• Saint Thomas MORE

     Autres figures de sainteté 

    NANTES, Séminaire Saint-Jean, Vendredi 22 juin 2007

    Homélie pour la fête

    des Saints Thomas MORE et John FISHER

    Ce sont deux humanistes, deux savants remarquables dont nous faisons mémoire aujourd’hui : un laïc — Thomas MORE — et un évêque — John FISHER —, tous les deux épris de vérité et de fidélité tant à la couronne d’Angleterre qu’à la foi catholique.

    La scène se passe en Angleterre dans les années 1530. Elle illustre merveilleusement bien l’adage de l’Evangile que nous venons d’entendre : “Si ton oeil est vraiment clair, ton corps tout entier sera dans la lumière. “mais si ton oeil est mauvais, ton corps tout en entier sera plongé dans les ténèbres.” Il est des situations en effet où le compromis n’est plus possible et tournerait à la compromission. Le roi Henri VIII vient de répudier sa femme Catherine d’Aragon. Le Pape ne reconnaît pas la validité de son remariage avec Anne Boleyn. Aussi Henri VIII veut prendre le contrôle de l’Église en Angleterre. Il cherche, sinon des appuis diplomatiques ou politiques , du moins un forme de soutien ou de reconnaissance de la légitimité de ce qu’il fait.

    Thomas MORE et John FISHER refusent tout de deux donner leur caution morale à un tel projet. Par son intelligence et sa culture Thomas était devenu en 1529 le numéro deux du régime : Chancelier du Royaume. Il démissionne simplement en 1532, choisissant le silence et acceptant de supporter avec sa famille la pauvreté et l’abandon. Mais la conscience gauchie du roi ne s’accommode pas de ce silence accusateur. Le roi veut entraîner Thomas dans son errance… Il le fait emprisonner en 1534, et le soumet vainement à diverses formes de pression psychologique. Thomas refuse de prêter le serment qu’on lui demande. Au cours du procès intenté contre lui, il prononça une apologie passionnée de ses convictions sur l’indissolubilité du mariage, sur le respect du patrimoine juridique inspiré par les valeurs chrétiennes, sur la liberté, enfin, de l’Église face à l’État. Condamné par le Tribunal, il est décapité en 1535. Quant à John FISHER, le Pape eut beau le créer Cardinal alors qu’il était déjà emprisonné, rien n’y fit : il fut, lui aussi, décapité.

    La mauvaise conscience d’Henri VIII ne supportait pas la conscience souffrante mais vraie de John FISHER et de Thomas MORE. Dans L'Archipel du Goulag, Soljénitsyne, au coeur des pires années de l’empire soviétique, dira : “Pour faire le mal, l'homme doit auparavant le reconnaître comme un bien, ou comme un acte reconnu logique et compris comme tel. Telle est, par bonheur, la nature de l'homme qu'il lui faut chercher à JUSTIFIER ses actes. Les justifications de Macbeth étaient faibles et le remords se mit à le ronger.”[1]

    Tout cela est si vrai si important que le 31 octobre 2000, Le Pape Jean-Paul II a publié une une lettre apostolique en forme de motu proprio pour la proclamation de saint Thomas MORE comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques. Avec l’Evangile d’aujourd’hui, nous prions ce matin pour que les yeux des hommes politiques soient vraiment éclairés ne passant jamais du compromis - nécessaire à toute vie morale - à la compromission, qui est le poison de la vie sociale. Amen.

     

    [1] p.131.