• Nativité de Saint Jean Baptiste

     La vocation de prêtre  

    La Nativité de saint Jean-Baptiste
    et la vocation de prêtre diocésain

    Is 49, 1-6 ; Ps 138 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-66.80

    La nativité de Saint Jean-Baptiste est une fête tout à fait exceptionnelle. Très souvent, la fête d’un saint coïncide avec son entrée au Paradis, c’est-à-dire avec sa naissance au Ciel…

    La philosophe juive Edith STEIN devenue carmélite sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix est restée fidèle au Seigneur jusque dans sa mort à Auschwitz le 9 août 1942 et c’est le 9 août que l’on célèbre sa fête. Jeanne JUGAN, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, est décédée à Saint-Pern le 28 ou le 29 août 1879 et, depuis sa canonisation en 2009, elle est fêtée le 30 août…

    Mais le 24 juin, nous ne fêtons pas saint Jean-Baptiste ni même sa naissance au Ciel. Nous fêtons sa nativité, sa naissance sur la Terre, c’est-à-dire que nous contemplons tout particulièrement la prévenance de Dieu, qui est venu nous rejoindre jusque dans notre histoire. En fêtant la nativité de Jean-Baptiste, nous redisons à Dieu que nous avons confiance en sa promesse. Dans l’histoire et dans notre histoire, nous lisons les signes du salut avant même qu’ils n’aient complètement fleuri et donné leurs fruits.

    Et pour nous qui sommes à la recherche de notre vocation, c’est important de faire un tel acte foi, selon ce que dit d’ailleurs l’épître aux Hébreux : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »[1]  Comme le dit saint Luc : « Dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : “Que sera donc cet enfant ?” En effet, la main du Seigneur était avec lui. »

    Pour nous qui nous sommes mis à la disposition du Seigneur, en cette fin d’année, il y a là une triple attitude de confiance :

    Première attitude de confiance : nous acceptons dans la foi de nous appliquer à nous-mêmes la vertu théologale d’espérance. Sont objet d’espérance non seulement Dieu lui-même et ses promesses de vie éternelle, mais encore ce que nous sommes nous-mêmes : nous pouvons, en tout humilité, crier avec le Psaume 138 : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. »[2]

    Deuxième attitude de confiance : ce cri du Psaume 138 demeure éminemment vrai, même quand le péché nous domine. C’est là précisément que va pouvoir naître une vraie humilité, qui brûlera notre péché. Et ce n’est pas étonnant que dans les récits de vocation, la confession du péché côtoie de près l’acceptation de l’appel de Dieu : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur »[3]dit Pierre au chapitre 5 de l’Evangile selon saint Luc.

    Et Isaïe disait : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Mais ce sera aussi la prise de conscience de saint Paul, au cœur de son ministère : « Cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu. »

    La troisième attitude de confiance qui nous est demandée, c’est de ne jamais nous résigner à la médiocrité ni à la tristesse du péché, mais d’accepter de devenir ce que nous sommes.

    Et l’indice de cette acceptation, c’est la joie et la paix, qui accompagnent toute décision vraie de conversion. Nous faisons alors une expérience qui fut le programme de vie de Jean-Baptiste : Dieu « achève en nous ce qu’il a commencé », lorsque, comme baptisés, ministres de l’Evangile, nous ne vivons pas en concurrence avec Jésus…

    Et parfois c’est ambigu, on aime bien être reconnu, admiré pour notre engagement… On nous invite à manger, on nous demande conseil, on nous donne en exemple… Tout cela n’est pas mauvais et je crois que sur le chemin du sacerdoce, cette confiance qui nous est faite, cette attente par rapport à nous est bonne. C’est un bon stimulant…

    Mais nous ne devons pas oublier qu’aller plus loin dans la ressemblance avec Jésus, c’est prendre modèle sur l’humilité de Jean-Baptiste c’est renoncer radicalement à faire de notre témoignage un quelconque faire-valoir. Il s’agit de trouver cette foi simple et désintéressée du témoin qui s’oublie lui-même et qui ne pense qu’à une chose : que soit connu et aimé celui dont il témoigne.…

    Et parfois cela peut être éprouvant : il faut aller jusqu’à considérer comme des amis, ceux que nous rencontrons en pastorale… Et ils sont nos amis, non pas d’abord et uniquement parce que, avec nous, humainement, le courant passe bien… mais parce que nous sommes ensemble disciples de Jésus…

    On a peut-être alors l’impression de ne pas être aimés pour nous-mêmes… Mais si nous cherchons à être aimés pour nous-mêmes, le risque est grand de considérer la pastorale comme le lieu du travail, avec des clients et des projets, et de réserver l’amitié pour le domaine privé, ce qui évidemment est un découpage très dangereux…

    Je me rappelle la question que nous nous étions posée en équipe de préparation au baptême, après plusieurs années de fonctionnement ensemble : « Est-ce que le gens que nous accueillons, nous les considérons comme des clients, à qui il faut expliquer comment cela fonctionne ou est-ce que nous les considérons comme des amis, des gens que nous serons heureux de mieux connaître et de saluer dans la rue ? »

    Pour devenir disciple de Jésus, à la manière de Jean-Baptiste, il faut être désarmé et détaché… afin d’entrer de plain-pied dans une fraternité vraie, qui est nécessaire à l’évangélisation… « Il faut qu’il croisse et que je diminue… »[4]

     

    [1] He 11,1

    [2] Ps 138, 13-14

    [3] Lc 5,8.

    [4] Jn 3,30