• Prêtres et laïcs

     Laïcs et ministres ordonnés 

    Prêtres et laïcs,

     selon la grâce propre des Foyers de Charité :

    Quelques points à cultiver en paroisse.

     

     

     «Pour la gloire de Dieu et le salut du monde…» Cette phrase, c'est l'assemblée des fidèles qui la prononce, au cœur de l'Eucharistie. Nous prions ensemble, nous offrons le sacrifice de toute l'Eglise «pour la gloire de Dieu et le salut du monde». Mais quelle est cette gloire de Dieu à laquelle aspirent tout à la fois le prêtre et les fidèles ? 

    La gloire de Dieu, c'est le rayonnement de son amour. Lumineux comme le soleil en plein midi. Chaleureux comme le foyer d'une bonne cheminée… Une lumière froide nous laisserait transis. Une chaleur aveugle nous laisserait désorientés. Evangéliser, c'est donner la lumière et la chaleur. Pas la lumière sans la chaleur… C'est une nécessité dans un monde aigri ou blasé ; une urgence pour qui veut aimer et faire aimer Jésus. Le Père FINET ne disait-il pas : «La vérité sans la charité raidit, la charité sans la vérité pourrit…» ?

    Car l'Esprit Saint est un feu qui nous brûle d'amour à l'intérieur. C'est une lumière qui éclaire le sens de notre vie. Cette lumière chaleureuse, c'est la vie du Christ en nous. Elle se modèle sur la joie du Fils unique qui exulte dans la motion de l'Esprit Saint. Mais elle prend sa source dans sa passion… Jésus s'est offert au Père, dans la plus grande déréliction, mais sans jamais cesser d'aimer. Son expérience de l'abandon l'a rendu proche de tout homme qui se trouve loin de Dieu. Mais il a vécu cela dans l'amour… Et voilà que le sentiment d'être abandonné du Père s'est transformé en expérience de s'abandonner au Père. «Entre tes mains, je remets mon esprit…»

    Notre sœur Marthe a vécu cet abandon du Fils. En elle, la passion de Jésus nous devient si proche… Plus dramatique et plus amoureuse à la fois. Chaque eucharistie nous fait entrer dans cet abandon amoureux de Jésus, dont Marthe fut une icône vivante pendant 53 ans. Que de souffrances et de désirs sont rassemblés chaque dimanche, comme ils l'étaient dans le cœur de Jésus à Gethsémani, comme ils le furent dans la chambre de Marthe : deuils, maladies, incompréhensions, séparations, péchés de toutes sortes, lassitude pour les choses de Dieu… Tout cela est offert dans l'Eucharistie. Tout cela est pris dans le retour du Fils vers le Père. Et notre prière paroissiale monte, humble et discrète. Bien souvent on voit une transfiguration s'opérer au cours de la messe. Jésus est là qui rejoint son peuple et le soutient dans sa marche. Des visages s'éclairent ; une joie intérieure naît ou renaît discrètement. On sort avec l'envie d'aller porter la joie de Jésus à ceux qui ne sont pas venus… Au cœur de notre aventure chrétienne, il y a toujours un moment où la face sombre et ténébreuse du sacrifice révèle cette face glorieuse ; il y a toujours un moment où nos évidences s'inversent.

    Le sacrement de l'ordre est cette grâce de conversion et d'édification donnée pour la vie de l'Eglise. Mais comment peut-elle donner toute sa mesure sans être vécue en même temps comme une grâce de l'Eglise ? Il me semble que les Foyers de lumière, de charité et d'amour dont Marthe a rêvé pour l'Eglise rappellent deux choses à nos paroisses et leur en offrent une troisième.

