• - Une année de la Miséricorde

     => Pour se préparer à recevoir le sacrement de réconciliation 

    "Miséricordieux comme le Père"

    Le logo du Jubilé de la Miséricorde

    Source : « Un regard pour deux », in Découverte (Revue des Petites Sœurs des Pauvres), janvier 2016, p. 3-6

     

    Les habitués de Lourdes reconnaîtront sans peine l’auteur du logo de la miséricorde : le style est le même que celui des mosaïques qui ornent la façade de la Basilique du Rosaire, illustrant les mystères lumineux.

    Elles ont été dévoilées le 8 décembre 2007 pour l’ouverture du jubilé marquant le 150ème anniversaire des apparitions mariales à Lourdes.

    L’artiste, le Père Marko Ivan RUPNIK, est jésuite, théologien. Ses œuvres naissent de la méditation de la Parole de Dieu et des écrits des Pères de l’Eglise.

        

    Jésus se dresse, vivant, ressuscité ; les marques des clous sont visibles sur ses mains et ses pieds. Il se tient debout sur le bois de la croix, de couleur noire, symbole de la mort. Dans sa miséricorde, le Père a envoyé son Fils nous en délivrer. « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ: c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. »[1] Le mouvement de Jésus se retrouve sur toutes les icônes de la résurrection le montrant en train de ramener à la Vie Adam et Eve.

    Comme le représentaient les premiers chrétiens, l’attitude de Jésus évoque aussi le Bon Pasteur, heureux d’avoir retrouvé sa brebis perdue et la portant sur ses épaules : une des nombreuses paraboles que Saint Luc et Saint Matthieu proposent dans leurs Evangiles. Ici, c’est toute l’humanité dont le Seigneur est chargé, une humanité faible et incapable de se relever seule. Jésus est venu sur les chemins au bord desquels nous gisions et, bon Samaritain, il a pris soin de nous. Comme le chante Saint Ephrem au IVème siècle : « Le pasteur de tous est descendu, il a cherché Adam, brebis perdue, il l’a porté sur ses épaules et est remonté. Bénie soit sa descente vers nous ! »[2]

    Non seulement, le Seigneur Dieu tout-puissant s’abaisse pour nous soulever, mais plus encore, il endosse notre humanité en s’incarnant : la ceinture de Jésus mêle deux couleurs rouges, celle de l’humanité et celle de la divinité.

    Le visage de Jésus est tout proche de celui de l’homme, il peut lui insuffler une nouvelle vie. Par le souffle de Dieu créateur, « le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam — le Christ — est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel. »[3]

    En effet, ces visages se ressemblent comme des frères ; ils sont réellement frères. Dès l’origine, Dieu créa l’homme à son image et aujourd’hui, lorsque les hommes aiment Dieu, celui-ci les « configure à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. »[4] Les regards des deux personnages se croisent avec une grande profondeur : Dieu est touché au tréfonds de son Cœur par la misère de l’homme et l’homme est bouleversé par le regard d’amour qui se pose sur lui et le sauve. Misère et Cœur se rencontrent.

    Détail très surprenant : les regards sont tellement proches, s’interpénètrent tant qu’il n’apparaît que trois yeux pour deux personnes ! Le Christ voit par les yeux d’Adam, et celui-ci par les yeux du Christ. Chaque homme découvre ainsi dans le Christ, nouvel Adam, son humanité et le futur qui l’attend, en contemplant dans son regard l’amour du Père.

    Inspiré par Saint Athanase, l’artiste a exprimé ainsi que « de même que le Verbe, ayant pris un corps, est devenu homme, ainsi nous, les hommes, pris par la chair du verbe, nous sommes divinisés par lui. » Ce jeu de regards nous invite instamment à laisser Dieu nous pénétrer et nous transformer de l’intérieur par son regard de miséricorde jusqu’à pouvoir poser nous-mêmes un regard de miséricorde sur toute personne. Comme l’écrivait le Pape Benoît XVI dans l’encyclique Dieu est amour : « A partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment, (…) je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires : je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. »

    Nous rejoignons ainsi la devise du jubilé : « Miséricordieux comme le Père. » Elle est extraite du 6ème chapitre de l’Evangile selon Saint Luc, qui détaille en 49 versets de quoi doit être remplie la vie d’un disciple qui se met en route à la suite d’un Dieu de Miséricorde : générosité, pardon, bonté, endurance, amour universel, etc.

    La scène du logo est située dans un ovale, une amande, appelée en iconographie de son nom italien mandorle. L’amandier, symbole d’immortalité, premier arbre à fleurir au printemps, est associé à la vie nouvelle. L’amande protège sa substance nutritive par une coque qu’il faut percer pour y accéder : ainsi Jésus nous donne accès au mystère du Père miséricordieux. Formée par l’intersection de deux cercles, la mandorle peut aussi symboliser les deux natures, humaine et divine, de Jésus.

    L’« amande » comprend trois ovales concentriques dont la couleur s’éclaircit progressivement : le Christ Sauveur arrache l’homme à la nuit du péché et de la mort et le conduit vers la Lumière de Dieu, Lumière d’Amour et de Joie !

    Ainsi, le Père RUPNIK, mosaïste théologien, nous invite-t-il par la contemplation de son logo à entrer dans l’Année de la Miséricorde.

    Jésus, notre Seigneur, le Christ,
    nous est apparu du sein de son Père.
    Il est venu et nous a tirés des ténèbres
    et nous a illuminés de Sa joyeuse Lumière.

    Le jour s’est levé pour les hommes ;
    la puissance des ténèbres est chassée.

    De sa Lumière s'est levée pour nous
    une Lumière qui a éclairé nos yeux obscurcis.
    Il a fait lever Sa gloire sur le monde
    et a éclairé les plus profonds abîmes.

    La mort est anéantie, les ténèbres ont pris fin, les portes de l’enfer sont en pièces. Il a illuminé toutes les créatures, ténèbres depuis les temps anciens. 

    Il a réalisé le salut et nous a donné la vie ;
    ensuite il viendra dans la gloire
    et il éclairera les yeux de tous ceux qui l’auront attendu.
    [5]

                                                            Poème de Saint Ephrem

     

    [1] Ep 2, 4-5

    [2] Éphrem de Nisibe, dit Ephrem le Syrien, docteur l’Eglise (306-373), hymne 1 sur la Résurrection, in Jean-René BOUCHET, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Paris, Cerf, Collection « Célébrations », 1994, 576 pages, p.95. cf. Éphrem de Nisibe, Hymnes pascales, Paris, Sources Chrétiennes n°502, 2006, p.279-280, qui traduit : « Il descend, l’universel Berger ; il va chercher Adam, la brebis égarée, la met ses épaules, puis remonte là-haut : voilà qu’il est Offrande au Maître du troupeau ! Béni soit son coup d’aile ! »

    [3] 1 Co 15, 45. 49

    [4] Rm 8, 29

    [5] Éphrem de Nisibe, dit Ephrem le Syrien, docteur l’Eglise (306-373), hymne 1 sur la Résurrection, in Jean-René BOUCHET, Lectionnaire pour les dimanches et pour les fêtes, Paris, Cerf, Collection « Célébrations », 1994, 576 pages, p.95. cf. Éphrem de Nisibe, Hymnes pascales, Paris, Sources Chrétiennes n°502, 2006, p.279 sqq.