• Pardon lecture spirituelle

     Le sacrement du Pardon 

    Contrition, confession, satisfaction et absolution

    Lecture spirituelle au séminaire Saint-Jean, 5 décembre 2011


    Si nous savons vivre et prier en communion avec l’Eglise… 
    les temps liturgiques colorent en quelque sorte notre vie spirituelle… Je crois que c’est vrai aussi pour la façon dont nous pouvons vivre le sacrement du pardon… Nous ne vivons pas ce sacrement de la même façon pendant le Carême et pendant l’Avent… pendant le temps pascal et pendant le temps ordinaire… à l’occasion d’un pèlerinage ou régulièrement quand nous rencontrons notre accompagnateur spirituel… 

    Si nous entrons véritablement dans l’esprit de l’Avent, le geste de conversion que nous sommes invités à faire est en quelque sorte modelé par la prière de l’Eglise… Et pendant ce temps de l’Avent, nous sommes en communion avec « le peuple qui marchait dans les ténèbres » et qui « a vu se lever une grande lumière… » Nous sommes en communion avec la Vierge Marie, qui accueillit la promesse de l’Ange et qui s’est oubliée elle-même pour partir rendre service à sa cousine Elisabeth… Nous sommes en communion avec les peuples qui aujourd’hui encore attendent une libération et souffrent sous le joug de l’occupant. Nous sommes en communion avec ceux qui attendent une naissance, un être nouveau qui leur est donné… que ce soit un enfant, leur enfant ou que ce soit l’enfant qui sommeille en eux que Jésus appelle « Lazare, sors de ton tombeau ! » Alors pour nous qui sommes appelés à être des hommes de la réconciliation, le sacrement du pardon, comment le vivre ? Le sacrement du pardon, comment le comprendre ? La sacrement du pardon, comment en cultiver le goût et le désir pour nous-mêmes et pour les autres…

    Les orientations doctrinales et pastorales du Rituel de la Pénitence et de la Réconciliation rappellent très naturellement les 4 éléments essentiels de la pénitence : la contrition, la confession, la satisfaction et l’absolution.

    1. Il est dit que c’est de la contrition intérieure que dépend la vérité de la pénitence. « Nous ne pouvons accéder au Royaume du Christ que par la métanoia, c’est-à-dire le changement intérieur de l’homme tout entier selon lequel il se met à évaluer, à juger et à régler sa vie en étant touché par la sainteté et la charité de Dieu qui aux derniers temps se sont manifestées dans son Fils et nous ont été pleinement accordées. »[1] 

    2. La confession explicite des fautes que nous avons commises et dont nous avons conscience fait partie du sacrement de pénitence. Ce qui est premier, et par quoi nous pouvons nommer nos fautes comme des péchés, c’est bien sûr la miséricorde et la fidélité de Dieu, qui sont toujours premières. Cela nous évite de nous centrer sur nos fautes. Car notre vie spirituelle n’est pas organisée autour du péché ni même de la lutte contre le péché. Le centre de notre vie spirituelle, c’est le Christ ressuscité et vivant qui nous libère du péché. 2 Tm 2, 11-13 : « Voici une parole sûre :Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même. » Le rituel nous invite à « confesser l’amour de Dieu en même temps que notre péché. Cette confession ne saurait se réduire à la seule accusation des péchés, » qui nous centrerait trop sur nous-mêmes… « Selon la tradition la plus ancienne de l’Eglise, cet acte intègre dans une même démarche confession de foi, confession des péchés et action de grâce. Pénitent et ministre confessent ensemble l’amour de Dieu à l’œuvre en ceux qui reviennent à lui. »

    3. La satisfaction. Qui dit conversion véritable dit « changement de vie et réparation des dommages causés. Le genre et l’amplitude de la satisfaction seront adaptés à chaque pénitent. » Mais c’est bon, si j’ose dire, de se prêter avec humilité et simplicité à cette pénitence qui nous est demandée. « Quand on se confesse fréquemment, pour éviter que toutes nos confessions soient identiques et pour que notre conversion soit réelle et efficace, il est nécessaire de prendre une résolution, un point précis sur lequel on va porter son effort de conversion. [En préparant] la confession suivante, on sera attentif aux manquements que l’on a constatés sur ce point précis et ensuite pour toutes les autres fautes volontaires dont on est conscient au moment où l’on se confesse. Si on ne prend pas un point précis, on reste dans le vague et on ne progresse pas. »[2] Il ne s’agit pas de confesser son caractère mais des pensées, des paroles, des actions et des omissions… Ce point me paraît très important. C’est l’occasion de réparer le mal qu’on a fait et aussi de croître dans une vie chrétienne plus authentique. 

    4. L’absolution… maintenant. Quand nous l’entendons prononcée sur nous ou quand nous-mêmes nous la donnons, c’est l’événement d’une présence nouvelle qui se réalise : « La bienveillance de Dieu notre Sauveur est apparue aux hommes de façon visible[3] et c’est par des signes que Dieu a scellé son Alliance et la renouvelle lorsqu’elle a été rompue. Par le sacrement de Pénitence, le Père accueille son fils qui revient vers lui, le Christ prend sur ses épaules la brebis égarée, l’Esprit Saint sanctifie de nouveau son temple ou y habite plus pleinement… »[4] « Si donc quelqu’un est dans le Christ, dit la 2ème aux Corinthiens, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. »[5]

    Cet appel a été profondément relayé par le 6ème Synode des évêques réunis à Rome pour le 1950ème anniversaire de la Rédemption en 1983, et qui a donné naissance à l’exhortation apostolique Reconciliatio et Pænitentia, Réconciliation et pénitence, publiée par le Pape Jean-Paul II, il y a exactement 27 ans, le 2 décembre 1984 : « Enfin, une dernière considération me tient à cœur. Elle nous concerne tous, nous prêtres, qui sommes ministres du sacrement de Pénitence, mais qui sommes aussi - et qui devons être - ses bénéficiaires. La vie spirituelle et pastorale du prêtre, comme celle de ses frères laïcs et religieux, dépend, pour sa qualité et sa ferveur, de la pratique personnelle, assidue et consciencieuse, du sacrement de Pénitence. La célébration de l'Eucharistie et le ministère des autres sacrements, le zèle pastoral, les relations avec les fidèles, la communion avec ses frères prêtres, la collaboration avec l'évêque, la vie de prière, en un mot toute la vie sacerdotale subit un déclin inévitable si lui-même, par négligence ou pour tout autre motif, ne recourt pas, de façon régulière et avec une foi et une piété authentiques, au sacrement de Pénitence. Chez un prêtre qui ne se confesserait plus ou se confesserait mal, son être sacerdotal et son action sacerdotale s'en ressentiraient vite, et la communauté elle-même dont il est le pasteur ne manquerait pas de s'en rendre compte. »[6]


    [1] p.15.

    [2] Henri CALDERI, Pardon, source de vie - Pourquoi et comment se confesser, Paris, Saint-Paul, 1992, 79 pages, p.54.

    [3] Tt 3,4-5

    [4] p.16

    [5] 2 Co 5, 17-20.

    [6] JEAN-PAUL II, Réconciliation et Pénitence, exhortation apostolique "Réconcliatio et Pænitentia", 2 décembre 1984, Téqui, Paris, 1984 : §31, VI.