• Le salut en JC 3

     Le Salut en Jésus-Christ 

    III. Le Salut, en Jésus Christ : comment mieux l’annoncer ?

         Prière et conclusion sous forme de Lectio divina.

    « Crois au Seigneur Jésus ; alors tu seras sauvé, toi et toute ta maison. » Ce temps précieux qui nous est donné encore cet après-midi va nous permettre, je l’espère, d’entrer davantage dans la contemplation du Salut qui nous est donné en Jésus-Christ. Et ce salut, nous vient par la foi… La foi que nous avons reçue à notre baptême… La foi dans laquelle nous avons été confirmés par le Christ lui-même, le jour où notre évêque ou son représentant nous a appelés par notre nom… Et en traçant sur nous le signe de la Croix avec le Saint-Chrême, il a nous a dit : « Sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. » La foi que nous professons chaque dimanche… La foi qui nous fait vivre et que nous avons reçue de notre mère, l’Eglise où sans cesse nous sommes enfantés et réenfantés à la vie nouvelle d’enfant de Dieu… La foi dans laquelle nous sommes renouvelés chaque année pendant le temps du Carême, et la célébration des mystères de Pâques. La foi reçue des apôtres, la foi reçue de l’Eglise, la foi qui est un don bien avant d’être un acte, la foi qui prend sa source dans le côté ouvert du Christ… La foi qui irrigue la vie de nos communautés… La foi qui relève, la foi qui libère, la foi qui porte le souffle de la mission…

    Au terme de cette journée, nous ne sommes pas seuls : nos communautés paroissiales, familiales, nous accompagnent. Il y a aussi toutes les personnes que nous avons rencontrées depuis que nous avons suivi l’Ecole du diocèse. Alors pour entrer plus avant dans la prière, pour nous laisser davantage encore façonner par la foi de l’Eglise, je vous propose cet après-midi de contempler les merveilles de Dieu racontées par saint Luc dans les Actes des Apôtres…

    Lecture du libre des Actes des Apôtres (Ac 16, 22-34)

    La foule se souleva contre Paul et Silas ; les magistrats ordonnèrent de les dépouiller de leurs vêtements pour leur donner la bastonnade. Après les avoir roués de coups, on les jeta en prison, en donnant au gardien la consigne de les surveiller de près. Pour appliquer cette consigne, il les mit tout au fond de la prison, avec les pieds coincés dans des blocs de bois.

    Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les autres détenus les écoutaient. Tout à coup, il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison : à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les entraves de tous les détenus sautèrent.

    Le gardien, tiré de son sommeil, vit que les portes de la prison étaient ouvertes ; croyant que les détenus s’étaient évadés, il dégaina son épée et il allait se donner la mort. Mais Paul se mit à crier : « Ne va pas te faire de mal, nous sommes tous là. » Le gardien réclama de la lumière ; tout tremblant, il accourut et se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Puis il les emmena dehors et leur demanda : « Que dois-je faire pour être sauvé, mes seigneurs ? » Ils lui répondirent : « Crois au Seigneur Jésus ; alors tu seras sauvé, toi et toute ta maison. » Ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui vivaient dans sa maison. A l’heure même, en pleine nuit, le gardien les emmena pour laver leurs plaies. A l’instant même, il reçut le baptême avec tous les siens. Puis il invita Paul et Silas à monter chez lui, fit préparer la table et, avec toute sa maison, il laissa déborder sa joie de croire en Dieu.

    Des chrétiens reclus dans univers carcéral à cause de leur foi. Une prière de louange qui fait sauter les chaînes des détenus. Des portes qui s’ouvrent en pleine nuit et laissent la voie libre à tous… Un gardien converti, qui emmène tout le monde dehors… pour témoigner du Christ. Cela pourrait ressembler à un séminaire à la fin du mois de juin, mais ça n’est pas tout à fait un séminaire !… Ce récit des Actes des Apôtres est un grand récit de conversion et d’initiation chrétiennes. Paul et Silas sont probablement les deux seuls chrétiens de la prison ; ils ont la dernière place, tout au fond de la prison. Comme Jésus, ils communient avec d’autres à un châtiment qu’ils n’ont pas mérité. Pas de jalousie. Pas d’amertume.

    Premier étonnement : Paul et Silas ne prient pas pour leur propre délivrance. Leur prière est d’abord désintéressée : eux qui sont reclus tout au fond de la prison, eux dont les pieds sont coincés dans des blocs de bois, ils prient et chantent les louanges de Dieu. Et c’est la liberté de la louange qui leur donne des ailes. En écoutant Paul et Silas qui chantent leur Seigneur, je ne peux que penser au livre d’Isaïe qui nous dit : « Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : “Ton Dieu règne.” » La montagne de Paul et de Silas, c’est aujourd’hui le fond d’une prison… Et les pieds des messagers sont coincés dans des blocs de bois… Mais leur louange monte désintéressée… 

    Questions : Quelles sont mes prisons aujourd’hui, et quels sont les blocs de bois qui coincent aujourd’hui mes pieds de disciple et d’apôtre ? Quand est-ce que monte ma louange, gratuite, désintéressée ?…

    « Il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison : à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les entraves de tous les détenus sautèrent. »

    Et voici un deuxième étonnement : La délivrance, inattendue, est pour tous ! Pas seulement pour Paul et Silas, mais pour tous, y compris pour les autres, qui peut-être avaient quelque chose à se reprocher… La louange de Dieu, parce qu’il est Dieu, laisse place à Dieu dans le monde. La louange de Paul et de Silas, c’était un petit filet de voix dans un monde de ténèbres et de silence… c’était un souffle fragile et mélodieux dans un univers ou les portes grincent et claquent. Eberhard Jüngel nous dit : « Puisque l’amour ne s’impose qu’amoureusement, il est éminemment vulnérable de l’extérieur, mais profondément indestructible de l’intérieur. Il reste dans son élément, il rayonne pour faire entrer en soi. Il ne peut pas détruire mais seulement transformer ce qui lui est opposé. »[1]

    Questions : Et moi, est-ce que je crois que l’amour ne s’impose qu’amoureusement ? Quels événements ai-je vécus où j’ai fait cette expérience que l’amour ne peut pas détruire mais seulement transformer ce qui lui est opposé ? 

