nous inciter à travailler par nos propres forces à nous en délivrer. Car cela nous est impossible. Mais il nous prépare à accepter la Rédemption, en nous faisant comprendre le sens et la raison de son intervention, à recevoir la religion chrétienne qui est la religion de la Rédemption. »[8]

    2. Du mal.

    a. L’expérience du mal « qui est là » (mal ontique) est vécue comme absence de sens.

    La souffrance, la maladie et la mort, les catastrophes naturelles : autant de choses qui posent la question du sens du mal qui nous entoure et dont non ne peut attribuer l’existence à notre volonté ou à la volonté des autres. Le poète Marie-Noël et L’écrivain Georges Bernanos l’expriment chacun avec force : « Mort de petit enfant. Son agonie. L’appel désespéré de ses yeux, de son souffle. Après cela, regarder Dieu… En pleurant, le cœur dit oui. L’esprit se crève les yeux, se piétine et consent. Mais il y a plus loin, plus intérieurement une âme sans âge, aussi dénuée de foi que la première bête de la terre avant les Testaments et les révélations, un cri de mère, une chair qui hurle parce que cette autre petite chair a été poursuivie, traquée, saisie, étranglée sans miséricorde. Elle criait grâce ! Pas de grâce ! Elle appelait son père. Pas de père. Qu’est-ce que Dieu ?… Qu’est-ce que Dieu ? »[9] « Quoi que je fasse, je sais bien que je n’arriverai pas à comprendre par quel affreux prodige j’ai pu, en pareille conjoncture, oublier jusqu’au nom de Dieu. J’étais seul, inexprimablement seul, en face de ma mort, et cette mort n’était que la privation de l’être — rien de plus. »[10]

     b. Le mal que nous voulons et faisons (mal moral) révèle la blessure de nos libertés.

    C’est le péché en nous, qui fait que nous ne sommes pas vraiment libres de faire le bien. Notre liberté et notre volonté sont blessées :« Je ne comprends pas ce que j’accomplis, car ce que je voudrais faire, ce n’est pas ce que je réalise ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais. »[11] 

    c. L’expérience de nos libertés blessées se révèle dans la blessure de nos relations.

    Nous pouvons penser à M. Perrichon ou au roi Orode de ce matin… ainsi qu’à tout ce qui est de l’ordre de la jalousie, de la rivalité, des querelles de pouvoir…

    3. D’une mauvaise compréhension de nous-mêmes.

    a. La finitude et le mal, deux expériences inextricablement liées dans notre expérience.

    Dans notre vie quotidienne, l’expérience du mal et l’expérience de la finitude sont souvent liées et nous avons parfois du mal à faire la part des choses.

    b. L’homme est une question pour lui-même…

    Le Pape Jean-Paul II le résume de façon saisissante au début de son encyclique sur La Foi et la Raison : « Un simple regard sur l’histoire ancienne montre d’ailleurs clairement qu’en diverses parties de la terre, marquées par des cultures différentes, naissent en même temps les questions de fond qui caractérisent le parcours de l’existence humaine: Qui suis-je? D’où viens-je et où vais-je? Pourquoi la présence du mal? Qu’y aura-t-il après cette vie ? Ces interrogations sont présentes dans les écrits sacrés d’Israël, mais elles apparaissent également dans les Védas ainsi que dans l’Avesta; nous les trouvons dans les écrits de Confucius et de Lao Tseu, comme aussi dans la prédication des Tirthankaras et de Bouddha; ce sont encore elles que l’on peut reconnaître dans les poèmes d’Homère et dans les tragédies d’Euripide et de Sophocle, de même que dans les traités philosophiques de Platon et d’Aristote. Ces questions ont une source commune: la quête de sens qui depuis toujours est pressante dans le cœur de l’homme, car de la réponse à ces questions dépend l’orientation à donner à l’existence. »[12] Alors que saint Augustin vient de perdre un ami d’enfance, il sombre dans un état d’inquiétude où il cherche le sens de sa propre vie : « J’étais moi-même devenu, dit-il, une grande question pour moi. »[13]

    c. L’homme est plus qu’une question pour lui-même : créés à l’image de Dieu,

        nous sommes appelés à devenir « participants de la nature divine »[14]

