• - Verbum Domini

     

    Présentation

    de l’exhortation apostolique

    Verbum Domini

    Lecture spirituelle au séminaire Saint-Jean, 3 janvier 2011

    Le 27 décembre dernier, nous avons fêté, dans la joie de Noël le saint Patron du séminaire  : Saint Jean l’Evangéliste… En écoutant les lectures de la messe, je me disais : ce n’est pas rien que l’Evangéliste Saint Jean nous soit donné comme saint patron… Et avec lui, en ce début d’année, dans la joie de Noël et de l’Epiphanie que nous venons de célébrer, j’émets pour chacun de nous un vœu tout particulier : ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, puissions-nous tout au long de cette année nouvelle en devenir chaque jour davantage de plus fidèles témoins. Car grandir comme disciple et comme témoin, c’est le meilleur chemin pour discerner une vocation sacerdotale, c’est le meilleur chemin pour laisser le Christ former en nous les prêtres qu’il veut donner demain à son Eglise.

    Pour commencer cette année, je voudrais donc m’attarder quelques instants, avec notre saint Patron, sur l’exhortation apostolique Verbum Domini que le Saint Père a rendue publique le 30 septembre 2010, alors que l’Eglise universelle faisait mémoire d’un grand bibliste, abondamment cité tout au long du texte : saint Jérôme, dont vous avez peut-être déjà lu quelques textes… Le pape reprend les 55 « propositions » votées par l’assemblée du synode des évêques, qui s’est tenu à Rome du 5 au 26 octobre 2008. Le thème exact en était : « La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église ».

    Et les plus anciens d’entre nous se souviennent qu’il y a deux ans, nous avons accueilli Mgr PIAT, évêque de Port-Louis (Maurice), au sortir de ce synode… Et il nous a avait dit combien il avait apprécié les contributions de 5 ou 6 minutes données par chacun des évêques présents. A l’issue du Synode, les Pères synodaux avaient publié un message d’une dizaine de pages, dont je donne simplement le plan, qui comportait 4 parties  :

    1. La voix de la parole  : la Révélation

    2. Le visage de la parole  : Jésus-Christ


    3. La maison de la parole  : l’Eglise

    4. Les chemins de la parole : la mission


    L’exhortation apostolique de Benoît XVI reprend ces intuitions voix, visage, maison et chemin de la Parole et les organise autour d’une référence récurrente : le Prologue de l’Évangile de Jean (Jn 1, 1-18) Et le pape précise que dans ce texte, « nous est communiqué le fondement de notre vie : le Verbe, qui depuis le commencement est auprès de Dieu, s’est fait chair et a habité parmi nous. »[1] Le texte de l’exhortation s’organise ensuite en trois parties, avec chaque fois une référence au Prologue de Saint Jean…

    «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. […] Et le Verbe s’est fait chair» (Jn 1,14) VERBUM DEI (§§ 6-49), c’est la PREMIERE PARTIE : La Parole de Dieu.

    «Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu» (Jn 1,12) VERBUM IN ECCLESIA (§§ 50-89), c’est la DEUXIEME PARTIE : La parole dans l’Eglise. Car l’Eglise est la matrice où des nouveau-nés du Père sont enfantés à la vie divine par les sacrements de l’initiation chrétienne

    «Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l’a fait connaître» (Jn 1,18) VERBUM PRO MUNDO (§§ 90-120), c’est la TROISIEME PARTIE : La parole pour le monde.

    Je ne vais pas développer bien sûr les trois parties. Je fais le choix de présenter surtout la première partie.

