• Les chrétiens, cannibales ?

     L'Eucharistie 

    Les chrétiens sont-ils des cannibales ?

    Lors d'une récente rencontre, des jeunes de la paroisse m'ont fait part d'une objection entendue à propos de l'Eucharistie : « Les chrétiens, qui mangent la chair et boivent le sang du Christ, sont des cannibales. » Cette objection, formulée contre les chrétiens au temps des persécutions, est dépassée depuis longtemps !… En cette année de l'Eucharistie, elle nous donne l'occasion de contempler à nouveau le mystère dont nous vivons.

    Un texte fondateur : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 6,51-59)

    Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. » 

    Voilà ce que Jésus a dit, dans son enseignement à la synagogue de Capharnaüm.

    Réponse en trois points à l'objection de cannibalisme.

    1. Dans son évolution religieuse, le peuple hébreu a découvert que Dieu est unique, qu'il n'y a pas d'autre dieu que lui et qu'il ne veut pas de sacrifices humains. Progressivement, les sacrifices d'animaux ont été eux aussi supprimés pour être remplacés par des offrandes végétales. Nous utilisons du pain et du vin, comme Jésus nous a dit de le faire, et non pas de la chair ou du sang d'homme.

    2. Les chrétiens communient au Corps et au Sang du Christ ressuscité. Ce n'est pas le corps de Jésus d'avant Pâques que nous recevons et mangeons, comme s'il n'était pas mort puis ressuscité. Nous recevons et mangeons le Corps du Christ, passé par la mort et ressuscité, désormais assis auprès du Père… le Corps et le Sang de Celui qui est là soudain au milieu des disciples, alors que toutes les portes sont closes… le Corps de celui qui montre ses plaies à ses disciples : c'est bien le même qui est ressuscité et qui a marché sur les routes de Palestine. Quand nous recevons une parcelle de Pain consacré, c'est le Corps du Christ tout entier que nous recevons : vrai Dieu et vrai homme. Ce Corps ne s'est jamais épuisé depuis 2000 ans. Réellement présent dans l'Eucharistie, le Christ ressuscité se donne en nourriture spirituelle. Dieu le Père nous rend ainsi participants de la nature divine de son Fils, dans la force de l'Esprit Saint.

    3. D'ordinaire, nous consommons des aliments pour les assimiler. Nous mangeons du pain pour l'assimiler. Une fois digéré, le pain devient, avec tous les autres aliments assimilés, notre propre corps. Le rêve fou du cannibalisme, c'est de manger de l'homme pour conforter nos corps d'hommes. Quand nous communions, c'est exactement l'inverse qui se passe : nous consommons le Corps du Christ non pas pour l'assimiler mais pour nous y assimiler. Nous sommes invités à devenir ce que nous recevons, le Corps du Christ : c'est le mystère de l'Eglise, qui vit de la vie du Seigneur. Dans le partage de son Corps et de son Sang, le Christ n'est en rien divisé, il grandit au contraire et nous pouvons alors prier ainsi : "Accorde-nous, Seigneur notre Dieu, de trouver dans cette communion notre force et notre joie, afin que nous puissions devenir ce que nous avons reçu : le Corps du Christ". (Prière après la communion, 17° Dimanche du Temps Ordinaire)

    Extrait de l'homélie du Saint-Père Benoît XVI le 21 août 2005, à Marienfeld.

    Comment Jésus peut-il donner son Corps et son Sang? Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe sa mort, il l’accepte au plus profond de lui-même et il la transforme en un acte d’amour. Ce qui de l’extérieur est une violence brutale, devient de l’intérieur l’acte d’un amour qui se donne totalement. Telle est la transformation substantielle qui s’est réalisée au Cénacle et qui visait à faire naître un processus de transformations, dont le terme ultime est la transformation du monde jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). […] Jésus peut distribuer son Corps, parce qu’il se donne réellement lui-même. […] Le Corps et le Sang du Christ nous sont donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre tour.