• Saint Jean Baptiste

     Autres figures de sainteté 

    NANTES, Séminaire Saint-Jean, 24 juin 2013.

    Is 49, 1-6 ; Ps 138 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-66.80

    Homélie pour la Nativité de saint Jean-Baptiste

    Nous fêtons solennellement aujourd’hui la nativité de Saint Jean-Baptiste…

    C’est une fête tout à fait exceptionnelle. Très souvent, la fête d’un saint coïncide avec son entrée au Paradis, c’est-à-dire avec sa naissance au Ciel…

    Sainte Thérèse de Lisieux a quitté ce monde le 30 septembre 1897 au soir et nous la fêtons le 1er octobre… Le Bienheureux Basile MOREAU, fondateur de la congrégation de Sainte-Croix, a quitté ce monde le 20 janvier 1873 et depuis sa béatification en 2007, il est fêté le 20 janvier dans le diocèse du Mans… 

    Mais nous ne fêtons pas aujourd’hui saint Jean-Baptiste, ni même sa naissance au Ciel ; nous fêtons sa nativité, sa naissance sur la Terre c’est-à-dire que nous contemplons tout particulièrement la prévenance de Dieu qui est venu nous rejoindre jusque dans notre histoire. En fêtant la nativité de Jean-Baptiste, nous redisons à Dieu que nous avons confiance en sa promesse. Dans l’histoire et dans notre histoire, nous lisons les signes du salut avant même qu’ils n’aient complètement fleuri et donné leurs fruits.

    Et c’est important pour nous de faire un tel acte foi, selon ce que dit d’ailleurs l’épître aux Hébreux : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » (He 11,1) Comme le dit saint Luc, « dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : “Que sera donc cet enfant ?” En effet, la main du Seigneur était avec lui. »

    Pour nous qui nous sommes mis à la disposition du Seigneur, il y a là une triple attitude de confiance :

    Première attitude de confiance : nous acceptons dans la foi de nous appliquer à nous-mêmes la vertu théologale d’espérance. Sont objet d’espérance non seulement Dieu lui-même et ses promesses de vie éternelle, mais encore ce que nous sommes nous-mêmes : Et nous pouvons, en toute humilité, crier avec le Psaume 138 : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. »

    Deuxième attitude de confiance : ce cri du Psaume 138 demeure éminemment vrai, même quand le péché nous domine. Et c’est là précisément que va pouvoir naître une vraie humilité, qui brûlera notre péché… Ce n’est pas étonnant que dans les récits de vocation, la confession du péché côtoie de près l’acceptation de l’appel de Dieu : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur »[1], dit saint Pierre au chapitre 5 de l’Evangile selon saint Luc. Et Isaïe disait : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Mais ce sera aussi la prise de conscience de saint Paul, au cœur de son ministère : « Cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu. »

    Alors la troisième attitude de confiance qui nous est demandée, c’est de ne jamais nous résigner à la médiocrité ni à la tristesse du péché, mais d’accepter de devenir ce que nous sommes. Et l’indice de cette acceptation, c’est la joie et la paix, qui accompagnent toute décision vraie de conversion. Nous faisons alors une expérience qui fut le programme de vie de Jean-Baptiste : Dieu achève en nous ce qu’il a commencé, lorsque comme baptisés, ministres de l’Evangile, nous ne vivons pas en concurrence avec Jésus… « Il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3, 22-30)

    Jean-Baptiste ne vit pas comme une contrainte extérieure le fait que Jésus doit grandir et que lui, le Précurseur, il doit diminuer… Le « il faut » est une nécessité intérieure :  Jean-Baptiste sait que pour laisser toute la place à Jésus, il doit lui-même s’effacer… Pour rendre témoignage à Jésus jusqu’au bout, Jean-Baptiste ne peut pas s’attribuer la vaine gloire d’être « grand », parce que précurseur du Seigneur. La grandeur de Jean-Baptiste, c’est qu’il s’efface et qu’il consent à diminuer. C’est ainsi que son chemin se conforme à celui de Jésus. C’est ainsi qu’il ressemble déjà à Jésus et qu’il en est vraiment le précurseur.

    Et parfois, en nous, les choses sont ambiguës : nous aimons bien être reconnus, admirés pour notre engagement… Mais nous ne devons pas oublier qu’aller plus loin dans la ressemblance avec Jésus, c’est prendre modèle sur l’humilité de Jean-Baptiste, c’est renoncer radicalement à faire de notre témoignage un quelconque faire-valoir. Il nous faut trouver la simplicité du témoin qui s’oublie lui-même et qui ne pense qu’à une chose : que soit connu et aimé celui dont il témoigne…



    [1] Lc 5,8.