• Nouvelle évangélisation

     La Nouvelle Evangélisation 

        Un nouveau dicastère…

    …pour la Nouvelle Evangélisation

    Lecture spirituelle au séminaire Saint-Jean, 14 février 2011

    Vous le savez sans doute, le Saint-Siège a rendu public le 12 octobre 2010 une lettre apostolique en forme de motu proprio Ubicumque et semper de Benoît XVI, par lequel celui-ci a institué le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Ce conseil a pour tâche d’animer l’annonce de l’Évangile, dans les pays sécularisés d’Europe. Le texte est signé du 21 Septembre 2010, fête de saint Matthieu, apôtre et évangéliste. Il est actuellement présidé par Mgr Rino FISICHELLA[1].

    Je voudrais en quelques minutes situer ce nouveau dicastère dans le mouvement qui va de l’exhortation apostolique de Paul VI Evangelii Nuntiandi, en 1975, jusqu’à l’Exhortation apostolique de Jean-Paul II Ecclesia in Europa, en 2003, en passant par l’exhortation apostolique Christifideles laici, en 1988. 

    Il y a bien sûr d’abord la marque de Paul VI… Paul VI remarquait en 1975, que l’engagement de l’évangélisation « s’avère toujours plus nécessaire […], à cause des situations de déchristianisation fréquentes de nos jours, pour des multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent totalement en dehors de la vie chrétienne, pour des gens simples ayant une certaine foi mais connaissant mal les fondements de cette foi, pour des intellectuels qui sentent le besoin de connaître Jésus Christ sous une lumière autre que l’enseignement reçu dans leur enfance, et pour beaucoup d’autres» (Evangelii nuntiandi, n. 52). Paul VI rappelait que  l’action évangélisatrice de l’Eglise « doit chercher constamment les moyens et le langage adéquats pour leur proposer ou leur reproposer la révélation de Dieu et la foi en Jésus Christ. » (ibid., n. 56).

    Dans la création de ce nouveau dicastère, il y a aussi la marque de Jean-Paul II… Dans l’exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici, au §34, intitulé L'heure est venue d'entreprendre une nouvelle évangélisation, il disait : «  Actuellement l'indifférence religieuse et l'absence totale de signification qu'on attribue à Dieu, en face des problèmes graves de la vie, ne sont pas moins préoccupantes ni délétères que l'athéisme déclaré.

    La foi chrétienne, même lorsqu'elle survit en certaines de ses manifestations traditionnelles et rituelles, tend à être arrachée des moments les plus importants de l'existence, comme les moments de la naissance, de la souffrance et de la mort. De là vient que se posent forcément des questions et des énigmes terribles; elles restent sans réponse, et l'homme d'aujourd'hui se trouve exposé à la déception désespérée ou à la tentation de détruire la vie humaine elle-même, qui pose de tels problèmes. » 

    Et 15 ans plus tard, dans Ecclesia in Europa, au §9, le constat se faisait plus grave encore : « A la racine de la perte de l'espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l'homme comme « le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n'est pas l'homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l'homme. L'oubli de Dieu a conduit à l'abandon de l'homme », et c'est pourquoi, « dans ce contexte, il n'est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d'aborder la vie quotidienne ».16 La culture européenne donne l'impression d'une « apostasie silencieuse » de la part de l'homme comblé qui vit comme si Dieu n'existait pas. »[2]

    Voilà un constat assez noir et pourtant, il ne faut pas à mon sens se tromper sur l’esprit dans lequel le Saint Père a souhaité la création de ce nouveau dicastère. La devise de l’évêque Benoît XVI, c’est « cooperatores veritatis », coopérateurs de la vérité, et la spiritualité de Joseph RATZINGER, c’est une spiritualité de la joie, simple et purifiée, une joie discrète et sûre, qui est le fruit du travail de la vérité et qui emporte l’adhésion.

