• Un coeur de pasteur

    Pour devenir prêtre, il faut modeler son cœur

    sur un cœur de pasteur.

    La communauté du séminaire St-Jean : quelques enjeux de la formation. 

    Revue La vie catholique n°30, 29 juillet - 4 août 2011

    Propos recueillis par Sandra Potié

     

    Le séminaire interdiocésain de Nantes regroupe combien de diocèses ?

    Le séminaire Saint-Jean de Nantes est le séminaire interdiocésain des Pays de La Loire, regroupant cinq diocèses : Angers, Laval, Le Mans, Luçon et Nantes.  Depuis la fin du Concile, le diocèse de Port-Louis envoie les séminaristes en formation à Nantes. Pendant un certain temps, le premier cycle se faisait à Angers et le deuxième à Nantes. Depuis 1996, les deux cycles sont regroupés à Nantes. Des séminaristes de Rodrigues, de Seychelles et de la Réunion y sont aussi envoyés.

    Quel est l’effectif actuel ?

    En septembre 2010, il y avait 36 séminaristes, accompagnés par une équipe de six Pères (dont un évêque) pour la formation, l’accompagnement et le discernement. Des professeurs extérieurs interviennent aussi au séminaire.

    Quel constat faites-vous de la situation du séminaire à Nantes ? Y a-t-il un changement ?

    Les effectifs se maintiennent, avec  une grande diversité d’âge. Cette année, en première année, le plus jeune avait vingt ans et le plus âgé cinquante-neuf. Un bon nombre ont plus de trente ans, mais je ne suis pas sûr que les écarts d’âge soient plus grands aujourd’hui  qu’il y a dix ou quinze ans. Il y a cinquante ans, on passait du petit au grand séminaire. Et on était souvent ordonné prêtre à 24 ou 25 ans. La moyenne d’âge des séminaristes aujourd’hui est constante : 27 ans environ. Et l’ordination est souvent vécue à plus de 30 ans.

    D’une part, il y a la variété des réalités diocésaines dont les séminaristes sont issus et d’autre part les sensibilités des séminaristes. Comment articulez-vous l’unité de la formation ?

    Le séminaire est une communauté de foi, d’espérance et de charité où les séminaristes sont envoyés en mission par leurs évêques pour se former et discerner. Diversité d’âge, d’expérience et de sensibilité : tout cela contribue à enrichir la formation au séminaire. Le séminaire reflète la diversité de nos églises diocésaines. Et c’est très bien !

    En quoi consiste votre formation ?

    On distingue quatre dimensions – quatre piliers – de la formation : humaine , spirituelle, intellectuelle et pastorale.

    La formation humaine gravite beaucoup autour de la vie communautaire. On vit beaucoup de choses ensemble : la prière, les repas, le travail, le sport, la préparation de la liturgie, des temps de retraite… Bref, nous nous portons les uns les autres. Au sein de cette vie communautaire, il y a une expérience spirituelle forte : une expérience de communion dans l’Esprit Saint. La présence de l’autre, son visage, son sourire, sa bonne ou mauvaise humeur, ses questions, ses doutes : tout cela ramène chacun au mystère de sa propre vocation. On entre au séminaire pour discerner un appel et pour grandir dans l’amour de l’Eglise. La formation communautaire permet cela. Elle aide à accepter l’autre avec ce qu’il est.

    La formation spirituelle est un petit trésor qui se déploie au fil des années : cela passe par l’accompagnement spirituel, les expériences de la prière, les retraites, la liturgie, l’oraison.

    La formation intellectuelle occupe aussi une grande place : il y a cinq heures de cours par jour :  théologie, histoire, langue, Bible. Mais il y a aussi des formations touchant notre humanité : l’éducation affective bien sûr mais encore la souffrance, la relation, l’écoute et aussi l’expérience de l’athéisme ou d’un monde multi-religieux.

    La formation pastorale débute dès la première année. Les deux premières années, les séminaristes ont une insertion en paroisse, un week-end sur deux. Une occasion pour eux de découvrir la vie des prêtres et de côtoyer les jeunes durant l’animation.  En troisième et quatrième années, ils vont en paroisse chaque semaine et participent souvent à un pèlerinage. Ils sont dans un groupe d’adultes ou encore responsables d’un groupe de jeunes. Ils apprennent à partager la vie, la prière et aussi le souci des prêtres. Le futur prêtre doit modeler son cœur sur un cœur de pasteur, pour devenir lui-même pasteur. Le séminariste a aussi besoin de vibrer avec la paroisse : ses projets et ses difficultés, ses joies et ses peines. Il a besoin de voir comment le prêtre vit  tout cela : la collaboration avec les laïcs ; la façon dont il soutient l’engagement des personnes… Petit à petit, le séminariste entre dans cette attitude de pasteur. En fin de parcours, le séminariste a une troisième insertion. En cinquième année, il part en paroisse dès le jeudi soir : il est ainsi quatre jours au séminaire et trois jours en paroisse. Il peut s’investir davantage. L’ordination diaconale se situe en fin de cinquième année. En sixième année, le séminariste n’est plus qu’une semaine sur deux au séminaire, soit cinq jours au séminaire et dix jours en paroisse !

    L’Eglise est secouée par un manque de vocations. A quoi attribuez-vous cela ?