    Tout d'abord, on est prêtre pour le Peuple de Dieu et avec le Peuple de Dieu. Dans une retraite - l'avez-vous remarqué ? -, il y a toujours un moment où les retraitants sont beaux à voir : quand on sent que la grâce de Dieu les a travaillés, que des choses se sont dénouées, qu'une présence nouvelle les a habités… Mais comment ce miracle s'opère-t-il ?… La Parole prêchée par le prédicateur est d'abord vécue par la communauté. Et c'est parce qu'elle est un foyer de charité que la lumière de la Parole éclaire chaleureusement le cœur du retraitant. La communauté joue ici son rôle maternel. Elle peut devenir la matrice où renaît une âme dévitalisée. Le Foyer est alors bien une communauté mariale où sont enfantés ou ré-enfantés des nouveau-nés du Père. La vie fraternelle des personnes laïques, qui est comme l'âme du Foyer, ouvre la voie à une maternité humble et généreuse, qui permet l'exercice d'une authentique paternité. D'une certaine façon, les membres du Foyers aident les prêtres à être prêtres ou plutôt - pour ne pas centrer les choses sur la personne du prêtre -, on peut dire : ils «aident» la grâce du sacerdoce à se vivre et à se donner par lui, à travers eux, dans le visage concret d'une communauté qui rayonne de la gloire de Dieu. …Voilà un beau projet pastoral pour une paroisse : parole prêchée, parole reçue… mais aussi parole visible, tangible, vécue. 

    L'expérience spirituelle des membres des Foyers nous rappelle d'autre part que le statut de laïcs vaut en lui-même et qu'il est profondément chrétien et pascal. A la suite de Marthe, qui était laïque, chacun est invité à suivre Jésus dans son «baptême». Et quand Jésus parle de son «baptême», il parle de sa mort et de sa résurrection. Baptisés dans sa mort, c'est pour la Vie que nous ressuscitons. Et sa Vie suffit à remplir notre vie. Dans un Foyer, le travail de charité de la communauté est un travail d'enfantement. Ce combat des enfants de la lumière est vécu en sympathie avec le travail intérieur vécu par le retraitant. Rester laïc, c'est choisir de devenir toujours plus laïc, c'est-à-dire membre du peuple de Dieu, uni chaque jour davantage à l'œuvre de Rédemption de Jésus pour le monde. Qu'y a-t-il de plus grand, de plus beau ? Pour nous qui sommes en pèlerinage sur la terre, rester et devenir laïc, c'est un engagement à mains nues, dans la simplicité évangélique d'une communauté portée par la grâce sacerdotale. C'est vrai dans un Foyer de Charité. Cela doit l'être a fortiori dans une paroisse. Au cœur de la vie séculière, l'apostolat des laïcs, nourri de la grâce baptismale, doit mener son combat avec les armes des enfants de la lumière : vérité humble, charité inventive, prière confiante et vie fraternelle. Le prêtre est au service de cette qualité de vie communautaire. 

    La troisième chose enfin, que nous offrent les Foyers de Charité, c'est un lieu privilégié où des personnes peuvent se ressourcer, à distance de la paroisse. Et ce n'est pas anodin. Bien souvent, dans l'urgence qui est la nôtre en paroisse, nous colmatons les brèches, nous embauchons à tour de bras et nous risquons de presser les personnes comme des citrons, sans penser que la sève qui coule en eux a une source, sans penser qu'elles ne sont pas forcément préparées à vivre les aridités pastorales qu'elles découvrent. Nous leur rappelons qu'il est bon de s'arrêter pour un temps de retraite, mais quel accompagnement leur proposons-nous concrètement ? Tout n'est pas possible ni souhaitable. Les proches collaborateurs des prêtres, notamment, doivent chercher ailleurs ce soutien indispensable. Car en ce domaine, une saine distance est nécessaire ; une trop grande proximité pourrait induire une fâcheuse confusion entre le for interne et le for externe. Ne l'oublions pas : l'Eglise n'est pas notre Eglise, c'est l'Eglise du Christ, son Corps à lui. Prenons-en soin.

     

    (Revue L'Alouette, n°238, Décembre 2006, p.20-25)

     

    Luc MEYER