• Sainte Marie-Madeleine

     Autres figures de sainteté 

    NANTES, Séminaire Saint-Jean, Lundi 9 mai 2011

    Ac 6,8-15 ; Ps 118(119) ; Jn 6,22-29.

    Homélie du lundi de la troisième semaine de Pâques

    Dans ces jours et ces semaines qui suivent la résurrection de Jésus nous sommes plongés dans la vie de l’Eglise après Pâques et l’on constate que le chemin des disciples est un chemin de configuration au Christ.

    Depuis Pâques en effet, les figures de Marie-Madeleine, de Saint Thomas et aussi des disciples d’Emmaüs hier encore nous ont accompagnés… Pour chacun d’eux, il a fallu renoncer à chercher Jésus là où justement à coup sûr il n’était plus — dans le tombeau — pour le découvrir qui venait à leur rencontre alors qu’ils ne le reconnaissaient pas… Et à plusieurs reprises, j’ai eu la joie pendant les vacances de voir combien les Chrétiens sont profondément renouvelés par cette expérience des premiers disciples dans laquelle eux aussi entrent volontiers… On ne peut pas croire en Jésus ressuscité, sans que notre vie elle-même en soit transfigurée… Ou plutôt, c’est la transfiguration passive de notre existence qui nous ouvre à la reconnaissance que c’est bien Jésus ressuscité qui est venu jusqu’à nous…

    Rappelez-vous Marie-Madeleine au tombeau : « On a enlevé le Seigneur mon maître, et je ne sais pas où on l’a mis. » Et elle se retourne et aperçoit Jésus, mais elle ne sait pas que c’est Jésus… Et Jésus pose la même question que les deux anges : « Pourquoi pleures-tu ? » puis cette autre question, qui restera sans réponse : « Qui cherches-tu ? » Et Marie-Madeleine reste encore sur sa première impression : de même qu’on a enlevé le Seigneur de son tombeau, elle se propose de l’enlever à nouveau… « Dis-moi où tu l'as mis, et moi, j'irai le reprendre.»

    Marie-Madeleine ne consent pas à « laisser partir » le Seigneur… à tel point qu’elle ne le reconnaît pas et le prend pour le gardien… Et c’est Jésus qui en quelque sorte reconnaît Marie-Madeleine, comme s’il fallait qu’il l’appelle une fois encore par son prénom pour la faire sortir d’elle-même et accéder à ce qu’elle est. Marie-Madeleine est la première à bénéficier d’une apparition de Jésus. Il lui apparaît pour lui confirmer la nécessité qu’il parte : mais c’est ainsi que Marie-Madeleine devient la première messagère de la résurrection. Il lui a fallu aller jusqu’au bout de la question qu’elle portait… pour découvrir que le Seigneur n’a été « mis » nulle part, mais que c’est lui qui « part »…

    Pour croire en la Résurrection, Marie-Madeleine doit renoncer à tenir Jésus, qui n’est pas encore monté vers le Père. Pour entrer dans le mystère de la Résurrection, Marie-Madeleine doit lâcher prise sur Jésus et consentir à ce qu’il lui échappe. Pour annoncer la Résurrection, Marie-Madeleine doit aller trouver les frères de Jésus et leur dire que Jésus monte vers le Père. Alors — oui — pour les premiers disciples, la Résurrection de Jésus est à la fois une épreuve, une joie et une expérience à partager…

    En préparant cette semaine de liturgie, l’un d’entre nous disait : « Le Christ est mort et ressuscité, mais on a l’impression qu’il y a toujours la même effervescence contre lui… » Oui, le vrai disciple doit passer par où Jésus, lui-même, est passé… Et cette semaine, les Actes des Apôtres nous font participer à cette épreuve et à cette joie : - C’est le procès d’Etienne aujourd’hui puis sa mort demain. - C’est Saul, qui sera converti par celui-là même qu’il persécute… Saul, qui va passer du clan des persécuteurs à la communauté des persécutés - C’est aussi Philippe, qui va cheminer avec l’Enuque éthiopien, lui ouvrir le sens des Ecriture et l’accompagner jusqu’au baptême… Et dans l’Evangile, c’est Jésus lui-même que nous suivrons cette semaine, aux prises avec l’incompréhension d’une foule qui semble pourtant le suivre… « Vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. » Le signe de la multiplication des pains était là pour leur faire entrevoir que Lui, Jésus, veut se donner lui-même à manger… Et voilà que la foule a perverti le sens du signe pour n’en garder que la jouissance matérielle… C’est bien de chercher Jésus, c’est bien de vouloir être rassasié par Jésus, mais c’est quoi, pour moi, suivre Jésus et travailler pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle ? Amen.