    La vocation fondamentale, c’est la vocation chrétienne. Le baptême, c’est la vocation à suivre le Christ. S’il y a crise des vocations, il y a d’abord crise de la vocation chrétienne. C’est la joie de l’engagement à la suite du Christ et le fait de partager cette joie à d’autres qui susciteront le désir de consacrer sa vie pour annoncer l’Evangile. On ne fait pas carrière pour devenir prêtre, religieux ou religieuse. Il s’agit fondamentalement de s’engager comme chrétien.

    Il est vrai aussi que la société change. Il faut prendre soin de la famille pour que les gens puissent vivre à fond leur baptême. Si on se sent heureux de suivre le Christ, je suis sûr que des vocations de prêtres, de religieux et de religieuses se lèveront au milieu de nos communautés chrétiennes.

    Avez-vous une idée de la façon qu’il faut soigner cette famille chrétienne ?

    Aujourd’hui, la vie de famille est fragilisée, mise en danger. La société a des pratiques dangereuses pour la vie de famille. Soigner la vie familiale, c’est d’essayer de favoriser l’unité des familles. Il y a des logiques modernes avec lesquelles il faut rompre. La logique du « toujours plus », notamment. Il faut parfois accepter de toucher moins d’argent pour mettre en premier la famille. En même temps, il faut se dire que l’Evangile s’adresse à des libertés. Il s’agit de convaincre de l’intérieur et non de contraindre.

    En même temps le monde est en pleine ébullition ?

    Un chrétien est celui qui reste fidèle jusqu’au bout. Même si le bateau est secoué par la tempête. La société change. L’Eglise est forcément ébranlée par ce changement. Mais par bonheur elle s’adapte et connaît aussi des évolutions positives. Par exemple, la mise en place des préparations au baptême, à la confirmation et au mariage ; on peut noter aussi la naissance des groupes et des communautés nouvelles…

    Voyez-vous venir un nouveau visage de l’Eglise ?

    Le nombre de communautés nouvelles de toutes sensibilités qui ont vu le jour dans le monde entier ces trente ou quarante dernières années est un signe d’espérance. Les figures proches de sainteté qui nous sont données en exemple nous montrent un visage neuf de l’Eglise. Ce sont des gens qui sont nés après la révolution industrielle et qui ont connu la télévision et les appareils électroniques. Oui, c’est possible pour chacun de nous de marcher sur le chemin de la sainteté.

    Nous déplorons tous que l’Eglise a été secouée par le problème de pédophilie de prêtres. Quelles sont les dispositions que vous prenez pour faire face à ce problème ?

    Les évêques de France ont publié il y a une dizaine d’années et viennent de réactualiser une plaquette qui s’intitule : Lutter contre la pédophilie.  Les éducateurs ont des repères assez précis pour discerner les comportements à risque, de tendance pédophile. Au cours de sa formation, un séminariste est régulièrement alerté sur ce point. Des éléments de discernement sont donnés notamment pas des formations à l’affectivité. La formation au séminaire donne aussi des mots au séminariste pour exprimer ce qui l’habite et pour nommer son désir de suivre le Christ.

    Y a-t-il d’autres maux que vous évoquez durant la formation ?

    Les chrétiens ‑ dont font partie les prêtres ! ‑, pèchent beaucoup par la langue ! On dit souvent du mal les uns des autres… La vie communautaire est un lieu où on apprend à maîtriser sa langue. Un autre mal consiste à déconnecter la vie spirituelle de la vie quotidienne. On a tendance à flotter sur un nuage. Or, Jésus a marché pieds nus sur le sol. Les vrais spirituels sont des gens qui ont les pieds sur terre et la tête dans le ciel, des personnes attentives aux autres personnes.

    Il y a aussi le mal que certains prêtres n’arrivent pas à vivre leur célibat sainement ?

    J’apprécie beaucoup l’humilité et la simplicité avec lequel le Pape Benoit XVI répond à cette question dans son livre Lumière du monde. Il est bien conscient que tout n’est pas simple et que pour certains, c’est une réelle difficulté. Le Pape encourage le séminaire à faire un travail d’accompagnement sérieux afin que celui qui demande à être ordonné diacre en vue du ministère de prêtre ait vraiment le charisme du célibat. Le célibat est une bonne et belle chose. Un beau signe en vue du royaume. Il y a aussi des points d’attention à conserver pour l’équilibre de vie, l’équilibre relationnel et l’équilibre affectif du prêtre. 

    Quels sont ces points d’attention ?

    Par exemple, je peux m’interroger sur la façon dont je vis ma solitude. Il est bon d’apprécier les contraintes de la vie communautaire. Elles sont formatrices. Si le célibat consiste à s’isoler pour être tranquille, on n’a rien compris. Le célibat des prêtres se vit à travers de vraies amitiés féminines et masculines et en même temps avec une saine et chaste distance. Le célibat peut être vécu d’une façon heureuse. Il faut qu’il y ait dans la vie des prêtres des éléments positifs, une hygiène de vie voire un minimum de règles qui rappellent que tout n’est pas faisable. Le courage, c’est parfois de fuir !... Un des points essentiels, pour le séminariste comme pour le prêtre, est d’être régulier et en vérité avec son accompagnateur spirituel.

    Un mot de la fin ?

     Je suis très heureux d’être à Maurice. On m’a très bien accueilli et guidé dans la découverte de l’Eglise et des réalités de l’île Maurice. Je suis tout aussi heureux des différentes rencontres.




    Luc MEYER