    Cependant, Dieu n’est pas simplement la réponse à nos questions. Saint Augustin lui-même en fera l’expérience et le surgissement de Dieu dans sa vie l’emmènera beaucoup plus loin qu’une simple réponse philosophique à ses questions. Si Dieu n’était que la réponse à nos questions, il n’y aurait rien de gratuit dans la Révélation. Dieu ne serait que la projection du désir de l’homme. Le propre de la Révélation, c’est que Dieu lui-même, le tout autre, l’Infini, se donne gratuitement à connaître. Il fait Alliance avec nous et il nous transforme radicalement en respectant infiniment ce que nous sommes. Saint Paul : « Si donc quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. »[15]

    D’une certaine façon, c’est parce que la lumière de Dieu vient jusqu’à nous que nous pouvons à la fois trouver la réponse à nos questions et en même temps entrer en Alliance avec lui. La question n’est plus de devenir comme des dieux, mais de devenir Dieu par participation. C’est ce que dit la Seconde Lettre de Saint Pierre : « Sa puissance divine nous a fait don de tout qu’il faut pour vivre en hommes religieux, grâce à la véritable connaissance de Celui qui nous a appelés par la gloire et la force qui lui appartiennent. Ainsi, Dieu nous a fait don des grandes richesses promises, et vous deviendrez participants de la nature divine, en fuyant la dégradation que le désir produit dans le monde. »[16]

    * De la confession d’un Sauveur à la confession du péché : respecter le mouvement de la Révélation.

     

    B. Jésus Christ, le salut avec l’homme. 

         Humilité et grandeur de la foi chrétienne.

    1. Dérives théologiques : le salut de l’homme sans l’homme.

    a.Une image de Dieu qui ne se compromet pas avec notre humanité…

    b. Un Dieu qui décide le salut sans que l’homme ait à coopérer à son salut.

    2. Dérives anthropologiques : le salut de l’homme par l’homme.[17]

    a. Le désir d’épanouissement personnel prend le pas sur le don de soi.

    « À la racine de la perte de l’espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l’homme comme “le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme. L’oubli de Dieu a conduit à l’abandon de l’homme”, et c’est pourquoi, “dans ce contexte, il n’est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d’aborder la vie quotidienne”. La culture européenne donne l’impression d’une “apostasie silencieuse” de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas. »

     b. L’espérance d’un Sauveur se réduit à la fabrication d’un sauveteur…

    « Néant le salut qui vient des hommes » (Ps 107(108), v.13)

     3. En Jésus-Christ, le salut de l’homme avec l’homme : 

        un défi pour l’existence humaine et pour la pensée.

    a. Pour nous, catholique, Dieu opère, certes, mais nous coopérons…                        

    b. Le salut nous est donné en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme…

    Saint Irénée dira : « Telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu. »[18]

    C. La Croix du Christ, source de notre salut.

                « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront. » (Mc 9,31)

                « Ma vie, personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. » (Jn 10,18)

    1. « Quand il s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime. »[19]

    2. « Mort pour nos péchés. » (1 Co 15,3)

    a. « C’est par ses blessures que vous avez été guéris. » (1 P 2, 19-25)

    « C’est une grâce de supporter, en ayant conscience d’obéir à Dieu, des choses pénibles souffertes injustement. Quel mérite y a-t-il à supporter des coups en ayant commis une faute ? Mais si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c’est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. »

     b. La souffrance de Jésus, son « exil » loin du Père : un lieu qu’on ne peut approcher.