    Première partie donc de cette exhortation : VERBUM DEI (§§ 6-49) : La Parole de Dieu. A partir de son origine trinitaire, le Saint Père nous présente le mystère de la symphonie de la Parole : une Parole unique qui s’exprime de différentes manières : « comme un chant à plusieurs voix » : la Création, les prophètes, les Apôtres…

    Mais Benoît XVI nous rappelle que ces différentes voix sont au service de l’unique Parole de Dieu, qui est le Verbe Divin incarné en notre chair, une « Parole éternelle » qui « s’est faite petite - si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire». La foi chrétienne n’est pas une « religion du Livre », «une parole écrite et muette ». Elle est la «religion de la Parole de Dieu», du Verbe incarné et vivant».[2] Et dans cette première partie, le pape développe ce qu’il appelle une christologie de la Parole, inscrite dans l’Alliance que Dieu conclut avec les hommes. Si Dieu parle, s’il se donne lui-même dans sa Parole, si le Christ est pour nous Dieu lui-même qui se fait Parole et qui nous adresse sa Parole, alors l’Alliance se fait dialogue sans jamais remettre en cause, bien sûr, le « le primat de la Parole de Dieu adressée à l’homme».[3] Le péché apparaît alors comme une dés-obéissance, au sens étymologique du terme : c’est-à-dire le fait de ne pas écouter la Parole. La figure de la Vierge Marie est présente dès cette première partie, comme «Mère du Verbe de Dieu» et «Mère de la foi». Et Benoît XVI précise : « L’Incarnation du Verbe ne peut être pensée en faisant abstraction de la liberté de cette jeune fille qui, par son assentiment, coopère de façon décisive à l’entrée de l’Eternel dans le temps. […]

    Chaque chrétien qui croit, nous rappelle saint Ambroise, conçoit et engendre en un certain sens, le Verbe de Dieu en lui-même : s’il n’y a qu’une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous.[4] Donc ce qui est arrivé à Marie peut arriver en chacun de nous, chaque jour, dans l’écoute de la Parole et dans la célébration des Sacrements. »[5] Vient ensuite un long développement en 20 paragraphes sur l’herméneutique de l’Écriture sainte dans l’Église (§§ 29-49). Il me semble que le Saint Père insiste alors beaucoup sur le fait que l’interprétation valide de l’Écriture Sainte ne peut se situer que dans la foi de l’Eglise, dans le grand oui de l’Eglise à l’Alliance que Dieu nous propose et renouvelle en son Fils. Et ce « oui » a comme paradigme le ‘oui’ de Marie à l’Annonciation. La référence ultime, c’est toujours la personne du Verbe incarné : reconnu comme pleinement Dieu et pleinement homme. Dans l’étude de la Bible, la Foi en Dieu et la Raison humaine ne peuvent donc être dissociées. Et cela a des conséquences jusque dans les méthodes que l’on utilise et le lieu d’où l’on parle.

    Alors, très naturellement, la deuxième partie, VERBUM IN ECCLESIA, va rappeler que la liturgie est lieu privilégié de la Parole de Dieu. Et d’ailleurs « Verbum Domini » est une acclamation liturgique… Et le saint Père développe alors la dimension sacramentelle de la Parole. « La sacramentalité de la Parole se comprend, dit-il, par analogie [avec] la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés.[6] […] La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous[7] pour être écouté. »[8] Et Benoît XVI cite saint Jérôme[9]  : « Quand nous nous référons au Mystère [eucharistique] et qu’une miette de pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles et nous, nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons?»[10]

    La troisième partie, VERBUM PRO MUNDO, est peut-être moins originale et je suis resté un peu sur ma faim. Mais il faut dire aussi que le genre littéraire de l’exhortation apostolique oblige en quelque sorte le Saint Père à répondre à toutes les propositions faites par les Pères synodaux. Et cette troisième partie n’évite pas l’impression d’un empilement de réponses un peu rapides. Vous pourrez juger par vous-mêmes. Par contre, la conclusion redonne des accents assez nets de la spiritualité de Joseph RATZINGER, avec notamment un paragraphe intitulé La Parole et la joie (§123)

    [1] §5

    [2]  [19] Saint Bernard de Clairvaux, Homelia super missus est, IV, 11: PL 183, 86 B.

    [3]  [71] Proposition 4.

    [4]  [83] Cf. Expositio Evangelii secundum Lucam 2, 19: PL 15, pp. 1559-1560.

    [5] § 27.

    [6]  [197] Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1373-1374.

    [7]  [198] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. sur la sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium, n. 7.

    [8] § 56

    [9]  [199] In Psalmum. 147: CCL 78, 337-338.

    [10] § 56

     

     

     

    Luc MEYER