• Saint Jacques

     Autres figures de sainteté 

    PONTMAIN, Basilique Notre-Dame-de-la-prière, Mardi 25 juillet 2000

    2 Co 4,7-15 ; Ps 125 (126) ; Mt 20, 20-28.

    Homélie pour la fête de Saint Jacques

    On dit que les mamans ont toujours le sens pratique et un brin d'ambition pour leurs enfants : la maman de Jacques et de Jean nous en donne ce matin un exemple magistral : "Ordonne que mes deux fils siègent l'un à ta droite et l'autre à ta gauche !" Rien que ça. Il y a de l'arrivisme dans l'air. Et ça fait scandale - on le comprend - chez les autres apôtres ! "Et nous, quelle place aurons-nous ?…"

    Mais on se tromperait si on s'arrêtait là. Derrière la demande naïve de cette maman, il y a quelque chose de positif : son ambition. Oui, son ambition. Car c'est bien d'être ambitieux spirituellement. C'est bien d'avoir de grands désirs. C'est bien de désirer ardemment et sincèrement devenir un grand saint ou une grande sainte. Pas pour être meilleur que les autres. Pas pour avoir une meilleure place que les autres, mais tout simplement pour ressembler plus à Jésus. Et il y a cette flamme chez les fils de Zébédée et leur maman prévoyante !

    Nous ne sommes pas appelés à vivoter spirituellement : nous sommes appelés à devenir des saints. C'est pour cela que le Pape canonise beaucoup de saints aujourd'hui : c'est pour nous donner des exemples proches de nous.

    La sainteté n'est pas réservée aux saints du calendrier : elle est pour chacun de nous. C'est un chemin de joie et de paix : alors autant nous y engager tout de suite ! Si nous sommes à PONTMAIN ce matin, si nous sommes venus près de Marie, c'est bien que quelque part nous portons ce désir.

    Mais ce désir, parfois, nous fait peur : qu'est-ce qui va m'arriver si jamais je prie trop ? qu'est-ce qui va nous arriver si on se met à prier en famille ? qu'est-ce qui va m'arriver si je demande à recevoir le sacrement de la réconciliation ? qu'est-ce qui va m'arriver si jamais j'aime trop le bon Dieu ? Peut-être qu'il va me demander des choses que je n'ai pas du tout envie de faire ? Peut-être qu'il va m'inviter à une conversion radicale sur tel ou tel point de ma vie ? Est-ce que j'aurai la force ? Est-ce que j'aime assez le Seigneur pour changer ?

    Alors, finalement, on est bien content de l'erreur de Madame Zébédée. Et on se dit que si on a un simple strapontin au Paradis, ce sera bien suffisant et ça coûtera moins cher… On appelle cela de l'humilité. Est-ce si sûr ?… Jésus, pour sa part, aime la fougue de la famille Zébédée. Il sait combien Jacques et Jean sont proches de lui. Ce sont des intimes. Il les prend souvent à part avec Pierre : pensons à la résurrection de la fille de Jaïre (Lc 8,51) ou bien à la Transfiguration (Lc 9,28) ou encore à l'agonie au Jardin des Oliviers (Mc 14,33).

    Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus vient d'annoncer pour la troisième fois sa passion. Et la mère de Jacques et de Jean - c'est là son erreur - n'a retenu que le dernier mot de cette annonce : “il ressuscitera”, "il se relèvera", "il sera vainqueur"… Jésus nous rappelle ce matin que si nous voulons vivre de sa vie, il nous faut accepter de mourir avec lui : "Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ?"

    C'est bien ce que nous célébrons dans l’Eucharistie. C'est un mystère de don de soi : nous sommes rassemblés par Jésus qui s'est donné pour nous et notre eucharistie, notre action de grâce, notre ambition, c'est, chacun à notre place, de savoir nous abandonner, de nous donner, nous aussi, comme Jésus lui-même s'est donné.

    Alors oui, nous connaîtrons l'épreuve, mais c'est avec lui, et sans jamais être écrasés. Saint Paul nous dit que nous sommes des poteries sans valeur mais que nous portons en nous un trésor. Ce trésor, c'est l'esprit même de Jésus ressuscité, vivant en nous. Par l'eucharistie, nous devenons les écrins d'un Dieu qui vient habiter en nous. Par l'eucharistie, nous pouvons ressembler davantage à Marie. Marie a porté Jésus en elle. Elle a communié à ses souffrance et à sa résurrection.

     

    Aussi, ce matin, à PONTMAIN, nous pouvons contempler Marie et faire nôtre la prière de Thérèse de Lisieux :

                      O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse

                      Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant

                      Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :

                      Le trésor de la mère appartient à l'enfant

                      Et je suis ton enfant, ô ma mère chérie

                      Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?

                      Aussi lorsqu'en mon cœur descend la blanche Hostie

                      Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !…

     

    Amen.