• - Lettre à des latinistes

    Lettre d'un professeur à ses élèves de latin

     

    Chers Latinistes,

     

    Si les difficultés que vous rencontrez dans l’étude du latin vous incitaient à désirer la disparition de son étude, voici ce que vous répondrait Louis Piéchaud :

    "Vous réclamez donc, mais incognito, la disparition hic et nunc du latin. Cet ultimatum (alias : exigence ad libitum) représente, de jure comme de facto, le summum de l'inconscience, le nec plus ultra de l'étourderie ... Notre langue française témoigne urbi et orbi que le latin est toujours vivant ... oui, vivant dans le terminus de l'omnibus comme dans l'aquarium du museum, dans l'accessit de l'écolier comme dans l'alibi du prévenu, dans les duplicata de nos bureaux comme dans le memento de votre agenda, et cetera, et cetera... Aussi n'ai-je pas besoin de vous dire que Gribouille est votre alter ego et que si vous n'êtes pas encore réduit à quia, c'est que vous tournez au minus habens (sic). L'examen de votre requête est ajourné sine die. Non possumus." [1]

    J’ai cité cet article ad litteram, sans toutefois en reprendre ab ovo l’histoire et les origines. J’espère que vous aurez supporté aequo animo ce plaidoyer pro domo, qui ne présente, comme vous pouvez le remarquer, aucun argument ad hominem. Vous êtes, comme moi, loin de lire aperto libro cette merveilleuse langue : Deo gratias ! Si vous saviez déjà tout…

    Efforcez-vous cependant d’appliquer à votre étude du latin la fameuse formule d’Apelle, qu’Emile Zola avait fait inscrire en lettres d’or sur sa cheminée : “Nulla dies sine linea”. Et si jamais votre ardeur au travail s’éteignait, si la paresse envahissait vos âmes, retro Satanas ! Car je souhaite de tout coeur qu’au sortir de l’examen, vous puissiez, nouveaux Césars, proclamer fièrement : “Veni, vidi, verti !”

    Votre cursus honorum ne fait que commencer : avec la littérature, la philosophie, l’histoire et cetera, vous pourrez bientôt orner votre curriculum vitae, d’un nouveau trophée : lingua latina. Solécismes et barbarismes ne décourageront pas votre professeur, qui ne fera pas écho à la vox populi en clamant sans cesse sur le forum : “O tempora ! O mores !” 

    Les années passeront, la vieillesse viendra, inexorable… mais lorsque vous réciterez, in articulo mortis un ultime confiteor, vous ne regretterez pas d’être comptés ad vitam aeternam, au nombre des ardents défenseurs du latin.

    Votre professeur.

     


     [1] Le Figaro du 1er juin 1960.