    Il y a 11 ans, comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Joseph RATZINGER avait fait une conférence sur la Nouvelle Evangélisation. C’était à l’occasion du Jubilé des Catéchistes, le 21 janvier 2000. Et déjà on sentait que pour lui, l’évangélisation nouvelle ne pourrait pas se concevoir comme une technique pastorale de reconquête. C’est toujours la personne de Jésus qui doit être au centre, la personne de Jésus qu’il faut aimer et annoncer : « La vie humaine, disait-il, ne se réalise pas d’elle-même. Notre vie est une question ouverte, un projet incomplet qu’il nous reste à achever et à réaliser. La question fondamentale de tout homme est : comment cela se réalise-t-il — devenir un homme ? Comment apprend-on l’art de vivre ? Quel est le chemin du bonheur ? Evangéliser signifie : montrer ce chemin — apprendre l’art de vivre. Jésus a dit au début de sa vie publique : “Je suis venu pour évangéliser les pauvres” (Lc 4, 18) ; ce qui signifie : j’ai la réponse à votre question fondamentale ; je vous montre le chemin de la vie, le chemin du bonheur – mieux : je suis ce chemin. La pauvreté la plus profonde est l’incapacité d’éprouver la joie, le dégoût de la vie, considérée comme absurde et contradictoire. Cette pauvreté est aujourd’hui très répandue, sous diverses formes, tant dans les sociétés matériellement riches que dans les pays pauvres. L’incapacité à la joie suppose et produit l’incapacité d’aimer, elle produit l’envie, l’avarice — tous les vices qui dévastent la vie des individus et du monde. C’est pourquoi nous avons besoin d’une nouvelle évangélisation — si l’art de vivre demeure inconnu, tout le reste ne fonctionne plus. Mais cet art n’est pas un objet de la science — cet art ne peut être communiqué que par celui qui a la vie — celui qui est l’Evangile en personne. »[3]

    Le motu proprio Ubicumque et semperqui institue le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, se situe à mon sens dans cette veine de la joie. « Les récentes mutations de la société ont des causes complexes, dit le Pape, enracinées dans le temps, qui ont profondément changé notre perception du monde. « On s'est vite rendu compte du désert intérieur qui naît là où l’homme, voulant fabriquer seul sa propre nature et son propre destin, se trouve privé de ce qui constitue le fondement de toute chose. » « Parler de “nouvelle évangélisation” ne signifie pas devoir élaborer une formule unique identique pour tous dans toutes les circonstances. « A la base de toute évangélisation, il n'y a aucun projet expansionniste, mais seulement le désir de partager le don inestimable que Dieu nous fait, celui de prendre part à sa vie même. »


    [1] - le Cardinal Christoph Schönborn (Autriche),
- le Cardinal Angelo Scola (Italie),
- le Cardinal Georg Pell (Australie),
- le Cardinal Josip Bozanic (Croatie),
- le Cardinal Marc Ouellet,
- le Cardinal Francisco Robles Ortega (Mexique),
- le Cardinal Odilo Pedro Scherer (Brésil),
- le Cardinal William Joseph Levada,
- le Cardinal Stanislaw Rylko,
- Mgr. Claudio Maria Celli,
- Mgr. Nikola Eterovic,
- Mgr. Pierre-Marie Carré (France),
- Mgr. Timothy Michael Dolan (USA),
- Mgr. Robert Zollitsch (Allemagne),
- Mgr. Bruno Forte (Italie),
- Mgr. André-Mutien Léonard (Belgique),
- Mgr. Adolfo González Montes (Espagne)
- et Mgr. Vincenzo Paglia (Italie).

    [2] JEAN-PAUL II, "Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa du Saint-Père Jean-Paul II aux évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées et à tous les fidèles laïcs sur Jésus-Christ vivant dans l'Eglise, source d'espérance pour l'Europe".

    [3] RATZINGER Joseph, La Nouvelle évangélisation, Conférence lors du Jubilé des Catéchistes (Dimanche 10 décembre 2000 ), in La Documentation Catholique, 21 janvier 2001 n°2240, p.91-95.

     

     

     

    Luc MEYER