    Mais Saint Luc nous réserve un troisième étonnement… Alors que toutes les portes de la prison sont ouvertes, personne ne s’évade ! Peut-être parce qu’il reste encore un détenu, auquel personne ne pense parce qu’il est encore moins libre que les autres, un détenu qui l’est peut-être plus encore que les autres : c’est le gardien, qui lui aussi, passe sa vie en prison… Le gardien, l’homme de la nuit, l’homme de la mort, l’homme du désespoir… Celui qu’on paye pour brimer une liberté qui n’a pas de prix… Le tremblement de terre qui a secoué les fondations de la prison a secoué les fondations de SA prison à lui, le gardien. Alors il se lève, il est tiré de son sommeil : il fait un premier pas vers la résurrection… quand on se lève, comme les ressuscités… quand on sort du sommeil, comme les ressuscités… Mais voilà, son deuxième réflexe, c’est le désespoir : alors que tout allait si bien dans cette prison, où le mal avait su créer son ordre et organiser la nuit, un autre monde s’éveille, avec d’autres références, avec d’autres lois. Ce n’est pas si facile d’y trouver sa place : alors la seule solution, pour lui, l’homme de la nuit, c’est la mort. Et il faut que les détenus acceptent de n’être pas libérés trop vite : « Ne va pas te faire de mal : nous sommes tous là », dit Paul. Il faut qu’ils acceptent, à leurs dépens, de ne pas le laisser tout seul, lui, dans sa prison. Et personne ne s’évade : quand il sera prêt, c’est le gardien qui emmènera tout le monde dehors.

    Questions : Partager les joies et les souffrances cachées de ceux que nous rencontrons… Comment recevons-nous cette invitation aujourd’hui ?… 

    Pour passer de l’ordre ancien à l’ordre nouveau, il ne suffit pas d’avoir vécu un signe fort  : il faut encore rencontrer des témoins attentifs et désintéressés. Ce sont les mêmes qui priaient et chantaient les louanges de Dieu, quand le gardien dormait, qui, maintenant qu’il est éveillé, réfrènent la joie de la liberté et se mettent à son écoute. La joie épidermique de la libération serait même mortifère : il faut respecter le temps du désir : désir de la lumière, désir d’une conduite nouvelle, désir de la liberté, la vraie, désir de la Parole de Dieu.

    Et un jour, la charité suscite cette question magnifique, fulgurante de vérité : «“ Que dois-je faire pour être sauvé, mes seigneurs ? ” Ils lui répondirent : “ Crois au Seigneur Jésus ; alors tu seras sauvé, toi et toute ta maison. ” Ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui vivaient dans sa maison. A l’heure même, en pleine nuit, le gardien les emmena pour laver leurs plaies. »

    Oui, c’est alors seulement que le gardien peut laver les plaies de ses détenus. C’est ça, la vengeance de Dieu, la revanche de l’amour ! C’est quand la violence est comme détruite de l’intérieur… Pour le gardien, laver les plaies des détenus, c’est un peu se trouver déjà dans la situation de Jésus le Jeudi Saint. Le gardien n’est pas simplement converti à la foi au Christ… Le gardien est converti par le Christ et spontanément il trouve les gestes pour imiter Jésus…

    Questions : Et moi, qu’est-ce que je désire aujourd’hui ? C’est quoi pour moi, croire en Jésus ? Quelles sont les plaies que j’ai causées et que je pourrais laver ? 

    « À l’instant même, il reçut le baptême avec tous les siens. Puis il invita Paul et Silas à monter chez lui, fit préparer la table et, avec toute sa maison, il laissa déborder sa joie de croire en Dieu. » Oui, le gardien peut être baptisé et dresser lui-même la table de l’action de grâce. Nous approchons de la fin de l’année liturgique et nous allons fêter le Christ, roi de l’univers, qui siège à la droite du Père. Et nous sommes là, en Eglise, pour être signes de la miséricorde de Dieu. 

    Que notre temps de prière, maintenant, nous permette d’éprouver dans la paix et la joie le vertige de la foi en celui qui va bientôt monter aux cieux… Que notre prière dans les jours à venir soit aussi une action de grâce pour ce que nous avons vécu et découvert depuis que nous nous sommes davantage engagés à la suite du Christ dans son Eglise… Ne craignons pas les souvenirs et les visages qui monteront en nous dans les jours qui viennent… Peut-être que c’est là, tout simplement, que le Seigneur nous attend et qu’une conversion véritable nous est demandée.


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    [1] Eberhard JÜNGEL, Dieu, Mystère du Monde. Fondement de la théologie du crucifié dans le débat entre théisme et athéisme, traduit de l'allemand sous la direction de Horst HOMBOURG, 3° édition revue, 2 tomes de 351 et 316 pages, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio Fidei » n°116 et 117, 1983, tome 2, p.164.