• Nos actes nous changent

     Se connaître pour grandir 

    Nos actes nous changent

     

    Le désir d’avancer dans la vie spirituelle est un bon désir… Mais nous savons aussi que les écueils sont nombreux et que notre cœur est parfois plus compliqué que nous ne le croyons. Derrière une bonne résolution, il peut y avoir des ambiguïtés ou des éléments dont nous n’avons pas conscience et qui ne permettront pas de la mettre en œuvre. 

    En d’autres termes, il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions, il convient aussi d’être au clair sur le type de combat que nous engageons quand nous prenons une décision. Et, à la suite d’Yves de MONTCHEUIL, je voudrais vous proposer quelques réflexions toutes simples : comment nos actes nous orientent-ils vers la vertu ou vers le vice ?[1]

    Ce n’est pas assez de dire que nos actes expriment ce que nous sommes ou ce que nous désirons. Il faut dire que nos actes nous changent. Et cela est vrai pour le bien comme pour le mal. Les actes que nous posons transforment notre manière de juger et de penser… Si on regarde du côté du vice et de la dépendance, Saint Augustin dirait que les actes mauvais que nous posons obscurcissent notre jugement… Le bien devient alors moins lumineux pour nous, notre jugement s’obscurcit et la volonté d’accomplir le bien, déjà blessée, en pâtit encore. On peut facilement s’en rendre compte. Pensons par exemple à une personne dépendante de l’alcool ou de la pornographie, ou tout simplement à la paresse ou la critique qui nous guettent tous.

    Si la personne se dit : « J’irai jusque-là, pas plus loin! », elle se donne déjà une bonne raison pour faire un premier pas, mais rien ne l’assure finalement qu’elle aura la force de ne pas en faire un deuxième. Car l’acte posé tend alors à créer une habitude qui rend plus difficile le bien qui est devant nous, et que nous voudrions faire.

    Plus fondamentalement, nous ne pouvons pas savoir si nous jugerons encore de la même manière après l’acte, et si ce qui nous paraissait mauvais et à bannir ne nous paraîtra pas bon et désirable. On s’est engagé dans un engrenage dont on ne peut pas dire exactement jusqu’où il peut nous mener. D’une certaine façon, on n’est pas tout à fait le même après l’acte et avant. Et c’est pour cela d’ailleurs que le sacrement de réconciliation est un sacrement de re-création. Comme le Malin est malin, c’est souvent de façon insensible que l’on glisse vers des péchés de plus en plus graves. 

     Inversement, dans la vertu que je vise, c’est souvent aussi par des petits combats qui n’ont l’air de rien que je me prépare à une vie édifiée selon la sainteté de Dieu. Et voilà que chaque petit progrès clarifie mon regard et me rend plus clair ce qu’il y avait de sombre dans mon péché d’avant. En ce sens, la connaissance du péché est une révélation, qui se produit dans la mesure où, avec le secours de la grâce de Dieu, nous sommes libérés de ces actes qui aliènent notre liberté.

    Saint Augustin, encore lui, parlant des mœurs dépravées de son époque disait : « Ils ont honte d’avoir honte… » et il fait mention du vol des poires, au livre II des Confessions : « Ma difformité même, je l’ai aimée ! Âme souillée, détachée de votre appui pour sa ruine, n’ayant dans la honte d’autre appétit que la honte ! »[2] Quand on est rendu là, on ne connaît pas encore ou on ne connaît plus du tout son péché… D’ailleurs, ce n’est pas le pécheur qui connaît le péché, c’est bien plutôt le pécheur pardonné, le sanctifié, celui qui a accueilli le pardon et la lumière de Dieu.

    Dans ces conditions, le réalisme de la vie spirituelle consiste bien souvent à discerner les petites choses qui nous font glisser vers le mal ou monter vers le bien. L’héroïsme des vertus est un héroïsme la plupart du temps caché qui s’exprime et se construit dans les petites choses. Et la résolution que je prends aujourd’hui par rapport à tel ou tel point va se heurter à ce jeu subtil où il me faut discerner les esprits qui m’habitent. Il est bon alors d’ouvrir son cœur à quelqu’un d’autre pour se faire aider.


    [1] cf. Yves de MONTCHEUIL, Problèmes de vie spirituelle, Paris, DDB, collection Christus n°92, 8ème édition, 2006, 283 pages, p.123-127.

    [2] Conf II, 9, 17.

     

     

     

    Luc MEYER