    « Les paroles de Jésus ne sont-elles que des mots ? Toutes ces belles phrases sur le Père vont-elles se flétrir au moment de « son heure » ? « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ne va-t-il pas effacer tout le reste ? Nous sommes là véritablement devant un puits sans fond de désespoir  où l’on peut tomber durant des millénaires. Je sais bien qu’après, - à la fin -, Jésus dira : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (PS 31,6), reprenant là un Psaume - de même que « Mon Dieu, mon Dieu… » était un (p.235) Psaume aussi  (Ps 22) ; et qu’en disant « Père, je remets mon esprit entre tes mains », Jésus change le mot « Mon Dieu » qui est dans le Psaume, en ce mot de « Père ». Je vois bien que la cause de la mort, de l’agonie de Jésus, de ce « Mon Dieu, mon Dieu », c’est notre péché mis à nu, vécu ici dans ses plus extrêmes conséquences car Jésus voyait nos tares avec la lucidité même de Dieu. Jésus, Fils de Dieu, voit notre humanité dans sa réalité la plus profonde. Nous, nous sommes toujours plus ou moins hébétés et aveugles, mais lui, l’homme libre, il voit la profondeur du mal, et c’est cela qui lui arrache ce « Mon Dieu, mon Dieu ». Oui, la cause je la vois bien, mais cette parole elle-même, comment peut-on la dire ? Il s’y attendait pourtant : rappelons-nous le “Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette heure…” (Jn 12, 27) »[20] Il me semble qu’il y a là un domaine où nous ne pouvons pas pénétrer. L’Evangile nous dit : « Il parvient avec eux à un domaine appelé ‘Gethsémani’, et il dit aux disciples : « Restez ici tandis que je m’en vais prier là-bas. » (Mt 26,36) Entre cet « ici » où vous devez rester et ce « là-bas » où je vais aller prier, il y a un abîme insondable, incommensurable. Il n’y a rien de commun entre cet « ici » et ce « là-bas ». Il y a un ensevelissement de la vie dans la mort, même si, après, la vie triomphe. « Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir ; demeurez ici et veillez avec moi. » Etant allé plus loin, il tomba face contre terre. (Mt 26,37-39) (p.236) Entre cet « ici » et ce « plus loin », il n’y a aucune approche possible, aucun partage qui se puisse imaginer. D’un côté, ici, l’homme pécheur, réduit à son impuissance, appelé seulement à veiller. Et puis de l’autre, le Saint, l’Agneau, livré à son effroyable solitude, à son combat, et appelé à consentir, « non pas comme je veux mais comme tu veux ». D’un côté, ici, l’homme si faible et appesanti qu’il s’endort jusque dans son péché, de l’autre, ce Seigneur si éveillé, si écrasé par le péché, qu’il entre en vivant dans la mort. Et c’est son agonie. Et il est seul. […] Seul le mystère de l’agonie est comme réservé à Jésus. Nul ne peut y pénétrer, si ce n’est l’ange, qui est l’amour de Dieu qui le soutient… (p.237) »

    3. « Mort pour nous. »

    a. Il a tout saisi dans son offrande : même « le poids perdu de la souffrance ».

    Hymne de la Liturgie des Heures, office de sexte.

    Le Fils de Dieu, les bras ouverts, // A tout saisi dans son offrande,

    L’effort de l’homme et son travail, // Le poids perdu de la souffrance.

    L’élan puissant de son amour // Attire à lui la terre entière,

    Il fait entrer dans son repos // Le monde en marche vers le Père. 

    Renouvelée par Jésus Christ, // Principe et fin de toute chose,

    La création devient en lui // Première étape du Royaume

    b. Jésus a souffert en aimant, et cela change tout.

    « Autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de désirs et de plaisirs ; nous vivions dans la méchanceté et les rivalités, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres. Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvés. Il l'a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d'actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l'a répandu sur nous avec abondance, par Jésus Christ notre Sauveur ; ainsi, par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l'espérance l'héritage de la vie éternelle. »[21]

    Conclusion :

    De multiples mots dans la tradition expriment chacun un aspect du mystère du salut :

    - Illumination, Révélation, Rédemption, Libération, Divinisation, Justification, Adoption…

    - Sacrifice, Expiation, Propitiation, Satisfaction, Substitution…

    - Réconciliation…

      

    Retour Vivre, comprendre et annoncer le Salut

     


    [1] Cf. Paris, Budé, Les Belles Lettres, 1961, 1979, v. 395, p.258 : « Faire l’esprit fort n’est point sagesse, non plus que raisonner hors des normes humaines). »

    [2] Tragédies, Paris, Gallimard, v.820, p.137.

