• Saint Dominique

     Autres figures de sainteté 

    CHALLES-LES-EAUX, Notre-Dame de Clarté, Vendredi 8 août 2003

     Is 52, 7-10 ; Ps 95(96) ; 2 Tm 4, 1-8 ; Mt 28, 16-20.

    Homélie pour la fête de Saint Dominique.

    "Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle, qui annonce le salut, celui qui vient dire à la cité sainte : "Il est roi, ton Dieu!" Écoutez la voix des guetteurs, leur appel retentit, c'est un seul cri de joie ; ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la force divine de son bras aux yeux de toutes les nations. Et, d'un bout à l'autre de la terre, elles verront le salut de notre Dieu !" (Is 52, 7-10)

    La première lecture nous plonge en plein coeur du Livre de la Consolation d'Israël, juste avant le 4ème chant du serviteur, que nous lisons le vendredi saint à l'Office de la Croix. Voilà un texte qui nous redit qu'avant que nous cherchions le Seigneur, c'est le Seigneur lui-même qui vient à notre rencontre… Le Messager de la Bonne Nouvelle franchit les montagnes et accourt vers la ville… il se montre aux guetteurs, qui se réjouissent de sa venue… il vient parler de Dieu et de la paix de Dieu.

    A travers lui, c'est déjà Dieu qui est présent… c'est aussi cela que nous fêtons aujourd'hui : pas le charisme personnel de Dominique mais le fait qu'à travers lui, le Seigneur de vérité, le Roi de Paix et l'Esprit de conversion ont été présents pour ceux qui l'ont rencontré…

    Et nous pouvons faire le parallèle avec le Cantique des Cantiques, où l'épouse sort de chez elle, à la recherche de son époux. Elle parcourt la ville sans le rencontrer, elle rencontre les gardes, qui ne l'ont pas vu, elle continue sa course et à peine les a-t-elle dépassés, elle rencontre son Seigneur… Ce soir, il nous est donné de contempler la prévenance de Dieu qui vient à nous : c'est la grâce de la prédication, mais c'est toujours une oeuvre en lien avec la Croix du Christ… Le messager qui annonce la paix, n'est-ce pas lui que nous voyons, quelques versets plus tard, chargé de nos souffrances et portant nos douleurs ? 

    Saint Dominique a été un grand passionné de la Croix du Christ, aux deux sens du terme. Il en a manifesté la vérité aux yeux des albigeois. Mais au lieu d'être un donneur de leçons, saint Dominique était un homme sympathique. Il entrait en sympathie avec la personne hérétique ; il la rejoignait sur son terrain et savait discerner les désirs bons qu'il y avait en elle. Il comprenait l'idéal de ce que les hérétiques appelaient le "bon homme" et il savait parler le langage des hérétiques avec les hérétiques. En ce sens, Dominique était un prédicateur redoutable… Tout sauf un marchand de paroles. Proclamer la Parole, intervenir à temps et à contretemps, c'était déjà, pour lui être offert en sacrifice, comme Jésus, comme saint Paul.

    Dénoncer, faire des reproches, encourager c'était chez lui un seul et même geste. Les encouragements n'étaient pas réservés aux convertis tandis que les reproches auraient été réservés aux hérétiques. Là encore les deux se mêlaient : la personne hérétique a besoin d'encouragements pour se convertir… Il ne s'agit pas tant d'éradiquer l'hérésie que de convertir la personne hérétique. Et il y a bien là un enjeu fondamental de charité, au moment même où l'on proclame la vérité. Se faire proche de celui qui est loin, se faire présent là où l'erreur finirait par diluer la présence de Dieu, porter la lumière sans que sa luminosité éblouisse ou rende aveugle, vivre la charité sans que le compromis se transforme en compromission, Saint Dominique a puisé dans l'Evangile la force de sa douceur et la douceur de sa force.

    Et l'on trouve dans l'Evangile de ce soir un élément très discret où Matthieu nous dit comment Jésus répond aux doutes des disciples… "Certains eurent des doutes…" et Jésus s'approcha d'eux… Saint Dominique s'est approché des hérétiques : qu'il nous donne aussi de savoir nous faire proches de ceux que nous rencontrons. Amen.