• Saint André

     Autres figures de sainteté 

    NANTES, Séminaire Saint-Jean, Mardi 30 novembre 2010

    Rm 10, 9-18 ; Ps 18(19) ; Mt 4, 18-22

    Homélie pour la fête de Saint André.

    C’est une belle figure de l’Evangile qu’il nous est donné de fêter aujourd’hui : Saint André, le frère de Saint Pierre.[1] Aujourd’hui, en saint Matthieu, Jésus les appelle tous les deux en même temps. Mais dans l’Evangile selon saint Jean[2], c’est André qui fait connaître Jésus à son frère Simon. Et quand il le fait, il a déjà passé une journée complète avec Jésus, en compagnie d’un autre disciple de Jean-Baptiste…

    Saint Jean et saint Matthieu nous décrivent chacun un disciple fidèle et discret, un disciple qui sait s’effacer devant son frère, et plus encore être un médiateur de sa relation avec Jésus… D’ailleurs, on ne sait pas grand-chose de Saint André qui pourtant est honoré dans la liturgie de l’Eglise byzantine sous le nom de « Protóklitos », c’est-à-dire « appelé en premier… » Nous savons cependant que c’est lui, avec d’autres disciples, qui interroge Jésus quand il annonce la destruction du Temple.[3] « Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe que tout cela va finir. » C’est André qui signale au Seigneur la présence de cet enfant avec cinq pains et deux poissons.[4] Enfin, c’est lui, avec Philippe, qui intervient auprès de Jésus en faveur d’un groupe de Grecs qui veulent le voir.[5]

    André ne ramène rien à lui… Il est heureux que Jésus soit aimé pour lui-même et que lui, simple témoin, soit facilement oublié. Comme si la voie d’abaissement que le Fils a connue dans l’incarnation, il fallait qu’elle devienne aussi celle des futurs témoins de sa résurrection… Et parfois c’est délicat pour nous, prêtres ou séminaristes… On aime bien être reconnu, admiré ou du moins encouragé dans notre engagement… On nous invite à manger, on nous demande conseil, on nous donne en exemple… Tout cela n’est pas mauvais et je crois que sur le chemin du sacerdoce, cette confiance qui nous est faite, cette attente qui s’exprime est bonne. C’est un bon stimulant… 

    Mais pour aller plus loin dans la ressemblance avec Jésus, nous pouvons prendre modèle sur l’humilité et la discrétion de saint André. On n’est pas témoin de soi-même… On est témoin d’un autre… On se fait petit pour témoigner… à tel point que parfois on nous oublie… Et c’est bien !… Souvent, les gens ne se rappellent plus trop avec qui ils ont vécu ceci ou cela, mais ils se rappellent avoir éprouvé la présence du Christ dans leur vie.

    Et c’est tellement mieux, une présence discrète qui ouvre la relation avec un autre ! Je me rappelle quand j’étais professeur à l’école d’application de Tours… J’ai débarqué dans une ville que je ne connaissais pas… et très vite j’ai rencontré quelqu’un qui s’appelle Frédéric et qui a un vrai charisme : il aime mettre les gens en relation les uns avec les autres et cela le rend heureux… Avec le recul, j’ai pu prendre la mesure du détachement et de la simplicité qu’il lui fallait pour servir de précurseur de la relation et savoir s’effacer au bon moment pour laisser l’autre exister… Alors peut-être on a l’impression de ne pas être aimés pour nous-mêmes… Mais si nous cherchons à être aimés pour nous-mêmes, le risque est grand de considérer la pastorale comme le lieu du travail, avec des clients et des projets et de circonscrire l’amitié vraie dans le domaine privé…

    Il y a là sans doute un combat à mener contre nous-même… Et parfois cela peut être éprouvant : car il faut aller jusqu’à considérer comme de vrais amis, ceux que nous rencontrons en pastorale… Et ils sont nos amis, pas d’abord et uniquement parce que, avec nous, humainement, le courant passe bien… mais parce que nous sommes ensemble disciples de Jésus… Et si un jour Jésus nous a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis… »[6] il s’agit qu’eux aussi, à travers nous, puissent en faire l’expérience.

    C’est peut-être cet appel pressant qui déjà aiguillonnait saint André et saint Pierre : « Venez derrière moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. »                  Amen.

     

    [1] Tous deux sont originaires de Bethsaïde.

    [2] Jn 1, 35-42 : « 35 Le lendemain, Jean Baptiste se trouvait de nouveau avec deux de ses disciples. 36 Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu. » 37 Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. 38 Celui-ci se retourna, vit qu'ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (c'est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? » 39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils l'accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était vers quatre heures du soir. 40 André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. 41 Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ). 42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre). »

    [3] Mc 13,3.

    [4] Jn 6,9.

    [5] cf. Jn 12,20-22 : « Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : "Seigneur, nous voulons voir Jésus." Philippe vient le dire à André ; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. »

    [6] Cf. Jn 15,15