    [3] Paul RICOEUR, De l’Interprétation, Essai sur Freud, Seuil, Paris 1965, p.414 : « L’universel narcissisme des hommes, leur amour d’eux-mêmes, écrit Freud, a subi jusqu’à ce jour trois sévères humiliations de la part de la science. Ce fut d’abord la position centrale de la terre qu’il tint pour un gage de son rôle dominant dans l’univers et qui lui parut « parfaitement ajusté à son inclination à se regarder lui-même comme le seigneur du monde. » Ce fut ensuite la prétention à « s’attribuer une position dominante sur les autres créatures dans le royaume des vivants et à creuser un abîme entre sa nature et la leur. » C’est enfin sa conviction d’être maître et souverain de sa propre demeure psychique. La psychanalyse représente la troisième et « probablement la plus cruelle » des humiliations infligées au narcissisme. Après l’humiliation cosmologique que Copernic lui infligea, ce fut l’humiliation biologique, issue de l’oeuvre de Darwin ; et, maintenant, voici que l’« Ego n’est pas maître en sa propre demeure. » L’homme, qui savait dire qu’il n’est ni le seigneur du cosmos, ni le seigneur des vivants, découvre qu’il n’est même pas le seigneur de sa psychè.

    [4] P. TILLICH, Le Courage d’être, Cerf / Labor et Fides /Presse de l’Université Laval, Paris-Genève-Québec, 1999, traduction de J-P LEMAY.(The Courage to Be, New Haven et Londres, Yale University Press, 1952), p.33 : « Le non-être menace l’affirmation de soi ontique de l’être humain : de façon relative, en termes de destin et de façon absolue, en termes de mort. Il menace l’affirmation de soi spirituelle de l’être humain : de façon relative, en terme de vide et de façon absolue, en terme d’absurde. Puis, il menace l’affirmation de soi morale : de façon relative, en terme de culpabilité et de façon absolue, en terme de condamnation. »

    [5] Ibidem.

    [6] GREGOIRE DE NYSSE, Homélies sur les Béatitudes, traduction de Jean-Yves GUILLAUMIN et Gabrielle PARENT, introduction, notes, plan de travail, traduction des Béatitudes 1,2,3 de Adalbert-Gautier HAMMAN, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Les Pères dans la Foi », 1979, p.80.

    [7] Pascal, Pensées, Lafuma, VIII DIVERTISSEMENT, Garnier Flammarion, Paris, 1976, fr.132-139, p.76-83.

    [8] Yves  de MONTCHEUIL, Problèmes de vie spirituelle, Paris, DDB, collection Christus n°92, 8ème édition, 2006, 283 pages, p.271-273.

    [9] MARIE-NOËL, Notes Intimes, p.69.

    [10] Georges BERNANOS, Journal d’un Curé de Campagne, La Pléiade, p.1241.

    [11] Rm 7,15.

    [12]Jean-Paul II, Lettre encyclique Fides et Ratio sur les rapports entre la foi et la raison, 1998, §1

    [13] « Factus eram ipse mihi magna quaestio ». cf. Confessions, Paris, Les Belles Lettres, tome I, livres I-VIII, texte établi et traduit par Pierre de Labriolle, 1977, livre IV, IV, 9, p.72.

    [14] 2, P 1,4.

    [15] 2 Co 5,17.

    [16] 2 P 1,3-4.

    [17] JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique postsynodale Ecclesia in Europa, 2003, §9, qui cite le Rapport avant la discussion, I, 1. 2

    [18] Irénée, Adversus hæreses. 3, 19, 1.

    [19] 5ème préf. de Pâques.

    [20] Jacques LOEW, Ce Jésus qu’on appelle Christ. Retraite au Vatican, Paris, Fayard, 1970, 314 pages.

    [21] Tt 3, 3-7.


    Luc MEYER

    Luc MEYER